Je suis conscient, mais j’en prends quand même le risque, que cette chronique va faire jaser aussi bien mes vrai(e)s ami(e)s qui n’arrêtent pas de me reprocher de dire des choses qui ne doivent pas être dites, que mes pas-ami(e)s-du-tout qui aimeraient tellement qu’on me la ferme une fois pour toutes.
Tant que je peux encore l’ouvrir, je vais en profiter pour vous parler d’un sujet qui me tient vraiment à cœur et que j’ai traité des dizaines de fois, ici et ailleurs, à savoir la culture. 

Si j’ai décidé de vous en parler encore une fois cette semaine, c’est parce qu’il y a quelques jours j’ai été invité à participer à une émission de radio pour débattre de “la culture à la lumière du dernier rapport sur le nouveau modèle de développement ”.
J’ai été flatté qu’on ait pensé à moi pour discuter de cette thématique, et content de me retrouver avec des personnes que je connaissais bien et qui étaient, comme on dit, du “domaine”, mais j’avais quelques appréhensions. 
En effet, cette Arlésienne qu’on attendait depuis longtemps, et qui a fini par montrer et étaler ses 170 pages, personnellement, je n’en attendais pas grand-chose. Je savais que cela allait donner l’occasion un peu à tout le monde de parler de beaucoup de choses autant de temps que qui de droit estimerait nécessaire. C’est la raison pour laquelle que même si je n’étais pas très chaud au début pour participer à cette émission, j’ai décidé de jouer le jeu. 

Je vais essayer de vous faire une petite synthèse des points que j’y ai défendus.  

Dès le démarrage de l’émission, je me suis élevé contre la conception que j’ai qualifiée « d’utilitaire » et qui ressort assez nettement du peu qu’il y avait sur la culture dans ce rapport. Cette conception part probablement d’une bonne intention et voudrait que l’objectif de la culture soit de servir de ” levier économique et social ”. Pour les adeptes de cette vision, si on sait comment gérer la culture et en faire, par exemple, une vraie industrie, on serait capable de générer des profits, de créer des emplois, d’assurer une croissance économique, donc un développement social. Un des invités a défendu cette conception sur un autre registre, celui de « la promotion de notre identité et de l’image de notre pays à l’étranger ». 

Pour ma part, j’ai rappelé ma conviction de toujours, à savoir que la culture est d’abord et avant tout un droit fondamental pour tout citoyen et pour toute citoyenne, au même titre que l’éducation, la santé, l’emploi, le logement etc. Et quand je dis “au même titre”, je devrais dire “au même niveau”. Je m’explique. 

Dans les pays qui respectent leurs citoyens, la culture n’est pas considérée comme un secteur quelconque auquel on accorde de l’intérêt selon les circonstances ou selon les moyens, mais comme une nécessité essentielle, existentielle, vitale. Certains de ces pays, comme par exemple, les États Unis, n’ont même pas de ministère de la culture, et pourtant chez eux, la culture est partout et omniprésente.
C’est pour cela que le débat si redondant qu’il en devient agaçant sur l’insuffisance du budget alloué chez nous à la culture est à mon avis dépassé, même s’il est vrai que pour presque tous les gouvernements qui ont dirigé le pays depuis son indépendance, la culture représente la 15ème roue du carrosse. Et vous savez pourquoi ? Parce que pour la plupart d’entre eux, notamment pour ceux qui sont actuellement aux commandes, la culture est une coquetterie, une gâterie, un « luxe » qu’on pourrait s’offrir de temps en temps, quand on en a les moyens, ou quand on veut amuser la galerie. Donc, qu’on l’augmente peu, beaucoup ou pas du tout, cela ne changera rien pour la simple raison que la culture doit être perçue d’une manière transversale, autrement dit qu’elle doit traverser l’ensemble des départements de gouvernement du pays, à commencer par celui de l’enseignement. Donc, même si le rapport de la CSMD propose de faire passer le budget actuel de la culture, à l’échéance de 2035, de 0,1% du PIB à 1%, c’est-à-dire de le multiplier par 10, cela ne réglerait pas la question, car au fond, ce n’est pas un problème de sous, mais de vision politique, de vision de la vie. Ou bien on estime que la culture est un élément essentiel qui contribue pour beaucoup à émanciper le peuple et à le rendre plus intelligent, auquel cas, il faudrait revoir totalement l’approche, soit on va continuer de parler toujours d’oseille, en faisant du sur place, en faisant semblant d’avancer.
Un dernier mot qui n’a rien à voir, mais un peu quand même : quand je pense à cette histoire de résolution européenne contre le Maroc qui révolte “tout le peuple marocain”, je me demande pourquoi il n’y a pas grand-monde parmi ce “tout le peuple marocain” qui a cherché à savoir qui a été à l’origine de cette “affaire de Sebta”, ou dit autrement, comment tous ces jeunes et tous ces enfants se sont retrouvés, comme ça, là, justement ce jour-là, tous ensemble, pour filer à l’espagnole ?
Je dis ça, je ne dis rien, mais je vais quand même vous souhaiter un très bon weekend et vous dire à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma