Je dois commencer d’abord par m’excuser pour cette présente chronique parce qu’elle ne va pas être rigolote. En effet, je vais vous parler des élections. Je ne sais pas si vous le savez, mais nous sommes à un mois, presque jour pour jour, de nouvelles échéances électorales. Une de leurs principales particularités, c’est la concentration de toutes les élections – législatives, locales, régionales, communales et de la chambre des conseillers – en un seul jour. Comme si on voulait en finir avec tout le plus vite possible. Et après, circulez, il n’y a plus rien à voter.

Déjà, on avait du mal à convaincre les gens de participer aux élections tellement ils n’étaient pas convaincus des candidats qu’on leur proposait, alors imaginez quand il va leur falloir cocher plusieurs têtes d’animaux, ou d’engins, plantes, ustensiles et autres, en même temps. Certains me diront que ça se passe déjà comme ça dans d’autres pays, et je leur rétorquerai que n’est pas Suisse ou Américain qui veut. De plus, ça tombe très mal : nous sommes toujours en plein pandémie de ce Covid qui n’arrête pas de muter, et je ne sais vraiment pas – parce que d’abord on ne nous dit rien – comment nous allons pouvoir aller voter alors qu’on nous rabâche, du matin au soir et du soir au matin, qu’il faut éviter de sortir, de s’approcher des autres, y compris de vos propres proches, d’éviter de les saluer, de leur parler, d’aller aux mariages, aux baptêmes, aux obsèques etc. Je peux comprendre qu’on n’ait pas le droit de faire tout cela, à cause de tous les risques de contamination et de propagation du virus maléfique, mais pourquoi alors aurait-on le droit, ou mieux encore, on aurait le devoir d’aller dans des lieux fermés, de rencontrer plein de gens plus moins inconnus, de faire la queue, d’entrer dans des cabines exiguës, de toucher plein de trucs etc, sans que cela ne soit préjudiciable pour notre santé, donc pour notre vie ? Je ne suis pas en train de préconiser de boycotter ces élections ou bien de de les reporter à plus tard, si plus tard il y aurait encore. Je suis juste en train de poser des questions sans vraiment espérer avoir une réponse. Ça fait longtemps que j’ai compris que dans ce pays on n’aime pas trop les gens qui posent trop de questions, et encore moins ceux qui posent les questions qu’on ne doit pas poser. Une des premières punitions, c’est qu’on vous ignore. On fait comme si vous n’avez rien dit, et même comme si vous n’existez même pas. Alors, me demanderiez-vous, pourquoi ai-je décidé quand même d’aborder ce sujet qui, soit dit en passant, n’intéresse que très peu de mes compatriotes ? En vérité, je ne saurai pas vous répondre. Je suis aussi paumé qu’eux. Personnellement, ça fait de nombreuses années que j’ai désespéré de la politique, et surtout des politiciens dans notre pays. Pourtant, la politique a été mon dada pendant longtemps, du temps où je rêvais encore de dictature du prolétariat, de révolution nationale démocratique, d’intellectuels organiques et, bien sûr, de ce Grand Soir dont je rêve toujours.

Nous sommes à un peu plus d’un mois de nouvelles échéances électorales dans notre pays, et pourtant, disais-je, ça ne semble pas intéresser grand-monde. Et comme je les comprends !

Quand je vois ces “leaders” politiques qu’on n’a que trop vu, qui passent ces derniers temps partout et notamment à la télé, et que j’entends ce qu’ils nous racontent sans rougir, sans culpabiliser, sans même penser une seule seconde au jugement de leurs électeurs, et encore moins au jugement dernier, je me dis qu’on est vraiment mal partis !

Comment ? Quel parti choisir ? C’est à moi que vous parlez ? Qu’est-ce que j’en sais, moi ?!! Ou plutôt, si je sais, mais je ne vous dirai rien. Comme on dit si bien chez nous : tout est devant vos yeux. Et c’est vous qui voyez. Quant à moi, si vous me suivez, vous êtes vraiment mal barrés. Moi, je préfère continuer de rêver, rêver du Grand Soir et de tout le reste. Qui sait qu’un jour, peut-être…

En attendant, je vous demande de faire très attention à vous et à vos proches, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma