Combien de fois, et depuis combien d’années, le Maroc s’est focalisé sur des ennemis, fictifs ou réels, avec la ferme conviction qu’ils faut les combattre avec toutes les armes possibles et imaginables. Et il les a, effectivement, combattu avec tous les moyens dont il dispose jusqu’à finir par en faire… de vrais ennemis.

D’abord, posons-nous la question : c’est quoi être un ou une ennemi(e) d’un pays ?

Non, ce n’est pas une question simple, et encore moins naïve.

Pour bien la comprendre, nous pouvons la compléter par une autre question plus factuelle, du genre : quel est l’intérêt d’être l’ennemi d’un pays ?

Revenons un peu à l’histoire, somme toute encore récente, où à chaque fois que quelqu’un, de surcroit un étranger, émettait la moindre critique envers le Maroc, il était aussitôt mis à l’index, devenait, tout de suite un ennemi et étiqueté en tant que tel. Et le plan de combat démarrait aussitôt.

On commençait par chercher qui sont ses commanditaires et partenaires, fouiller dans son passé d’ancien communiste à la solde des bolcheviques ou âtres maoïstes, lui trouver des accointances avec des services de pays qui auraient des intérêts à nous chercher des noises, bref, il faut lui ficeler un “bon dossier” pour le rendre ennemi crédible. 
Mais, où était l’erreur fatale ? Dans le fait que tout ce branle-bas de combat n’allait servir finalement qu’au niveau interne, au niveau local, juste à à l’intérieur de nos frontières. 

A la fin, nous allons finir par être profondément convaincus et persuadés que telle personne ne nous aime pas trop, ou que telle association ou telle organisation de droits de l’homme ou autre, est notre ennemie. 

So what ? Qu’est-ce nous allons gagner de tout ça ?

Je vais vous le dire : rien ! Rien de rien ! 
En vérité, on allons beaucoup perdre.

D’abord, nous avons perdu du temps et de l’énergie, sans parler de tout le fric qui aura été investi dans ces batailles nulles et inutiles. Ensuite, nous avons perdu notre crédibilité. Parce qu’un pays, fort et souverain, n’a pas besoin de se lancer dans des combats, sans finalité stratégique, contre des personnes ou des groupes de personnes qui n’aiment pas ou qui n’apprécient sa politique. Et quand ce pays le fait, il va renforcer l’image, vraie ou fausse, qui est perçue par ces soit-disant ennemis et adversaires. 

Si nous sommes sûrs que notre pays ne mérite pas qu’on ne l’aime pas, et que tous ces ennemis et adversaires, ou plutôt que nous considérons comme tels, qui nous critiquent, qui écrivent sur nous, qui montent parfois des campagnes de dénigrement à grande échelle, qui nous combattent dans des rencontres internationales, ont une fausse idée sur nous et se trompent sur toute la ligne sur notre compte, et bien, nous n’avons qu’à les inviter à venir voir de visu la vraie vérité de notre réelle réalité. 

Nous avons un dicton qui pourrait résumer à merveille ce qui vient d’être développé :

“Celui qui ne t’a pas connu, t’a perdu”.

Traduction : si nous ne montrons pas notre réalité à notre ennemi, nous ne deviendrons jamais son ami. Et bien, entendu, il ne deviendra jamais notre ami. En fait, nous serons, tous les deux, perdants. Mais, comme tout pays, le Maroc a tout à gagner à avoir des amis, plutôt que des ennemis, c’est notre pays qui sera le plus grand perdant. Ou le plus grand gagnant. Puisque c’est lui qui choisit.

Pour finir, je vais vous donner un seul exemple que je vous demanderai de méditer. 
Vous connaissez sans doute le célèbre journaliste Français et ancien éditorialiste du Monde, Edwy Plenel.

Ce type a été considéré chez nous depuis toujours comme faisant partie des “adversaires du Maroc” à la solde d’un certain pays “ennemi de notre intégrité territoriale” etc. etc. etc. 
Et c’est vrai que le bonhomme n’a pas toujours été très tendre avec nos gouvernants d’hier, mais aussi d’aujourd’hui, et qui le lui rendaient bien, tout en sachant qu’il ne disait pas que des bêtises.

Bref, il n’était pas notre ami, et il fallait l’éviter et le combattre. Or, plus, il était banni et combattu, et plus il continuait. 


Et puis, un beau jour, la semaine dernière, les responsables du merveilleux Festival Gnaoua et Musiques du Monde ont eu la belle idée saugrenue de l’inviter à participer à un Forum organisé en marge de ce festival. Résultat : depuis qu’il a mis les pieds à Essaouira, il n’ a eu cesse de faire des éloges envers notre pays et envers ses dirigeants, et je suis sûr que dorénavant nous pouvons compter sur lui pour être un de nos meilleurs défenseurs contre nos “vrais ennemis”.

Et vous savez pourquoi ? Parce qu’il a eu, enfin, la possibilité de rencontrer, en toute liberté, des Marocains et des Marocaines, de les écouter parler de leur pays en disant du bien, mais aussi en le critiquant, et parfois durement. 

C’est ça le Maroc qu’il n’avait jamais vu, car on on ne l’a jamais laissé le voir.

Voilà. C’est comme cela qu’il faut combattre nos faux ennemis, pour en faire de vrais amis.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma