Aujourd’hui, nous sommes vendredi 31 décembre 2021. Dans quelques heures, le monde tout entier va accueillir une nouvelle année que l’humanité toute entière espère plus belle, plus joyeuse, plus heureuse, plus clémente, et en tout cas moins stressante et moins angoissante que l’année que les deux années précédentes.

Je ne sais pas qui a inventé cette tradition et ce rituel des vœux et quand ont-ils été inventés, mais je trouve que c’est une belle idée qui est naïve, peut-être, idéaliste, sans doute, utopique, certainement, mais qui est en même temps très humaniste et très romantique.
Les vœux de fin d’année sont un peu comme l’astrologie : tout le monde n’y croit pas fermement, mais ça ne laisse personne indifférent. Je crois que c’est cela qui est profondément humain.
L’homme, et, bien sûr, la femme, quel que soit leur statut social, leur niveau intellectuel, leur état de santé, leurs performances, leurs réussites, se sentent, consciemment ou consciemment, souvent ou juste à quelques moments de leur vie, d’une grande fragilité, d’une grande faillibilité et d’une grande incertitude, y compris les plus suffisants, les plus vaniteuses, les plus valeureux et les plus prétentieuses.
D’où, à mon avis, ce besoin de recourir aux souhaits, aux désirs, aux vœux.
Les vœux ont cela de merveilleux, c’est qu’ils sont illimités, touchent à tous les domaines de la vie, et, surtout, sont gratuits. Ce qui est encore plus intéressant et encore plus marrant, c’est que, exaucés ou pas, ils reviennent tous les ans. C’elle la preuve, peut-être, que l’être humain n’est jamais totalement satisfait, ni jamais totalement désespéré.

Après cette assez longue introduction à l’apparence philosophique et qui n’est en réalité qu’une confidence, un partage de réflexion, dans le désordre et dans le brouillard, un peu à l’image de cette année qui est en train de finir comme elle a commencé, c’est-à-dire dans le flou et dans le scepticisme.

Pourtant, on y croit encore, et il faudra continuer d’y croire, de croire que ça ira mieux demain. Et demain, ce n’est pas demain samedi, mais demain, ce sont les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois. Nous sommes prêts à attendre encore plus de temps, tout le temps qu’il faut, mais on aimerait bien arriver enfin, un jour, le plus proche ou le plus lointain, à voir nos vœux exaucés et nos rêves réalisés. Oh, pas tous. Certains seulement, ou juste un ou deux. En général, même si on demande beaucoup, nous sommes prêts à accepter le minimum. La plupart des gros demandeurs, des grands rêveurs se contentent de peu.

Après tout, que demande-t-on, en général ?
On commence souvent par la santé. Ça montre déjà une grande part de lucidité car sans la santé, on ne peut pas faire grand-chose. Bien au contraire, on se plaint, on gémit parce qu’on a mal, parce qu’on souffre, et ça, ce n’est pas très joyeux. Justement, de la joie, on n’arrête pas d’en demander aussi et d’en souhaiter les uns aux autres. C’est beau la joie, c’est gai la joie, c’est réjouissant la joie. Quand on est joyeux, c’est qu’on est heureux. Du moins au moment où l’on est joyeux. Parce que le bonheur, c’est un peu plus grand, un peu plus vaste et ça prend beaucoup plus de temps à construire. C’est un peu plus compliqué, le bonheur. Le bonheur, ce n’est pas l’euphorie. Parce que l’euphorie, ça ne dure souvent que le temps de l’instant, alors que le bonheur, lui est censé s’installer dans le temps. D’ailleurs, on ne sait pas toujours quand il commence et quand il finit. Pourtant, tout le monde aspire au bonheur pour soi et pour les autres, alors que tout le monde sait pertinemment qu’il n’est accessible qu’à très peu de monde. Et tout le monde sait ou croit savoir pourquoi : parce qu’il dépend de beaucoup de conditions dont la plupart sont impondérables, voire insaisissables.

Bien sûr, il y a l’argent, et même s’il n’est pas suffisant pour créer à lui seul le bonheur, il peut y contribuer pour une grande part. Comme aime à dire Woody Allen, cet éternel insatisfait, « L’argent est important, ne serai-ce que pour des raisons financières ».

Maintenant que j’y pense, je me demande pourquoi il n’y a pas beaucoup de gens qui nous souhaitent d’avoir beaucoup d’argent. C’est comme si l’argent était quelque chose de honteux. Oui, certains parlent parfois de réussite ou de prospérité, mais ce n’est pas très clair. Je crois qu’il n’y a que certains parents, ou des gens qui sont intéressés, comme les mendiants, qui prient très fort pour qu’on gagne beaucoup de fric. Parmi ces prières, il y en a une, bien de chez nous, que j’aime bien, même si, pour l’instant, elle est encore sans effet sur moi. C’est celle-ci : « Que Dieu te donne jusqu’à ce que tu t’enrichisses ! » (J’ai traduit comme j’ai pu).

Donc, les vœux, ça revient tous les ans, ça donne des envies, ça aiguise les désirs, ça nourrit l’espoir et, peut-être, ça combat le désespoir.
Est-ce que les vœux, c’est utile ? Est-ce que c’est bien ? Est-ce qu’il faut continuer d’en faire ? Est-ce qu’il faut y mettre fin. Je ne sais pas. C’est vous qui voyez.
Quant à moi qui suis un adepte des vœux à tout va et en tout temps, je ne peux pas terminer cette année qui a été pour le moins assez triste et assez mouvementée, sans vous souhaiter tout ce que vous souhaitez, autant que vous souhaitez, avec qui vous souhaitez et tout le temps que vous souhaitez.
En attendant, puisque la vie continue, je vous souhaite un très bon réveillon, un très bon weekend, et je vous dis à la semaine prochaine de l’année prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma