Depuis l’annonce de décision unilatérale et stupide du gouvernement Algérien de couper les relations diplomatiques avec le Maroc, qu’est-ce que j’ai entendu et lu comme bêtises, comme absurdités et comme âneries ! C’est Haro sur l’Algérie, le pouvoir Algérien, les militaires Algériens, et finalement sur tous les Algériens qu’on met tous dans le même sac, qu’on qualifie de tous les noms et qu’on accuse de tous les maux.
En réalité, cela ne date pas d’aujourd’hui, et je peux même dire que les raisons de cette haine – appelons un chat un chat – sont objectivement compréhensibles. 

Il y a eu dans l’histoire des relations entre le Maroc et l’Algérie des moments très douloureux, mais qui ne peuvent ni justifier ni pardonner une telle cavale d’un autre âge.
Que le peuple ait besoin de se sentir ou de se croire mieux que son voisin, et qu’il le proclame haut et fort comme une évidence, je peux le comprendre. Après tout, le peuple, dans son esprit de foule, perd souvent tout sens de discernement. Mais, par contre, ce que je n’arrive pas admettre, c’est comment toute une partie de notre population qui est censée être plus sensée, ne serait-ce que parce qu’elle est plus instruite et donc plus éclairée, se mette au même niveau avec la foule, c’est à dire au ras des pâquerettes, c’est intolérable !
J’ai décidé de vous raconter aujourd’hui quelques souvenirs d’Algérie, et je vous laisserais commenter à votre guise.
Mon premier voyage date de la fin des années 80. C’était dans un cadre professionnel, pour assister à un salon de communication qui se tenait à Alger. Nous étions plusieurs patrons de pub. La plupart étaient bourrés de préjugés. Depuis notre arrivée à l’aéroport jusqu’à notre retour, ils n’avaient pas arrêté de critiquer. Nos confrères Algériens nous avaient pourtant reçus comme des princes, nous avaient installés dans un des meilleurs hôtels 5 étoiles de la ville, nous invitaient chaque soir dans de grands restaurants, mais rien ne semblait convenir aux Marocains. Je me souviendrai toute ma vie de ce directeur d’agence marocain qui se reconnaitra, quand le matin, au petit déjeuner à l’hôtel, il avait trouvé des dattes au buffet, ces magnifiques dattes qui font la fierté des Algériens, et qu’il avait commencé à ricaner comme si on lui avait servi des pattes de fennec ou de la cervelle de babouin ! 

Au moment des repas, certains n’osaient pas toucher à leur plat de peur d’être intoxiqués ou empoisonnés. Ils ne voulaient pas croire, par exemple, que les fraises ou les framboises qu’on leur proposait étaient des vraies. Le déni total.
Je suis retourné par la suite plusieurs fois, toujours dans un cadre professionnel, notamment quand j’étais en train de monter un réseau maghrébin d’agences, pour le compte d’un grand groupe Américain.  

Durant ces multiples voyages j’avais noué de nombreuses relations amicales, grâce auxquelles j’ai pu découvrir à la fois les failles énormes de ce pays, les ressources dont ils regorgent, ainsi que les 1000 et une contradictions dans lesquelles il se débat.
Je vais vous donner quelques exemples :
Un jour, un de mes amis m’a fait visiter une ferme d’État comme il y en a tellement dans ce pays. C’était une ferme immense et qui semblait être à l’abandon. Dans un des hangars, il avait des tracteurs et des engins agricoles, tout neufs, qui n’avaient jamais servi, mais qui étaient rouillés jusqu’à l’os.  Mon ami m’avait expliqué que le responsable de cette ferme commandait le matériel, touchait sa commission, et après il ne s’en occupait plus. Des cas comme ça, il y en avait partout, parce que beaucoup profitaient de cette rente officielle.
J’avais assisté un jour à une conférence donnée par un économiste algérien à l’Université d’Alger. Ce qu’il nous avait raconté ce jour-là est digne d’un Vaudeville, mais dans un rayon dramatique.
Un jour l’État Algérien a décidé de lancer un grand projet d’habitation économique qui comptait quelque 100 000 appartements. Le projet est lancé et bien avancé, et là, eurêka, ils ont eu une idée lumineuse : pour 100 000 appartements, on a besoin de 100 000 baignoires, qu’il va falloir importer de l’étranger. Alors pourquoi ne pas construire une usine de fabrication de baignoires en Algérie, ce qui va créer des emplois et en même temps éviter la sortie des devises ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Mais quand les 100 000 appartements étaient prêts, et quand on avait voulu y installer les baignoires, aucune n’a pu rentrer dans la salle de bain car elle était plus grande qu’elle. Résultat des courses : les 100 000 baignoires algériennes sont parties à la casse, et ont été remplacées par 100 000 autres importées d’Italie. La gabegie dans toute sa splendeur !

Ces deux anecdotes vont ajouter de l’eau au moulin des anti-algériens. Je le sais. Mais j’en ai d’autres qui prouvent que nous ne connaissons presque rien de ce que peut-nous offrir notre voisin de l’Est, parce que nous ne voulons pas le connaitre. 

J’avais un confrère en Algérie, avec lequel j’avais noué des relations amicales et professionnelles d’une grande intensité. Grâce à lui, j’avais fait la connaissance d’un de ces clients, un type très moderne et très brillant, le grand patron d’une plus grosses entreprises publiques de l’Algérie, qui fabriquait, entre autres, des pivots d’irrigation. J’avais même réussi à l’époque, à diffuser sur la télé marocaine, une campagne de pub réalisée par mon ami. C’était à l’occasion d’un salon commercial organisé à Casablanca. Le hasard a voulu que c’était au moment où le Maroc venait d’importer ses premiers pivots d’Allemagne payés à prix d’or. Le soir, au restaurant, le patron Algérien me confiait, triste, déçu et désabusé, que plusieurs responsables Marocains avaient essayé de lui vendre des produits, notamment agricoles, que son pays exportait déjà en grande quantité. 

Quand les préjugés se mélangent à la méconnaissance, voire au refus de savoir, on ne peut qu’aboutir à des situations de malentendus, de mésentente et de désamour. 
Pour finir, je voudrais rafraichir la mémoire de certains amnésiques de circonstance.
A supposer que les Algériens soient actuellement mal lotis, avez-vous oublié qu’il y a à peine une trentaine d’années ou un peu plus, comment le Maroc était considéré par la communauté internationale : un pays de dérives, de répression, de profits honteux, de situations de rentes, d’exploitations et de trafics de tout genre, de mauvaise gestion des marchés d’Etat et de bien d’autres. 

Il ne faut jamais se moquer des autres quand on a eu un passé qui ressemble à leur présent aujourd’hui. Voilà. C’est dit.
En attendant qu’on mette de côté ce chauvinisme crétin, je vous souhaite un très bon week end, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma