C’est à contre-cœur que j’entame cette chronique dont le thème est brûlant, et c’est vraiment le cas de le dire.

Ce n’est pas de l’humour, ou, peut-être, c’est juste un rire nerveux.

Bon. Entrons tout de suite dans le vif du sujet, un sujet que je n’aime pas trop aborder, non par lâcheté, mais parce que je n’aime pas les confrontations qui n’en valent pas la peine. De plus, j’ai horreur de tous les chauvinismes, y compris, surtout même, ceux qui se présentent sous le voile et l’enrobage de ce qu’on appelle vaguement “le nationalisme” ou “le patriotisme”.

Pour moi, aimer son pays, n’est pas une coquetterie d’usage, mais c’est quelque chose de normal, de naturel, d’évident. C’est comme aimer ses parents, sa famille, la maison ou la ville où l’on a vu le jour. Pas plus. On n’a pas besoin d’en faire tout un plat.

Je prends, par exemple, la famille ou le foyer familial. Chacun aime les siens, ou pas d’ailleurs, mais rien ne justifierait qu’on les considère qu’ils sont mieux que ceux des autres, qu’ils sont les meilleurs, qu’ils sont, par exemple, “les plus beaux du monde”. C’est ce genre de superlatif qui peut devenir parfois un pousse-au-crime, du moins quand il est pris au mot, et au premier degré.

Il m’arrive, comme beaucoup d’ailleurs, de temps à autre, de dire ou d’écrire, par exemple, que ma mère, ma fille ou ma petite fille, sont les plus belles du monde. Je le fais avec sincérité, certes, mais sans le croire vraiment, en tout cas, sans avoir à l’idée, une seconde, d’attaquer tous les gens qui ne seraient pas d’accord. Jusque-là, généralement, c’est rare ou ça dérape, parce que chacun pense, à juste titre, qu’il n y a pas lieu de s’emporter ou de s’énerver, et c’est tant mieux.

Mais dès qu’il s’agit de pays, de son propre pays, là, ça devient aussitôt très sérieux. Qu’on veuille faire de la surenchère, en interne, juste, entre nous, en jouant à qui aime le plus son bled, ça ne me dérange pas trop. D’ailleurs, ça se fait depuis la nuit des temps, que ce soit chez nous ou ailleurs. Les politiciens du monde enfin passent leur temps à jouer à ce jeu-là, afin de faire croire à leur électorat qu’ils sont les plus légitimes à mener la barque, parce que, justement, ils aimeraient leur pays mieux que les autres.

Ça, je vous assure, je n’ai rien contre, et ça m’amuse beaucoup. Par contre, ce qui ne m’amuse pas, mais alors pas du tout, c’est que pour montrer qu’on aime bien son pays, on se sent obligés d’attaquer le pays d’en face, ou, souvent, le pays d’à côté. C’est vrai que l’animosité entre pays frontaliers existe depuis l’invention des frontières, et même avant, et tous les pouvoirs du monde l’ont entretenue, voir renforcée, justement pour maintenir leur pouvoir. Là aussi, je ne suis pas naïf, et je considère que c’est un peu normal.

N’est-ce pas Machiavel qui avait dit : Une guerre est juste quand elle est nécessaire” ?

Tout est dit dans cette phrase. Qu’on soit d’accord ou pas, ne changera rien aux enjeux du pouvoir, des pouvoirs. Et c’est pour cela que je m’y fais avec fatalisme et sans état d’âme. Mais je ne peux pas me taire ou fermer les yeux lorsque je vois et j’entends des gens dits du “peuple”, autrement dit pas toujours très instruits, ou pis, des personnes censés être éclairées, dont des éclaireurs, se lancer constamment dans des diatribes et des critiques systématiques sur les voisins, les Algériens pour bien les nommer, “nos frères Algériens”, comme ils disent, en faisant, consciemment ou pas, une confusion permanente, voulue ou involontaire, entre le peuple Algérien qui, on le sait, ne décide presque rien, est le pouvoir Algérien qui, lui, est vraiment pourri, et fait la pluie est surtout le mauvais temps.

Ce qui m’agace, ce qui me met hors de moi, ce qui m’horripile, ce sont ces histoires, anecdotes, légendes devenues croyances, qui sont répétées à longueur de journées, dans les terrasses de café, dans les salons, ou sur les lieux de travail ou d’oisiveté, par des compatriotes de toute origine et de tout niveau, et qui veulent nous persuader, parce qu’ils semblent l’être réellement, que les Algériens sont tous des gens stupides, des affamés, des jaloux qui nous envient notre mode de vie, notre développement, nos réalisations, nos performances, nos succès, nos réussites ou zide ou zide…Et c’est pour tout cela qu’ils nous cherchent des poux et qu’ils créent la zizanie !

D’abord, je le répète pour les obtus, les tordus et les malentendants de la tête, ce n’est pas pour leur donner des leçons, mais un peu quand même : il faut toujours faire une distinction entre un peuple et le pouvoir qui le dirige. Les Allemands ne sont pas plus responsables du pouvoir nazi de Hitler que les Français ne l’ont été de celui de Vichy, ou les Américains de celui de Bush père ou fils. Et d’un. De deux : les Algériens, comme les Tunisiens, comme les Belges, les Soudanais, les Australiens ou les Arméniens – je parle des peuples – ne sont pas jaloux de nous ni d’aucun autre peuple. C’est juste du délire. Chacun peut admirer ce que fait l’autre, comme nous le faisons nous-mêmes avec des pays mieux que nous, et il y en a tellement.

Et enfin, de trois : nous sommes historiquement et géographiquement condamnés à cohabiter et à vivre avec nos voisins et “frères” Algériens, peut-être pas encore aujourd’hui, mais sûrement demain ou après -demain. Voilà, je devais le dire et je l’ai dit. 

En attendant un retour à de meilleurs sentiments, moins hautins et moins chauvins, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma