Je sais que beaucoup vont trouver que je me répète souvent, et j’en suis sincèrement très désolé. En fait, ce n’est pas par fumisterie intellectuelle ou par manque d’imagination, mais c’est tout simplement parce que les sujets qui m’interpellent le plus, et dont je décide de parler ici, ce sont ceux-là même qui n’arrêtent pas de se répéter à souhait, comme s’ils voulaient me narguer, me provoquer, ou me dire que “mon vieux, tu as beau râler, gueuler, nous engueuler, on ne changera pas, et rien ne changera. Na !”.

Je ne vous cache pas que, plusieurs fois, juste après m’être emporté violemment contre une mauvaise conduite d’un quidam, d’un chauffard ou d’une chauffarde, la tricherie d’un commerçant douteux, le comportement déloyal d’un mauvais fonctionnaire, ou même parfois une insinuation intéressée d’un ripoux, je me surprends en train de regretter mon comportement en me promettant, intérieurement, d’arrêter désormais de m’occuper des travers des autres, et d’essayer de corriger d’abord les miens puisqu’il parait, selon même certains témoignages insistants de certains de mes anciens camarades, que j’en aurais pas mal. Mais, aussitôt calmé, je reprends ma casquette de redresseur de torts, probablement à tort, car ça ne fait que me miner la santé et me saper le moral. D’ailleurs mes très proches et mes vrais très rares amis n’arrêtent pas de me le faire remarquer en allant même parfois jusqu’à me rappeler- ce n’est pas très sympa de leur part – que je n’ai plus l’âge pour tout ça ! 

Mais, que voulez-vous, on ne se refait pas et, entre nous, je n’ai pas tellement envie de me refaire. Ce qui est fait est fait. Au fait, pourquoi je reviens là-dessus ? Je vais vous le dire. Il y a 2 ou 3 jours, j’ai assisté, tour à tour, à deux situations qui m’ont secoué, au sens littéral du terme. Pourtant, à des comme ça, j’ai assisté des dizaines de fois. 

Je vous raconte.

Je venais de sortir d’un laboratoire d’analyses, après avoir récupéré les résultats d’un bilan demandé par mon cardio, bilan qui était loin d’être brillant. Raison de plus, me diraient mes amis, de modérer mes ardeurs de râleur invétéré.

Je roulais tranquillement sur mon scooter dont je ne suis pas si peu fier, et me dirigeais vers mon café préféré, histoire de réfléchir un peu sur les bonnes résolutions que je dois impérativement prendre, et très vite ! Alors que j’étais au niveau de la faculté de médecine de Casablanca, le véhicule qui était juste devant moi, freina brusquement. Et que vois-je ? Une belle limousine noire – une Audi 8, pour bien la nommer – quittait la place où elle était garée contre le trottoir, et faisait “un demi-tour” sur place, avec l’aide et la complicité du gardien gilet-jaune de service, alors que deux lignes bien continues et bien parallèles l’interdisaient légalement et très clairement. 

Arrivée à mon niveau, j’ai très vite remarqué bel écusson doré de médecin arboré fièrement derrière le pare-brise avant, et j’en ai même déduit qu’il s’agissait d’un professeur qui venait de finir le cours donné à de futurs médecins et, même si je ne le souhaite pas, à de futurs chauffards. Et comme à mon habitude, je n’ai pas manqué de saluer cyniquement son audace avec mon pouce vers le haut, ce qui l’a poussé, très spontanément, à me répondre, devant tout le monde, avec un bras d’honneur encore plus haut. 

J’ai repris mon chemin, penaud et honteux, comme si j’étais le fautif. 

Quelques centaines de mètres plus loin, j’ai aperçu une fourgonnette jaune appartenant à un célèbre groupe d’écoles privées qui fonçait littéralement sur moi, alors qu’une plaque de “Stop” le sommait de s’arrêter. Il m’a m’évité de peu. Je me suis arrêté et j’ai sorti mon téléphone pour prendre une photo du véhicule. Et là, le chauffeur du dit-véhicule a sorti sa tête avec son regard haineux de la vitre et m’a envoyé à la figure tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait, en me menaçant que si jamais j’osais en parler à ses patrons, j’aurais affaire à lui. 

Voilà donc deux cas, avec des individus, théoriquement, totalement différents, mais avec un comportement de sauvages, en tout point ressemblant.

Je ne voudrais pas en tirer des conclusions trop sociologiques ou trop anthropologiques, mais, comme m’a dit plus tard un ami, c’est la preuve que l’instruction n’est pas un rempart systématique contre les archaïsmes, par contre les valeurs nobles de l’éducation, elles, peuvent les contrecarrer et les combattre. Pour ma part, et pour conclure, j’ajouterais que peut-être que la lutte des classes existe, ne serait-ce que parce que les classes existent, mais un enfant du peuple et un grand bourgeois peuvent parfaitement être d’accord pour être, tous les deux, deux immenses voyous. Tenez ! Il parait que le patron de la fameuse “usine clandestine” de Tanger où a eu lieu cette terrible tragédie, serait un ancien ouvrier et habiterait toujours dans un quartier populaire !

Ça ne s’invente pas.

C’est l’immense Edgar Morin – à qui je souhaite un joyeux 100ème anniversaire et une très longue vie – qui a écrit un jour : Notre corps naît, se développe, fonctionne et meurt en dehors de notre conscience. Notre conscience n’est elle-même qu’à la surface de notre esprit ». Je n’aurais jamais su en dire mieux.

En attendant un bien hypothétique changement de nos comportements, je vous souhaite un très bon week-end, une très bonne Saint Valentin, et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma