Cette semaine, j’aimerais juste attirer l’attention sur le risque de dérapage incontrôlé que peut prendre, malgré elle, et en toute consciente inconscience, toute personne qui se sent spontanément obligée de prendre la défense d’une “bonne cause”. Pour ne pas rester dans la généralité, je ne vais pas faire l’impasse sur ce qui fait le buzz depuis quelques jours, même si je n’aime pas du tout hurler avec les loups, fusse-il pour une “bonne cause”.

La “bonne cause” du moment, et qui fait justement ce buzz dont on se serait bien passés, c’est cette mascarade d’émission de dérision qui n’en a pas un gramme, avec des guignols qui ne sont que des marionnettes, un programme qui ne doit même pas amuser ceux qui en tirent les ficelles, ni même ceux qui la suivent et qui ne doivent pas être des milliers tellement son contenu est nullissime, et ses animateurs de pauvres crétins qui ignorent le b a ba du journalisme et de son éthique, et qui baignent dans l’amateurisme le plus primitif.

En un mot comme en mille, ce ne sont que de minables bafouilleurs, des souffleurs sur le feu et des remueurs de crottes pour lesquels on ne peut avoir que du mépris, et personnellement j’en ai pour eux au moins une tonne.

Voilà, en disant cela, je crois avoir tout dit. Je veux dire par là, qu’on aurait dû s’arrêter là. Et après, les ignorer et ne pas en faire tout un plat puisque ça venait de si bas. J’ai l’impression que notre amour pour notre pays et notre attachement à nos institutions nous rend très sensibles et très susceptibles et nous fait perdre un peu la raison. Dès que que quelqu’un ose dire un mot de travers sur nous ou sur ceux que nous aimons, nous nous mettons en groupes, puis en foules, puis en bataillons, et nous nous mettons à tirer, pas seulement sur les gens qui ont osé être médisants à notre égard, mais sur tous ceux et celles qui leur ressemblent, comme si le comportement condamnable, ou supposé tel, d’un individu irresponsable, rend systématiquement tous ses pairs et compères responsables de cet individu.

Prenons l’exemple de ces faux guignols et de ces clowns ridicules. Oui, c’est vrai que ça sent de loin l’incompétence, la manipulation, le tirage de ficelles, la voix de son maître, la jalousie et tout et tout. Et alors ? Ça ne devrait pas nous étonner. Chacun est dans son rôle. Le pouvoir d’Alger est aux abois, et il paye des mercenaires pour aboyer à sa place. Et avec le peu de sous qui lui reste encore, il n’a pas trop le choix, alors il prend des minus.

Alors pourquoi donc incriminer tout le peuple algérien, lui qui a déjà beaucoup de mal à supporter ses propres dirigeants et qui n’aimerait qu’une chose c’est de s’en débarrasser au plus vite ? Pourquoi insulter nos frères et nos sœurs de voisinage, de culture, de langue, et de tout, alors que ce sont les premières victimes de ce stupide et ce voyou de régime ? Pourquoi leur jeter à la figure aussi pompeusement nos succès, nos réussites et nos performances comme si eux n’en étaient pas capables, ou bien que nous serions le seuls à pouvoir les réaliser ? Je trouve cela indécent et indigne de notre part – je parle de nous, marocains et marocaines – nous qui nous targuons d’être un peuple qui respecte ses voisins et leur voue affection et estime. Certaines images et certaines vidéos qui ont circulé à grande échelle à travers les réseaux sociaux sont méprisables et devraient faire rougir ceux et celles qui en sont les auteurs. Il n’y a pas pire que de jeter l’opprobre sur tout un peuple et de l’amalgamer avec le pouvoir qui le dirige. Tenez ! Est-ce les Allemands sont tous des nazis ? Les Russes tous des communistes ? Les juifs tous des sionistes ? Non ? Pourquoi alors les Algériens seraient-ils tous des crétins, des suiveurs aveugles de leurs vieux tordus de dirigeants qui sont eux-mêmes dirigés par plus tordus qu’eux ?

De grâce, qu’on arrête ce délire et qu’on laisse ces petits mercenaires de la plume et du micro jeter allègrement de l’huile sur le feu parce qu’ils finiront tôt ou tard par se faire brûler car ce sont souvent les pyromanes qui sont les premières victimes des flammes qu’elles ont allumées.

Avant de finir, je voudrais dire un dernier mot sur le journalisme, et qui n’a rien à voir avec ces pauvres rigolos, et sur la liberté d’expression que beaucoup d’entre nous piétine, sans forcément en être conscients.

Je l’ai dit 100 fois et je vais le redire encore : un journaliste qui se met, sans réserve et sans nuances, au service absolu du pouvoir de son pays, quel qu’il soit, n’est pas un vrai journaliste, mais un propagandiste. Et d’un. De deux : la caricature est une forme de journalisme, et en tant que telle, elle doit être acceptée par tous – j’entends par tous, tous ceux et toutes celles qui se disent démocrates – même si elle est nulle, même si elle ne nous plaît pas, et même si, à l’extrême limite, elle est trop vache avec nous ou avec les autres. Elle fait partie de la liberté d’expression qui est un droit inaliénable.

C’est le grand linguiste américain Noam Chomsky qui a écrit un jour que “si on ne croit pas à la liberté d’expression pour les gens qu’on méprise, on n’y croit pas du tout”. Voilà. C’était le mot de la fin, et avec ça, je crois avoir vraiment tout dit. Je n’ai plus qu’à vous souhaiter un très bon weekend et vous dire à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma