Tout d’abord, je tiens à préciser que j’aime beaucoup mon pays – bien entendu, le Maroc car je n’en ai pas d’autres, contrairement à d’autres – et je l’aime au moins autant sinon plus que toutes ces personnes qui n’arrêtent pas de le crier sur tous les toits, sans doute pour qu’on les entende là-haut. Toutes ces effusions d’amour qui fusent de partout en ce moment m’agacent au plus haut point parce que je ne les sens pas très sincères, car trop opportunistes, trop circonstancielles.

Quant à moi, rien ni personne ne m’oblige à faire cette déclaration d’amour, mais c’est juste pour remettre les pendules à l’heure. Combien de fois on m’a accusé d’être un adepte de l’auto-flagellation pour la simple raison que je permets parfois, probablement plus que la normale, de critiquer certains aspects de la situation politique, sociale ou autres, qui ne me plaisent pas trop. Après tout, nul n’est pas parfait, encore moins un pays fut-il le plus beau et le plus jalousé du monde. L’amour est aveugle, me souffle-t-on à l’oreille. Peut-être. Mais la réalité est têtue. Si tu aimes tellement le sol sur lequel tu marches et tu ne veux pas voir le fossé à quelques pas de toi, quand tu vas-y tomber, il sera trop tard. Crier son amour à son pays à tout bout de champs, ne va ni l’embellir encore plus ni lui enlever ses défauts.

Je ne suis pas contre le fait d’aimer son pays, bien au contraire. Nous devons aimer notre pays comme nous devons aimer nos parents et nos familles, non pas parce qu’ils seraient les meilleurs, mais juste parce ce sont les nôtres. Cela dit, aimer son pays, ses parents, sa famille, etc. n’interdit pas du tout d’émettre des avis et des opinions, un peu critiques ou beaucoup, sur eux. Aimer son pays, ses parents, sa famille etc. ne nous impose pas de croire qu’ils sont mieux que les autres, voire les meilleurs. Vous pouvez le croire ou d’essayer de faire croire, si ça vous amuse, mais personne ne vous croira, ne serait-ce que, en face, à côté, des très proches, des plus loin, croient exactement la même chose que vous des leurs. Donc, logiquement, soit nous sommes tous les meilleurs, soit personne n’est meilleur que l’autre, parce que chacun a ses qualités et chacun a ses défauts. Tout cela n’empêche pas la terre de tourner, ni le soleil de se lever et de se coucher partout à travers le monde. Mais, Bon Dieu, tout cela tombe sous le sens ! Pourtant, à entendre parler certains de mes concitoyens, relayés ou soufflés par certains de nos médias, le Maroc a toujours raison, et tous les pays qui ne le pensent pas ou qui ne seraient pas d’accord avec lui, sont des jaloux, des envieux de sous-développés, des attardés, qui ne nous arrivent même à la cheville. Et même si certains d’entre eux, se croient forts et puissants, parce qu’économiquement ils nous dépassent un peu, et même parfois beaucoup, ce n’est pas grave, parce que nous, nous avons la foi en Dieu et la foi en l’avenir, et qu’un jour ou l’autre, on va tous les dépasser.

Yallah ! Na ! 

J’ai horreur de tous ces discours pleins d’emphase et de démagogie qui galvanisent les foules et les chargent d’espoir et surtout d’illusions. Je les trouve même dangereux car si l’amour nous aveugle, la démagogie et les discours populistes nous débilisent l’esprit. A moins que ce soit ce qu’on recherche, comme prétendent certaines mauvaises langues. Alors là, si c’est vraiment le cas, on est mal barrés. Parce qu’il n’y a pas pire danger qu’un peuple de crétins. D’ailleurs, voyez-vous, crétins, ça rime avec chauvins. La rime n’est pas parfaite, mais ça sonne presque pareil. D’autres diraient, et ils disent parfois, que ce qu’on appelle chauvinisme, c’est l’amour exacerbé de son pays, sa patrie, sa nation. En quelque sorte, qui dit chauvinisme pourrait dire nationalisme. Justement, si on continue dans cette direction, on pourrait ajouter qu’entre nationalisme et ultra-nationalisme, il n’y a qu’un ultra. Et qui dit ultra dit … extrémisme.

En tout cas, pour ma part, je reste persuadé qu’à force de croire et d’’être convaincu qu’on a toujours raison de soutenir aveuglément son pays, et souvent juste ceux qui le gouvernent, qu’ils aient raison ou qu’ils aient tort, n’est pas forcément la meilleure preuve d’amour, ni encore moins la meilleure manière de l’aider à aller de l’avant et à s’améliorer. Comme vous avez dû le constater, je suis resté volontairement dans les généralités sans donner aucun exemple. Et vous savez pourquoi ? Parce que moi, contrairement à d’autres, je crois à l’intelligence des autres et à leur capacité de comprendre au-delà des mots. Et comme aimait à dire Guy Bedos, et moi, à le répéter après lui, “je n parle pas aux cancres qui sont au fond de la classe”. Avant de conclure, j’aimerais dire un dernier mot sur le dernier communiqué du gouvernement concernant ce qui été appelé très pompeusement : les allégements. C’est encore un texte dont la clarté et la précision sont très douteuses, et qui démontre, encore une fois, ou la mauvaise foi de ses rédacteurs ou leur incompétence, ou les deux à la fois. Voilà qui est dit.

En attendant, et à l’heure de l’attentisme institutionnalisé, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma