Par Mohamed LAROUSSI

Il ne pleut pas ou pas assez et parfois, dans certains coins, presque jamais. Cette situation n’est pas nouvelle dans notre pays. Depuis ma plus tendre enfance, je me souviens, comme si c’était hier, des longues périodes de sécheresse et des prières rogatoires qui étaient presque quotidiennes. Je ne pourrais pas vous dire, de peur de me tromper, si ces prières étaient organisées ou encadrées par les autorités comme aujourd’hui, mais elles étaient autant d’occasions pour moi et pour mes copains du quartier pour sortir de la maison et pour nous amuser comme des fous.

Je me souviens de toutes les chansons qu’on criait à tue-tête pour la circonstance et dans lesquelles on mettait à l’index, entre autres, la mini-jupe et la djellaba sans capuchequi empêcheraient la pluie de tomber. Je ne pourrais pas vous dire non plus si à l’époque je croyais ou non à ces trucs-là, mais en tout cas ça m’amusait à un point tel que je priais parfois pour qu’aucune goutte ne tombe du ciel, afin de pouvoir continuer de m’éclater avec mes potes.

Plusieurs années plus tard, j’avais commencé progressivement à comprendre comment fonctionnait Mère Nature, et j’avais même fini par apprendre que le Maroc se trouvait dans une région semi-aride qui ne lui permettait pas, et qui ne lui permettra sans doute jamais, d’être avantagé en orages et en averses. Ce qui signifiait tout simplement que la sécheresse était une donnée structurelle, naturelle, et qu’il fallait en tenir compte dans toutes les stratégies et tous les plans de développement.

A partir de là, les prières rogatoires sont devenues à mes yeux pas plus que des croyances d’un autre âge et donc elles ne me faisaient plus du tout rire.

Bien au contraire, je commençais à m’interroger sérieusement sur les raisons profondes de leur maintien comme quasiment un mode de gestion plus ou moins institutionnalisé de la crise de l’eau dans notre pays. Bien sûr que je n’ai jamais été naïf et je pouvais même comprendre qu’on veuille que le peuple ne perde jamais espoir, mais je trouvais qu’il était contreproductif de continuer de lui faire croire qu’il suffit de prier pour faire tomber la pluie, et que notre pays pourrait compter sur son agriculture pour se développer et aspirer à un avenir radieux parce que pluvieux. 

Au fond, je n’ai jamais cru à la thèse de l’inintelligence génétique du peuple tout juste capable de tout gober. J’en ai pour preuve les nombreuses blagues qu’on raconte sur la programmation des dates des prières rogatoires en fonction des prévisions météo que tout le monde connait aujourd’hui plusieurs jours ou plusieurs semaines à l’avance. 
Pourtant, chez nous, on fait comme si personne ne savait rien et n’allait rien savoir.

Franchement, je pense qu’il est temps que ceux qui nous gouvernent arrêtent de nous prendre pour des imbéciles, et qu’ils décident enfin d’engager les bonnes actions pour mieux gérer le manque d’eau dont nous souffrons et dont nous sommes condamnés à en souffrir encore longtemps, pour la simple et logique raison qu’il fait partie de notre ADN climatique et géographique.

Alors que je commettais ces lignes, j’ai appris que des pluies bienfaitrices sont tombées dans plusieurs régions du royaume. Tant mieux. On pourrait même connaître, pourquoi pas, une bonne année agricole. On en a connu de très bonnes, mais aussi de très mauvaises. Donc, ne nous leurrons pas et ne nous faisons pas trop d’illusions. Je l’ai dit et je le répète : le Maroc est un pays semi-aride et par conséquent, il va toujours connaitre de grosses insuffisances en eau.

Je n’ai pas de solutions à proposer, mais je sais que nous avons au Maroc toutes les compétences qu’il faut et qu’il suffit de faire appel à elles, de les écouter et de leur donner les moyens suffisants pour agir. Mais cela ne pourrait être efficace et ne donnerait réellement ses fruits que si les grands donneurs d’ordre mettent le Grand Intérêt Général avant leurs petits intérêts personnels et égoïstes. 

Voilà, je l’ai dit. 
En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.