J’aurais tant voulu vous parler cette semaine de l’été qui s’installe sous le parasol, du soleil et du bronzage intégral, des matchs de volleyball qu’on fait sur la plage, des parties de cartes qu’on joue au bord de la piscine tout en sirotant un bon cocktail de fruits-bio ou une bonne (?) bière sans alcool, bref, vous parler des vacances que l’on est en train de passer, ou, au moins, en train de préparer.
Des vacances ?!? Tu parles. Et même si des vacances il y aura, ça va être la galère. Comment voulez-vous que l’on puisse passer des vacances normales, alors que les haut-parleurs conjoints des ministères de la santé et de l’intérieur, unis pour la peur et pour le pire, n’arrêtent pas, depuis deux ou trois semaines, de nous casser la tête avec la pandémie qui ne finit pas de partir et de revenir, que le Covid change tellement vite de nationalités qu’on lui a donné un petit nom grec pour nous faire perdre notre latin ?

“Le variant Delta” qu’ils l’appellent. Oui, je sais que ce n’est pas eux, eux ne font que suivre la tendance, surfer sur la vague, la 4ème vague, disent-ils !

Non, non, je ne suis pas devenu, moi aussi, “complotiste”, mais je vous ne cache pas, si ça continue comme ça, je ne suis pas sûr de ne pas le devenir. S’ils veulent nous faire peur pour mieux nous mener à la baguette, pour mieux jouer avec nous à la maitresse et aux élèves turbulents, ou aux gendarmes et aux malades potentiels, je crois qu’ils ont réussi. La preuve : tout le monde ne parle que de “ça”. Et “ça”, c’est le retour de l’emprisonnement, pardon, le retour au “confinement”, un mot devenu, malgré lui sûrement le plus répété au monde. D’ailleurs, par curiosité maladive et un peu tardive, j’ai voulu en connaitre l’origine, et j’ai consulté Tonton Google. Et voici une de ses réponses : “Le « confinement » renvoie, à la fin du Moyen-Âge, à une délimitation purement géographique : on dit ainsi d’un terrain qu’il est confiné. En un siècle seulement, le mot se charge d’un sens nouveau : « confinement » signifie alors « enfermement », dans le contexte restreint qu’est celui de la prison. Au XIXe siècle, le sens du mot s’élargit et le « confinement » renvoie, plus généralement, à « l’isolement d’un captif »”.
Ainsi, nous sommes devenus, par la force des choses et de cette saloperie de pandémie, des êtres captifs qu’on enferme et qu’on libère au gré des humeurs du méchant virus qui fait peur et qui fait perdre beaucoup de sous à tout le monde, mais qui permet d’en faire gagner encore plus à quelques-uns. Bon, bon, j’arrête. Je vous avais prévenus. Je ne suis pas complotiste, mais ça commence à me tenter.
Revenons au Maroc.

Jusqu’à il y a quelques jours, nous étions sur un petit nuage : les chiffres étaient bons presque tous les jours, la vaccination battait son plein, malgré certains problèmes d’approvisionnement qu’on arrivait à régler assez vite, le monde des affaires et des finances retrouvait des couleurs, bref, la vie reprenait normalement, encouragée très officiellement par nos pères fouettards eux-mêmes qui montraient de grands sourires de satisfaction. Ils étaient tellement satisfaits qu’ils ont décidé d’ouvrir toutes les portes, et d’inviter, tous frais payés ou presque, nos concitoyens et concitoyennes du monde entier à venir fêter ici, ensemble, cette victoire du génie marocain sur la pandémie étrangère.

Et puis, patatras !

Presque du jour au lendemain, c’est le retour du balancier.
Presque du jour au lendemain, le discours affectif, chaleureux, généreux, satisfait, bienheureux, a cédé la place à un autre, triste, catastrophique, angoissant, menaçant. Presque du jour au lendemain, tout ce qu’on a gagné comme victoires historiques et réalisé comme performances exclusives, s’est évaporé, ou pour rester honnête, risque de s’évaporer et de partir en fumée. Et alors, qu’est-ce qu’on doit faire pour éviter tout cela ? Rien de plus simple : il faut respecter rigoureusement les mesures barrières, autrement dit, il faut faire une marche arrière. Mais comment voulez-vous qu’on s’enferme de nouveau, qu’on reprenne les “bonnes” habitudes qu’ils nous avaient dictées à coups de sirènes, de caïd(e)s et même de véhicules blindés, alors qu’ils ont, eux-mêmes, il y à peine quelques jours, ouvert toutes les vannes.

Ils plaisantent ou quoi ? Ils n’ont qu’à aller voir de visu la cohue dans les stations de cars et dans les gares. Quant aux bus, par exemple à Casablanca, ils ont beau être tout neufs et tout beaux, avec le wifi et tout et tout, les passagers y sont entassés comme des sardines, à la grande satisfaction des agents-contrôleurs qui comptent déjà les primes qu’ils vont bientôt recevoir. Quant aux taxis, n’en parlons pas ! C’est le coude-à-coude et le nez-à-nez garantis, avec en prime, un double-prix ! 

Non, ce n’est pas l’anarchie. Les autorités savent tout ça, voient tout ça, et laissent faire tout ça. Et ils nous engueulent, par-dessus tout ça. Parce que ça les arrange, comme dirait un vrai complotiste que je ne suis pas, mais que je risque de devenir. Au fait, puisque c’est si grave et puisqu’on risque si gros, pourquoi ils n’annulent pas la fête ?

Voilà. Je ne voulais pas le dire, mais j’ai fini par le dire.

En attendant plus de logique et plus de rationalité politique, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma