Par Mohamed LAROUSSI

Ce n’est pas pour jouer au manager branché avec sa présentation Power Point que j’ai choisi ce titre. Ce slogan-bateau qui ne rime parfois à rien, est souvent utilisé à tort et à travers. Je ne vais pas déroger à la règle, quoique, comme vous allez le voir, je ne suis pas tellement hors sujet.

Je reviens cette semaine sur les défaillances pour ne pas dire les déficiences en termes de communication de notre nouveau gouvernement qui semble n’avoir de nouveau que le nom. Ils continuent, je continue. Mais si j’ai dit « qui semble » c’est parce que j’ose encore espérer que ces dérapages répétés ne sont que les conséquences assez logiques et assez attendues pour toute équipe qui démarre, surtout quand certains éléments qui la composent sont loin d’avoir des accointances entre eux. Attendons pour voir.

En attendant, je ne peux pas ne pas commenter la dernière trouvaille de notre gouvernement, et plus précisément du chargé de notre santé qui serait selon lui de plus en plus menacée. Je sais qu’il a le vent en poupe, mais de là à se prendre pour Monsieur Taisez-Vous-Je-Sais-Tout-Et-Je-Ne-Suis-Pas-Obligé-De-Tout-Vous-Expliquer, il y a une longue distance qu’il a allègrement sautée. Je dois dire que cette attitude hautaine, voire méprisante envers les citoyens et citoyennes fébriles que nous sommes devenus à cause de ce satané virus couronné, ne date pas d’aujourd’hui.

Déjà, dans le gouvernement précédent, il était devenu le ministre incontournable – j’allais dire incontrôlable – car accoudé, par la force des choses, à un autre Super Ministre qui se reconnaitra et qui, il faut le reconnaitre, est souvent plus discret et en tout cas qui ne la ramène pas comme lui.

Je n’ai jamais caché que Monsieur Khalid Ait Taleb m’agace énormément. Je ne doute pas un seul instant de ses compétences médicales et managériales et je n’ai aucune raison non plus de m’interroger sur son honnêteté et sur sa moralité. Mais, quand je le vois et que je l’entends, du moins quand il daigne se montrer et nous parler, je me demande pour quelle raison il nous prend autant d’en haut et surtout pourquoi il s’adresse à nous comme si nous étions des attardés mentaux. Sa dernière déclaration sur la récente découverte du premier cas de contamination au variant Omicron en est une claire illustration : « Le cas du variant Omicron détecté aujourd’hui au Maroc est une mutation locale et non importée de l’étranger… Après investigation, il s’est avéré que ce variant n’a pas été importé de l’étranger mais qu’il s’agit d’une mutation au niveau local ».

Je vous avoue que dès que j’ai entendu cette déclaration, je suis tombé des nues. Déjà, le communiqué qui nous avait annoncé cette information qu’on savait inéluctable, était un texte d’anthologie, un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire quand on veut informer un public qui attend une information précise. Jugez-en vous-mêmes : « … ce cas Omicron a été enregistré auprès d’une femme marocaine dans la ville de Casablanca. Elle se trouve actuellement sous les soins médicaux au sein d’un établissement hospitalier de la capitale économique ». C’est clair comme une eau de roche brouillée.

Je rappelle que depuis l’apparition de ce variant si redoutable dans la lointaine République d’Afrique du Sud, on avait très vite fait, et peut-être bien fait, je ne sais pas, de fermer subitement nos frontières à double tour, prenant même le risque de foutre en l’air un secteur vital comme le tourisme, qui commençait à peine de se réveiller de son profond sommeil forcé, et laissant dehors des milliers de citoyens Marocains et de non Marocains Résidents au Maroc dont le seul tort était d’être sortis du pays au mauvais moment, et tout cela, nous dit-on, « pour préserver les acquis » et surtout pour empêcher le méchant variant Omicron de pénétrer chez nous.

Bien sûr, pour cela et pour tant d’autres égards, nous devons les remercier et leur être reconnaissants, parce qu’après tout, ils ne font pas cela de gaieté de cœur, mais juste pour nous protéger.

Sauf qu’après la révélation de Monsieur Khalid Ait Taleb du caractère « local » de ce variant découvert chez notre malheureuse et malchanceuse concitoyenne Casablancaise, nous sommes quand même en droit d’exiger plus de clarification. Comment un variant découvert dans un pays dont il a hérité très logiquement la nationalité, et qui devrait avoir des difficultés insurmontables à rentrer chez nous du fait de la fermeture des portiques hermétiques de nos frontières, s’est-il retrouvé dans le corps d’une pauvre dame qui n’avait pas bougé de sa maison ou de son quartier ?

Et bien, Monsieur Taisez-Vous-Je-Sais-Tout-Et-Je-Ne-Suis-Pas-Obligé-De-Tout-Vous-Expliquer a la réponse étonnante, surprenante et toute faite pour vous, une réponse aussitôt relayée par tous les médias officiels et non officiels, et par tous ces experts béni-oui-oui qui acquiescent à tout ce qu’on leur dit de dire : « ce variant n’a pas été importé de l’étranger mais qu’il s’agit d’une mutation au niveau local ». Voilà. Circulez, il n’y a plus rien à savoir.

Ah , si ! On a su autre chose. En effet, hier soir, dans le journal télévisé d’une de nos chaines nationales publiques, un de ces experts-spécialistes, très sympathique par ailleurs, est allé jusqu’à déclarer que « le variant Omicron n’est pas obligé de traverser les frontières pour atterrir dans un pays, mais il peut parfois « produit » en interne, très naturellement, par et dans le corps d’une personne prédisposée qui manquerait, par exemple, d’anticorps suffisants, et ce, suite à une auto transformation d’un autre variant comme le delta qui n’aurait pas été bien traité». Fin de citation que je vous jure authentique et véridique presque au mot près ».

Alors, puisque fermer les frontières n’est pas suffisant, preuve à l’appui, pour arrêter l’entrée du variant Omicron, et que ce variant peut être le fruit d’une « production locale », sur place, pourquoi nous infliger cette punition si contraignante, si traumatisante et – pour utiliser un mot très tendance – si impactante ?

Je sais que nous n’allons pas avoir plus d’explications et plus d’éclaircissements, non pas parce qu’ils ne les ont pas, mais parce qu’ils estiment qu’ils n’ont pas à nous les donner. Il faut les croire sur parle.

Après réflexion, je pense que notre gouvernement souffre de ce qu’on peut appeler « le syndrome de Titanic ». En effet le naufrage de ce magnifique et mythique paquebot n’est pas dû, au fond, à un problème de communication, mais à un Iceberg qui était à une mauvaise place.

Comprend qui pourra.

En attendant, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi tout est dit.