Par Jaouad Benaissi

Un jour, il faudrait que tu penses à me libérer de ce qui reste de toi. Il n’y a pas que les souvenirs de nos voyages, ta brosse à dents et ton pyjama. Il y’a surtout toutes ces scènes de vie qui ne cessent de refaire surface. Ces petits-déjeuners que tu fais mal et qu’on préfère aller prendre dehors. La délicieuse salade de légumes grillés qu’on se partage avant que chacun de nous ne choisisse son plat. Ta façon de me dire l’amour et de te plaindre de moi. Tes angoisses, tes attentes, ta jalousie… Bref, Toi et Moi et les choses qui sont les nôtres. Vois-tu ce que je veux dire ?!      

Tout est fini et pourtant, je te retrouve au fond de mon regard fatigué et au bout de mes nuits. Toi, que viens-tu chercher ?

Toute ma vie, je l’ai dédiée à la quête de l’amour, tandis que des amis proches faisaient dans le conventionnel en épousant des femmes en mesure de répondre leurs besoins de queue et de ventre.  Et entre deux conquêtes, je prenais le temps de noyer mon chagrin dans des larmes que je n’ai jamais réussi à verser. L’amour était tellement crucial pour moi, que je prenais le risque de m’accrocher à un nuage passager. C’est joli d’être suspendu entre deux nuages ou de marcher dessus, le temps d’un rêve ou d’une aventure. Seulement, la chute peut être tragique. Avec l’âge, on n’a plus les moyens de ses conneries !

J’ai la fatigue d’un oiseau qui survole les océans. Je suis fatigué, vraiment !

Le peu de force qui me reste, je veux m’en servir pour écrire à une absente. Une autre femme qui traînait, elle-aussi, une vie aussi chargée et aussi tourmentée que la tienne. C’est toujours plus simple et sans doute plus sincère de dialoguer avec une personne qu’on ne voit plus. Une personne qui a choisi de partir. Ou une personne qu’on a forcé à partir. Parce que l’absence finit toujours par apporter de la sérénité à la parole et à la pensée. Les yeux dans les yeux, les émotions et la raison s’entremêlent et l’on n’arrive même pas à s’écouter. On se fait du mal…

A travers l’écriture de ces correspondances imaginaires adressées à une femme qui te ressemble, je ne sais si je vais pouvoir m’affranchir de toi, ou finalement, sombrer davantage dans ton chagrin. Les chansons ne se ressemblent pas. Les paroles se contredisent les unes les autres presque de la même manière qu’un homme polygame qui jure fidélité aux femmes de son harem. Et je me dois de respecter les règles du jeu voulant que chaque correspondance soit inspirée d’une chanson. J’ai comme l’impression de devoir danser avec le vent, sachant que ce qui est compliqué avec le vent, c’est qu’on ne peut pas en maîtriser la force ni anticiper sur le moment où il se transformerait en tempête.  

Je n’ai jamais eu la prétention d’être un homme conciliant et facile à vivre, tant s’en faut. Je réalise à quel point je peux être compliqué, et à quel point je peux compliquer la vie aux personnes autour de moi. Exigeant, maniaque, souvent méfiant, et pire encore, je peux être vachard comme type, enfin parfois ! J’exige intelligence, culture et beauté, et faisant preuve de souplesse, il m’arrive de transiger sur un critère sur trois, mais pas plus. Parce que je n’aime pas être injuste envers moi-même, je tiens ma personne en estime. Tu sais, c’était aussi ma façon d’être digne de toi. 

Ton départ ne m’a pas fait que souffrir. Pire, il m’a fait vieillir…

Quand je jette un caillou dans le lac de mes amours, c’est toujours ton amour qui surgit. Un amour magicien qui prend autant de forme que de dimensions. Hélas, avec le temps, je suis peu épaté, peu émerveillé… Alors que viens-tu chercher ? Tu viens, tu reviens… Penses-tu que tu pourras me redonner la lumière ? Serais-tu en mesure de me redonner le goût de vivre ? Le sourire ? Les mêmes conneries dans les yeux ? 

Je savais bien que quelque part, tu existais mais c’est trop tard, mon cœur ne sert plus à grand-chose. La fête est finie. Alors viens récupérer ce qui reste de toi, et avant de nous dire adieu, prenons un thé…

Tu me viens trop tard
Au bout de ma vie
Tu vois, c’est fini
Et rien, rien n’y peut plus rien
Je m’arrête ici
Toi, tu…