Abderrazaq MIHAMOU

Avec la coupe du monde 2022 organisée au Qatar, nous nous apercevons de plus en plus que les Mosquées, les Synagogues, les Eglises et tous les temples religieux n’ont jamais été aussi désertés. A cette occasion toutes les prières se font dans les stades pour ceux qui ont fait le déplacement où chez soi pour ceux qui ne l’ont pas fait. Les supporters à l’échelle universelle, abstraction faite de leurs origines, de leur niveau intellectuel, de leur fortune, endiablés pour leurs équipes favorites ont oublié leur devoir spirituel au détriment d’une euphorie visant à scander leur nationalisme. Même les entreprises les plus structurées, les écoles et les institutions ont agencé leur temps de présence sous la pression de leurs employés ou leurs étudiants. La productivité pour les premières et l’efficience pour les secondes ne seront plus à l’ordre du jour durant toute la durée de cette compétition.

Ce phénomène sociologique mondial pousse à réfléchir à cet engouement qu’ont près de huit milliards d’humains à suivre l’évolution de leurs représentants nationaux réunis dans un même lieu pour défendre les couleurs de leurs étendards. Ainsi, ils s’organisent pour se dégager un temps, et consacrer au moins deux bonnes heures à la nouvelle contrainte « Regarder le match » au détriment de toutes les autres tâches.

L’universalité de ce jeu a créé dans chaque coin du monde des petits prodiges du ballon rond qui valent leur poids en or. Leurs fortunes individuelles défient toutes les bourses des Prix Nobel réunis.

Pélé, Larbi ben Mbarek, Fontaine et bien d’autres grands joueurs du siècle dernier, sont autant de phénomènes qui n’ont pu profiter de la manne financière que la pratique de ce sport générait. Mais déjà au tout début du siècle, une nouvelle génération de jeunes férus depuis leur jeune âge de ce sport, a vu naitre des spécialistes du ballon rond dont les fans se comptent en milliards indépendamment du territoire, de l’origine ou de la religion.

Comme « le cœur a des raisons que la raison ignore », nous trouvons des adeptes des stars de football qui crèchent partout dans le monde. Qu’ils soient de Ougadogou, de Midelt, du Yemen, ou des Amériques…, ils adulent un Messi, un Ronaldo le portugais, un Litbarski ou encore leurs non moins valeureux prédécesseurs comme Maradona, Ronaldinio, Ronaldo le brésilien et bien d’autres encore.

Cet état de choses a fait que les rêves des jeunes de la nouvelle génération se tournent vers ce sport, plus alléchant, plus rapide et plus facile d’accès pour les doués d’entre eux. Tout à fait à l’opposé du souhait des jeunes d’antan, où le sport ne nourrissait pas son homme, et que la seule voie de salut était celle d’étudier pour occuper un grand poste de responsabilité, bien rémunéré. Il y a même des parents actuellement, amplement convaincus de ce fait de société, qui s’inscrivent dans cette logique en déboursant des sommes faramineuses pour faire de leurs progénitures de petits génies de la balle ronde en les plaçant dans des écoles professionnelles de football. Ce phénomène est encouragé par la prolifération envahissante des académies de football franchisées par les grands club Espagnols, Français et Anglais qui constitue une réelle source de devises. Une vraie poule aux œufs d’or où le sponsoring des équipementiers sportifs vient rajouter du beurre aux épinards. Le  film « FIFA UNCOVERED » sur Netflix a mis à nu toutes les magouilles et les corruptions qui végètent à l’intérieur de ce temple qui manage le football à l’échelon de la planète où sont impliqués des noms connus du foot, des chefs d’états et des sponsors équipementiers sportifs.

De grands chercheurs sociologues et psychologues se penchent sur ce phénomène et ont publié beaucoup d’articles de recherche dans ce sens relatant la mutation d’une société d’amateurs et amoureux du football où la beauté du geste et l’esprit sportif étaient prisés vers un peuple de gladiateurs et fanatiques du ballon rond où seul le résultat prime.  

Le mouvement des foules avec des rituels permanents commencent à faire leur chemin et se cristallisent de plus en plus dans les stades, en s’organisant en associations de supporters. Mais le revers du médaillon, c’est les débordements observés de jeunes supporters mal encadrés qui, à la fin de chaque match, détruisent sur leur passage le paysage public et privé de leurs congénères. Sans oublier de citer beaucoup de mordus et de fans de club qui suivent leurs équipes, à leurs frais, même en dehors du pays, ruinant ainsi leurs carrières et les espoirs de leurs parents.

Abderrazaq MIHAMOU
Expert en Digital et Organisation
Coach professionnel