Tanger est en train de déraper, et cela ne date pas d’hier. Hier, justement, elle a nous montré et montré au monde entier qu’elle file littéralement un mauvais coton. Tanger la belle, Tanger la cité des fêtards et des couche-tard, Tanger la libertine, Tanger qui survolait les nuages et savait nager bien loin des rivages, se noie dans les eaux sales et boueuses de l’immoralité, de la criminalité et du grand banditisme.

Hier, Tanger, jadis la bien nommée El Alia, est descendue bien bas, tellement bas qu’elle a perdu, d’un coup, sa splendeur et sa hauteur, et par la même mauvaise occasion, elle a perdu près de 30 Tangérois et Tangéroises, de naissance ou d’adoption, qu’importe, qui avaient cru à sa bonne étoile, à sa belle image, à son mirage…

Tanger- la villa où la tragédie s’est produite.

Des ouvriers et des ouvrières, probablement des fils et des filles, des frères et des soeurs, des pères et des mères, qui quittaient chaque jour leur famille, qui habitaient loin ou tout près, en tout cas sûrement loin de ce quartier de villas, dont une, au moins, se croyait dans une zone industrielle hors place, hors classe et, semble-t-il, hors vue des autorités dont la principale compétence exigée d’elles, c’est justement, de voir, de tout voir. 

Qui pourrait croire que personne ne savait rien de cette activité quotidienne, pratiquée dans un sous-sol certes, mais par des personnes bien vivantes, et dont la plupart, hélas, ne le sont plus. Ces personnes venaient chaque matin, individuellement ou en groupes, pénétraient dans cette demeure qui ne ressemble à une demeure que de l’extérieur, parce qu’à l’intérieur, des dizaines de machines les attendaient pour produire, produire, produire jusqu’à ce que la fin de journée, ou de nuit, qui sait ? 
Parce qu’on ne sait toujours rien. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il s’agissait d’une villa, de cave, de “textile, de pluie, d’inondation, puis, de soudaine catastrophe, de morts, de disparus et, fort heureusement, de quelques sauvé(e)s.

Et puis, il y a un mot qui est revenu et qui revient toujours et toujours, à mille et une reprises, un mot qui se veut “neutre”,” indépendant”, “objectif”, mais qui est un mot lâche, honteux, dégueulasse, abject : clandestin ! 
Mais pour qui nous prennent-ils ? Oui, il y a la présomption d’innocence, mais la cave d’une villa transformée en usine, où triment, avec des salaires sûrement très bas, des employé(e)s sûrement non déclarées, ne peut être inconnue, ne peut être clandestine.

C’est une fausse usine, une usine illégale, un lieu interdit, mais très probablement toléré par tous ceux et toutes celles dont la responsabilité c’est, justement, de veiller à ce que ce type de lieux n’existent pas pour que ce type de drames ne puissent jamais avoir lieu. 
Alors, de grâce, qu’on arrête de nous prendre pour des imbéciles, qu’on arrête de nous raconter des bobards, qu’on arrête de nous envoyer de la poudre aux yeux, et enfin, qu’on arrête, et qu’on juge, tous ces malfrats, tous ces voyous, tous ces bandits, y compris ceux et celles qui sont chargé(e)s par l’Etat pour la bonne application de la loi, et qui la bafouent, par incompétence ou par crapulerie, c’est la même chose ! 


Ce n’est pas la première fois que de telles tragédies arrivent dans notre pays, et ce n’est, hélas, pas la dernière fois. Mais j’espère que cette fois-ci, à un moment où tout le monde encourage tout le monde pour que la vie triomphe dans ce pays et dans le monde, on va frapper un grand coup, ne serait-ce que pour honorer la mémoire de toutes ces victimes qui n’avaient pour seul tort que d’avoir accepté de travailler dans des conditions inhumaines, pour vivre et pour faire vivre les leurs.


Paix à leur âme et justice pour eux, pour elles et pour toutes leurs familles.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma