J’ai emprunté ce joli titre à la grande humoriste Anne Roumanoff, alors que, croyez-moi, je ne suis pas du tout d’humeur à rigoler. Bien au contraire, j’ai une terrible envie de gueuler. Franchement j’en ai marre. J’en ai marre qu’on me prenne pour un imbécile. A vrai dire, je ne suis pas le seul, mais moi, je ne vais pas me taire, je ne vais pas me laisser faire sans parler, sans râler, sans gueuler. Les autres n’ont qu’à faire pareil. En tout cas, ça les regarde. Je ne suis pas responsable des autres et de leur silence objectivement approbateur et subjectivement complice. Moi, je veux montrer que je ne suis pas un imbécile et que je refuse d’être méprisé, rabaissé et dévalorisé.

Alors je parle, je râle, je gueule, et je le fais avec le seul moyen dont je dispose : l’écriture. C’est le strict minimum de la foi, comme dit le coran (j’ai traduit comme j’ai pu).

Pourquoi je suis énervé ? Justement, parce qu’on veut nous prendre pour des imbéciles.

En vérité, tout le monde ne se tait pas, tout le monde ne se laisse pas faire. Ce matin, en écoutant à la radio, j’ai entendu plusieurs personnes, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, crier leur colère et leur désarroi suite à la énième décision de serrer encore les mesures dites sanitaires et surtout suite à l’habituelle fermeture des frontières. Ces personnes hurlaient leur étonnement à de telles décisions répétitives et leur incompréhension de leur fondement. Certaines même, désemparées et désespérées, pleuraient à chaudes larmes. Elles pleuraient en implorant les autorités et les responsables d’arrêter ce massacre et d’essayer de tenir compte de la réalité sociale, matérielle et psychologiques de ces milliers et ces centaines de milliers de foyers et de familles qui sont touchés de plein fouet dans leurs poches et dans leur chair à chaque fois qu’un communiqué officiel tombe froidement d’en haut et les assomme à chaque fois, souvent, sans la moindre explication, le moindre éclaircissement, la moindre précision. Des communiqués brusques, vagues, bruts, courts, violents. Des communiqués méchants. Impitoyables. J’ignore qui, dans son bureau sûrement confortable et bien chauffé, rédige sans réfléchir le moins du monde ces communiqués sadiques. Une fois, on parle du gouvernement, une autre fois c’est le « Comité scientifique », et parfois… personne. Le pire, c’est que quelques heures, voire un jour ou deux jours plus tard, souvent sous la pression des quelques braves et rares protestations, on nous sort un autre communiqué qui se veut plus explicatif, alors qu’il est juste justificatif. Parfois, c’est encore plus dramatique : on nous informe de l’imminence d’un allègement, et presqu’aussitôt après, on dément tout allègement et on nous re-confirme un durcissement.

Vous vous rappelez, il y a quelques jours, ce communiqué soudain et incompréhensible d’interdire « tous les festivals et toutes les activités culturelles et artistiques », sans en expliquer les vraies raisons ni le jour du début de l’application de cette interdiction ni la date de sa fin. J’ai été moi-même une victime collatérale de cette décision injuste et injustifiée, mais là, n’est pas mon propos. Et comme je l’écrivais plus haut, le lendemain, un autre communiqué est venu « préciser » que cette interdiction ne concernait que « les grands événements où il y a un flux important de personnes ».

C’est quoi, « un flux important de personnes » ? 10, 20, 100, 1000,

10 000 ? Combien, au juste ? Je ne le sais pas, personne ne le sait, eux-mêmes, les rédacteurs sadiques de ce type de communiqués ne doivent pas le savoir non plus. Alors, je peux comprendre les pauvres « autorités locales » qui se trouvent perdues à cause de cette imprécision probablement volontaire, et qui décident d’interdire tout ce qui bouge. Le drame c’est que parfois non seulement elles n’interdisent pas tout, mais elles autorisent des regroupements quantitativement très importants dans les mêmes villes où Elles ont interdit « une activité culturelle et artistique » dont les organisateurs s’étaient engagés d’une manière très formelle à respecter toutes les mesures-barrières exigées et par « ne pas dépasser plus de 50 personnes ».

Dans la ville où je me trouve actuellement en vacances, et qui se reconnaitra, j’ai assisté à deux situations qui sont des preuves flagrantes des anachronismes que nous font subir nos « responsables ».

La première situation, c’est un souk hebdomadaire qui se tient une fois par semaine dans cette grande ville touristique qu’on vient d’interdire aux touristes étrangers qui la faisaient pourtant vivre. Dans ce souk, il y avait des dizaines de commerçants qui proposaient allègrement leurs marchandises de tout genre, et des centaines, voire de milliers de clients ou de simples badauds-curieux comme moi qui se bousculaient chaleureusement dans un espace très vaste, certes, mais devenu exigu à cause de la surpopulation du moment.

La deuxième situation c’est un restaurant-lounge dans lequel un ami m’a invité à diner il y a deux jours. Il était plein à craquer. Par ces temps de vaches maigres, je suis content pour lui. Les clients semblaient contents et heureux et certains ont chanté et dansé joyeusement jusqu’à… 2 h du matin. Ah oui. Parce qu’il y avait de la musique animée par un DJ. Tant mieux. Par ces temps tristes et maussades, on a besoin de s’amuser un peu.

En fait, il y a une 3ème situation à laquelle je n’ai pas assisté personnellement, mais qui m’a été rapportée par un ami de bonne foi. Comme moi, il avait été invité récemment dans un cabaret situé dans cette même ville qui préfère garder l’anonymat. Dans ce cabaret, Il n’y avait pas de la musique enregistrée, mais carrément un orchestre avec des musiciens, une grosse sono, et même une danseuse du ventre ! Voyant mon étonnement, mon m’a donné aussitôt une explication pour le moins insolite : « ce cabaret se trouve géographiquement et administrativement dans une zone sous l’autorité de la gendarmerie ».
Ah ! Je comprends mieux. Ce n’est pas la même chose.

Ce jour-là, j’ai aussi compris autre chose : les 3 situations que je viens de vous relater ne sont pas considérées comme « des activités culturelles et artistiques ». C’est normal, n’est-ce-pas ?

Certains amis qui semblent être plus informés que moi ont essayé de m’expliquer qu’il y aurait des raisons autrement plus compliquées qui expliqueraient notamment la nouvelle fermeture des frontières. Peut-être. Mais, pourquoi, bon sang, on ne nous l’explique pas ? Quoi qu’ils croient, nous ne sommes pas des imbéciles !

En tout cas, notre ministre plein de santé, lui, vient de nous annoncer très fièrement que « le taux de guérison du Covid monte à 98,2% au Maroc » … mais que,« pour préserver les acquis engrangés par le Maroc et garantir l’efficacité et l’efficience des mesures prises … le gouvernement exhorte les citoyens à respecter les mesures de sécurité sanitaire, dont la vaccination, notamment la 3ème dose, ainsi que les mesures de prévention, ce qui permettra… le retour progressif à la vie normale et la reprise de nombre d’activités économiques et sociales dans les semaines à venir ».

Vous voyez ? Il n’y a pas trop à s’inquiéter. Ça va bien finir par finir un jour.

En attendant, je vous souhaite quand même un bon weekend et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma