Pour ma chronique de cette semaine, j’avais décidé de la consacrer à la fête du travail qui devait être célébrée, comme tous les ans, demain 1er mai, mais qui ne le sera pas, comme d’ailleurs l’année passée, pour des raisons évidentes : la pandémie de la Covid19 qui est moins virulente, certes, mais toujours présente.

Je me préparais déjà à profiter de cette occasion ratée, une fois de plus, pour taper un peu sur nos patrons, des plus vrais archaïques aux prétendus modernistes, qui ne sont pas toujours très sympas ni très généreux avec leurs salariés, mais aussi sur nos innombrables syndicats, du plus ancien rouge au plus minuscule jaune qui, à force d’être amadoués et caressés dans le sens des poches, ont fini par jeter l’éponge et le détergent qui va avec.

Il est vrai qu’il leur arrive encore, parfois, de pousser de fausses gueulantes, histoire de garder de la voix, mais, en général – donc je ne généralise pas – ils ont appris plus ou moins tous à bien tenir leurs langues et leurs banderoles. En tout cas, grâce ou à cause de la pandémie de la Covid19, ils n’ont plus à faire d’efforts pour la fermer, ni à se justifier. C’est la planque offerte sur un plateau-cadeau signé conjointement par les deux ministères-locomotives du gouvernement en ce moment : celui de la santé et celui de l’intérieur. Ou vice-versa. Bref. Alors que je pensais parler et développer ce sujet-marronnier, j’y ai renoncé à la toute dernière minute, après avoir parcouru la presse de ce matin et découvert une info horrifiante : un président de commune a tué accidentellement une femme et a pris la fuite !

Cette information m’a interpellée à plus d’un titre. D’abord. Il ne s’agit pas d’un citoyen normal, comme vous et moi – à dieu ne plaise ! – mais d’un président de commune, donc un élu, élu par ses pairs, eux-mêmes élus par le peuple souverain. Je suis d’accord qu’un accident peut arriver à n’importe qui, sauf que la morale ou juste les règles de bonne conduite nous dictent de s’arrêter, ne serait-ce que pour porter secours à la ou les victimes de cet accident, et ne pas prendre la fuite comme une poule mouillée.

Je vous donne les détails de ce regrettable accident. Il a eu lieu dans la région d’Essaouira, probablement pas loin de la commune présidée par notre président-fuyard. Je dis probablement parce que, bizarrement, on ne nous donne ni le nom du chauffard ni celui de sa commune, comme si ce sont des secrets d’Etat, à moins qu’on ait peur qu’il soit lynché par la famille de la victime. Justement, pour la victime en question, on a plus d’informations, et même un peu trop. C’est une enseignante d’anglais de nationalité polonaise qui se baladait à vélo à la campagne, à quelques 20 kms de la ville d’Essaouira où elle vit depuis 12 ans. L’enseignante polonaise est décédée, suite à ses blessures, à l’hôpital de la ville, 3 heures après avoir été percutée par la voiture du président. 

Attendez, ce n’est pas tout : elle était accompagnée dans sa balade de “son petit ami”. Comment sait-on que c’est “son petit ami” ? Est-ce un simple préjugé de sous-développé ou bien c’est suite à une enquête approfondie des journalistes qui ont traité l’affaire ? Je ne sais pas. Tout ce que je pourrais vous dire vous c’est que “son petit ami” – que je suppose – autre préjugé – être un enfant du bled – a survécu, dieu merci, après avoir été pris en charge par les équipes soignantes de l’hôpital.

Ce que je ne vous ai pas encore révélé, c’est que notre président-cœur-de-lion ne s’est présenté à la gendarmerie – volontairement, nous précise-t-on – que deux semaines après l’accident “pour reconnaitre sa responsabilité” dans le dit accident, et pour “avouer” qu’il roulait sans permis de conduire, un document qu’il n’a jamais eu et qu’il n’a jamais pensé passer de sa vie ! N’est-il pas PRÉSIDENT, oui ou m… ?

Alors, après vous avoir fourni tous les éléments que j’ai en ma possession, je suis quand même en droit de poser deux questions qui me brûlent la langue, à qui de droit :

– est-il normal qu’après un accident qui a causé la mort d’une femme, de surcroit une ressortissante étrangère, qu’on n’ait pas cherché qui en était le responsable ? Dois-je préciser que le présumé coupable, comme on dit, roulait dans une voiture de la commune, reconnaissable à 1000 lieux avec son fameux “ج” couleur sang ?

– comment a-t-on pu ne pas voir ou a-t-on pu fermer les yeux sur quelqu’un qui a toujours conduit sans permis de conduire, des véhicules appartenant à l’Etat, ou, si vous préférez, à la “collectivité” ?

– Question subsidiaire : quelle suite – si suite il y a – va-t-on donner à ce si tragique accident ? En vérité, j’ai posé cette dernière question car notre président-fugitif et présumé délinquant ferait partie d’un parti de “l’actuelle majorité”. Je ne vous ai rien dit.

En attendant des jours meilleurs avec des élus avec une plus grande moralité, je vous souhaite un très bon weekend et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma