Nous sommes à 5 à 6 jours, tout au plus, de la fin d’un ramadan qui a perdu, depuis déjà deux ans, l’essentiel de sa saveur gustative, de sa splendeur conviviale et de sa profondeur spirituelle, et nous n’avons encore aucune idée de la vie qui sera la nôtre au-delà de cette limite. 

Pourtant, nous avions commencé petit à petit à espérer des jours meilleurs, surtout depuis qu’on nous a annoncé “un allègement des mesures juste après l’Aid”. Certes, ces informations n’étaient pas officielles, mais elles étaient quand même rapportées – pour ne pas dire colportées – par des sources censées être très proches des zones de décision. Et voilà que la (mauvaise) nouvelle est tombée de nouveau comme un couperet, juste après le ftour : “Le Conseil de gouvernement, réuni ce jeudi 6 mai à Rabat, a décidé de prolonger l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national jusqu’au 10 juin 2021, dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19”. Ce sempiternel communiqué qu’on n’arrête pas de nous rabâcher tous les mois va finir par nous achever bien avant la vilaine pandémie. On ne change plus que la date, et on balance au peuple ! Et dire qu’il y a un rédacteur probablement payé à prix d’or qui nous pond “ça” tous les mois. 
Si ce n’est pas du mépris, on n’en est pas trop loin.
Je n’aime pas trop les jugements non justifiés sur les raisons qui poussent les pouvoirs publics à reconduire d’une manière constante et immuable des mesures autant contraignantes que traumatisantes, mais je crois que je vais finir par croire que qu’ils doivent trouver un malin plaisir à le faire, voire un intérêt machiavélique à nous garder en permanence dans l’angoisse et dans l’expectative, tout en nous livrant, de temps à autre, par des voies et des voix détournées, un minuscule filet d’espoir qui s’avère par la suite une simple chimère. 

Mais à quoi jouent-ils ?
Il me semble qu’ils ont adopté une stratégie de communication avec deux axes parallèles. 

L’un donne les “bonnes nouvelles” : le nombre des cas positifs et des décès qui diminue, jour après jour, le taux d’occupation des lits de réanimation qui baisse constamment, la montée en flèche du taux des guérisons qui atteint presque les 95%, la courbe globale qui ne fait que fléchir depuis plusieurs semaines, sans oublier la campagne de vaccination qui bat son plein, malgré quelques essoufflements liés à des problèmes d’approvisionnements.
Et puis l’autre axe qui nous envoie dans la figure, juste au moment un léger sourire commence à s’y esquisser, des flashs sous forme d’obus pour nous esquinter le moral et nous faire perdre tout espoir.
Une fois, c’est le variant anglais qui s’est pointé chez nous, alors que toutes nos frontières sont quasi bouclées. On enferme à double tour ses porteurs, leurs familles, leurs voisins et compagnie. Et puis on n’en entend plus parler. Vous avez dit bizarre ?
Quelques jours après, ou plutôt quelques jours juste avant la tombée du fameux communiqué grincheux des paresseux, on nous annonce l’atterrissage du variant indien que certains de mes concitoyens pince-sans-rire se sont empressé de comparer aux figues de barbarie, connues sous le nom exotique de “Al Handi”. 

Attention, je ne suis pas en train de dire que toutes ces histoires de variants seraient inventées de toutes pièces juste pour nous faire peur et pour prolonger indéfiniment des mesures certainement très salutaires, mais personne ne pourrait m’empêcher de penser, de le dire et de l’écrire, qu’on se fiche complètement de ce qu’on peut penser ni ressentir après tant de mois de tant de privations.
“On”, c’est vous, Messieurs ou Mesdames, ou les deux, vous qui, grâce à vos diplômes, à vos compétences, à un bon piston, ou les trois réunis, avez la possibilité aujourd’hui de décider de notre sort et de nos sorties, de l’ouverture et de la fermeture de tout ce qui fait vivre le pays, de la scolarité désormais chaotique et de plus en plus intermittente de nos enfants, de nos vacances dont on ne voit plus la couleur etc. etc. etc. Vous devez être bien contents et bien fiers de faire et défaire nos vies comme bon vous semble, en jetant parfois à quelques-uns quelques sous, histoire de garder votre position au-dessus.
Ce n’est pas seulement de sous dont nos concitoyens ont besoin, mais aussi d’estime, d’empathie et de respect. Les respecter, c’est d’abord et avant tout ne pas les infantiliser et les prendre pour des imbéciles et des séniles.

Oui, nous avons compris depuis le début que ce virus était un salaud et que cette pandémie était une salope. Nous avons fait tout ce que vous nous avez demandé de faire, non pas parce que nous serions des gens soumis, mais parce que cette pandémie est mondiale, et que nous voyons et nous suivons ce qui se fait ailleurs. Justement, c’est parce que nous voyons et nous suivons ce qui fait ailleurs, que nous vous demandons, à vous et vos communicants, d’avoir un peu plus d’égards envers nous en vous comportant avec nous comme des vrais citoyens et non pas comme des simples exécutants. 

“Faute de vision, le peuple vit sans frein” (La bible)

Voilà, c’est dit.
En attendant une très prompte libération, je vous souhaite un très bon weekend, une très bonne fin de ramadan, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma