Je ne sais ce qui m’a pris ce matin, mais dès que je me suis réveillé et dès que j’ai ouvert mon ordi par me préparer à commettre ma chronique hebdomadaire, j’ai eu à l’esprit cette formule que j’ai choisie comme titre, alors je n’avais aucunement l’intention d’aborder ce sujet que je trouve autant original qu’anachronique. Je parle, bien entendu de ce “machin” que tout le monde se demande ce que c’est, mais que personne n’a envie de vraiment nous expliquer, non pas comment ça fonctionne, mais juste pourquoi l’avoir sorti, maintenant, à quelques mois des élections générales dans notre pays. 

En fait, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas le Maroc qui a inventé ce concept en tant que tel – “quotient électoral” – puisqu’on le retrouve dans de nombreux pays à travers le monde. Pour ne pas y aller par 36 urnes, et pour simplifier sans trop caricaturer, c’est un mode de calcul qui permet de déterminer le nombre de sièges à accorder, dans une élection donnée. 

Alors, avant, je veux dire depuis tout le temps jusqu’à maintenant, on divisait tout simplement le nombre global de voix exprimées par le nombre de voix pour chaque parti, et cela donnait le nombre de sièges à accorder à chacun des partis. Dorénavant, et à moins d’un revirement de dernière minute, on va diviser le nombre de toutes les personnes inscrites sur les listes électorales d’une circonscription, par le nombre de voix exprimées pour tel ou tel parti, et le tour est joué. Oups ! Ça m’a échappé.

En vérité, pour essayer de comprendre un peu le pourquoi de tout ce branle-bas de combat, j’ai écouté les uns et les autres, ou, pour être honnête, “l’un et les autres”. L’un, c’est bien sûr, le PJD, et les autres, ce sont, tous les autres partis, de gauche comme de droite, de la majorité comme de l’opposition. Pour le PJD, c’est simple, tout le monde veut sa peau, et quand on s’approche un peu de près, on se dit que ce n’est pas que de la parano.

En tout cas, il est seul contre tous, ce qui ne veut pas dire que tous sont contre lui. 

On peut être d’accord ou pas avec le PJD, et qu’il est possible qu’on ait voulu diminuer de sa suprématie, en diminuant, “démocratiquement”, le nombre de sièges qu’il arrive toujours à gagner, mais personnellement, je le trouve un peu hypocrite, et je vais vous expliquer pourquoi. 

D’abord, il a toujours reconnu, sans même rougir, par la voix de ses plus hauts dignitaires, qu’il a dû accepter, par exemple, parfois de renoncer à présenter des candidats dans certaines circonscriptions, ou par d’autres méthodes, pour ne pas prendre trop de place, et donc trop d’importance, et, précise-t-il toujours, pour préserver la stabilité du pays. Ce qu’il ne dit jamais, c’est que c’est aussi pour montrer son aptitude et son acceptation à jouer le jeu. Et d’un.

De deux : le PJD est certes, arithmétiquement, le premier parti du pays, et il devrait l’être encore la prochaine fois, mais ce qu’il ne veut jamais admettre, c’est qu’il n’a cette première place qu’avec une minorité très minoritaire de votants. C’est vrai qu’il n’y est pour rien pour la faible participation qui caractérise nos élections depuis des années, et que les abstentionnistes, volontaires ou pas, ont toujours tort, mais cela ne lui donne pas le droit de fanfaronner comme il le fait tout le temps, alors qu’il sait pertinemment que la majorité qui n’a pas voté pour lui ne reconnait pas forcément son leadership et n’adhère pas non plus à ses idées et à ses décisions. Croire le contraire est un excès de confiance qui, à terme, va lui montrer ses limites.

Et de trois – j’ai laissé le meilleur pour la fin : au lieu de nous dire franchement que le pourvoir politique ne veut peut-être plus de lui, non pas parce qu’il serait trop dominant et donc trop dangereux, mais juste parce que sa gouvernance laisse énormément à désirer, ce parti a sorti un argument incroyable : il refuse “le quotient électoral” juste pour le principe parce que, selon lui, il est contraire aux règles de la démocratie”. Ah bon ?!?
Cet argument est fallacieux et personne ne pourrait le croire parce qu’à mon sens, c’est une insulte à notre intelligence. Nous sommes sans doute des irresponsables et des mauvais citoyens parce que nous n’accomplissons pas, comme il se devrait, notre devoir national en allant voter, mais de là, à nous prendre pour des imbéciles… 

Vous savez quoi ? Et si, la prochaine fois, on allait tous voter, histoire de lui montrer qu’un premier d’une classe où il y a très peu d’élèves, n’a pas beaucoup de mérite.

Comment ? Voter pour quel parti ? Ah ! Là, vous m’en demandez trop. Je suis chroniqueur, moi, pas rabatteur. 

En attendant, je vous souhaite un très bon premier weekend de ramadan, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma