Je vous assure que je n’avais aucune envie de vous parler encore de ce bazar sans nom que nous subissons, ici au Maroc, et partout ailleurs dans le monde, depuis que ce maudit salaud de virus a décidé de nous empoisonner la vie. Je ne voulais plus en parler, parce que tout le monde en parle à longueur de journée et de nuit, et parce que je continue de croire à l’espoir qu’un jour ou l’autre, il va bien finir par déguerpir et nous permettre de revenir à notre vie antérieure, même si pour beaucoup, à commencer par votre serviteur, cette vie n’a pas été toujours géniale, géniale. Mais, bon, il vaut mieux des ennuis de fric, de cœur ou d’autres bobos du même genre, que de vivre au ralenti, enfermé à double-tour, sans pouvoir ni sortir, ni voyager, ni embrasser son prochain, ni câliner sa prochaine, ni les serrer contre soi, ni juste leur serrer la main, comme on le faisait si bien et si souvent avant. Je ne sais même plus si je saurais refaire tout cela, le jour où on reviendra, on reviendrait, devrais-je dire, à la vie normale. Bref, ce n’est pas la joie. Et ce n’est pas parce que le monde entier est logé à la même enseigne qu’il va falloir l’accepter avec déterminisme et fatalité. D’ailleurs, ce n’est même pas vrai que c’est partout pareil. Et je vais vous donner, un exemple, un seul : le ramadan. 

En effet, on a beau être un milliard, ou même deux milliards de musulmans, ou du moins, des Etats et des peuples estampillés tels, il faut savoir que près des 3/4 du globe ne le sont pas, mais qui ne sont pas moins des êtres humains comme nous, ou même parfois mieux que nous. Donc, tous ces gens-là qui ne sont pas musulmans, ou pas encore, en attendant, eux, n’ont pas de ramadan, et donc ne vont pas vivre le calvaire que nous allons bientôt vivre, nous qui vivons dans peut-être le plus beau pays du monde, mais également probablement le plus anachronique.


Je ne sais pas ce que les autres États musulmans à travers la planète ont décidé, mais je suis quasiment sûr que dans aucun d’eux, on a pris cette idée ultra-saugrenue et inexplicable de décréter un couvre-feu, moins d’une heure après l’annonce de la rupture du jeûne !

Je ne sais vraiment pas qu’est-ce qu’on pourrait faire dehors durant quelques minutes – moins de 30 mn au début du ramadan et pas plus de 10 mn vers sa fin – qui nous seront “offerts” à titre de gratification. J’ai beau me creuser les méninges – ce que ces penseurs, scientifiques et gouvernants qui décident tout à notre place, sans daigner nous expliquer la logique de leur décision, n’ont certainement pas fait – mais je ne trouve absolument aucune explication.

Je ne remets pas du tout en cause le bienfondé du principe du couvre-feu, étant bien conscient des dégâts que peut engendrer ce petit minus de virus, et sachant que même si notre pays a réalisé une belle avancée dans la lutte contre lui, nous sommes loin, très loin, d’être sortis de l’auberge.

Cependant, ce contre quoi je me révolte – et je sais que je ne suis pas le seul – ce sont principalement deux choses: 
1- La légèreté avec laquelle cette décision fantaisiste, mais si contraignante a été prise, même si on nous a préparé assez longtemps, mais pas assez tôt, à coups de communiqués alarmistes et de communication anxiogène, sur son éventualité très probable.

2 – Le peu d’intérêt que ceux qui ont pris cette décision semblent accorder aux conséquences désastreuses sur les revenus d’une bonne partie de la population active de notre pays, et encore moins sur notre moral, qui est déjà au plus bas, car ça fait plus d’un an que ça dure. L’argument des « mesures préventives » ne me parait pas tenir la route, d’abord à cause du relâchement très visible – parce que plus personne ne contrôle plus rien depuis déjà plusieurs semaines – et ensuite parce qu’ils ne nous ont donné aucun argument valable pour nous convaincre comment, à partir de 20h pile, Mme ou Mlle Covid19, dans tous ses variants et toutes ses variantes, devient subitement plus active, plus vilaine et plus méchante que durant la journée.

C’est vraiment du n’im-porte-quoi !

Comme vous avez dû déjà le constater, on ne pourrait pas me reprocher d’être un nihiliste chronique puisque, ici même et ailleurs, je n’arrête pas de louer le travail de ce gouvernement, du moins pour le volet de sa lutte contre la pandémie. Mais, là, franchement, je ne peux plus le faire. Je m’imagine déjà, dès la semaine prochaine, juste après avoir ingurgité un bol de harira et tout ce qui va avec, sortir quelques minutes dehors pour prendre un peu d’air, mais revenir aussi vite, en courant, triste et malheureux, pour me taper tous ces programmes de télé qui seront censés nous faire rigoler. Vous croyez que c’est une vie, ça ?!?

Mais, soyons quand même positifs et espérons que tout cela finira par finir, et que bientôt tout redeviendra comme avant.

En attendant, je vous souhaite un très bon weekend, un très bon ramadan – malgré tout – et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma