Par Abdessamad Mouhieddine, Anthropologue, Ecrivain-journaliste

Le prochain sommet de l’Union africaine qui se tiendra le 6 février ne ressemblera certainement pas aux précédents. Plus que jamais, le Maroc et l’Algérie comptent leurs soutiens au sein de l’organisation africaine. Les derniers développements de la question saharienne domineront ce sommet que présidera le Congo démocratique en remplacement de l’Afrique du sud. Maroc vs Algérie, un clash mémorable en perspective.

Ayant, au rythme de la cascade des retraits des reconnaissances de la fantomatique RASD et des alignements à la thèse marocaine, perdu l’initiative de la question saharienne depuis déjà quelques années, l’Algérie des généraux est réduite à la réactivité souventement inefficace et, à maints égards, maladroite. Quasiment décapité durant huit ans, depuis l’accident vasculaire cérébral (AVC) de Bouteflika en 2013 jusqu’à l’impotence de Tebboune, le top management algérien piloté par les militaires est réduit à une réactivité marquée par l’improvisation et la culture des fake news.

Ne pouvant plus remettre les pieds à Libreville, à Dakar ou à Bidjan, les commis voyageurs de la diplomatie algérienne s’essoufflent à ressasser les mêmes credo en Afrique du Sud, au Lesotho ou en Angola. Quant au colosse qu’est le Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique et le septième pays du monde par son nombre d’habitants, il semble avoir compris où se trouve ses intérêts bien compris, non seulement en voisin organique de l’Afrique de l’Ouest de plus en plus soudée à l’intérieur de la CEDEAO, mais également au regard des accords économiques stratégiques scellés avec le Maroc. 

Fini donc le temps où l’Algérie, forte de ses milliards de gazo-pétrodollards, pouvait acheter tous azimuts les reconnaissances de sa mongolienne créature polisarienne. Finies les souricières diplomatiques anti-marocaines où les marionnettes polisariennes pouvaient allègrement intégrer les délégations algériennes, y compris à l’ONU et ailleurs. Voilà où en est aujourd’hui l’arrogance des rétrocommissionnaires galonnés d’Alger et leurs soudards de Tindouf. 

Quid du Maroc ? Depuis quelques semaines, le roi Mohammed VI et les staffs du Cabinet royal, du Ministère des affaires étrangères et de la DGED se sont mis en alerte maximale en prévision du prochain sommet de l’Union africaine qui se tiendra à Addis Abeba les 6 et 7 février. Si l’adhésion aux vues marocaines de la totalité de l’Afrique de l’ouest est quasiment verrouillée, l’Afrique australe est devenue le dernier réduit favorable aux thèses d’Alger. 

Aussi la diplomatie marocaine, forte de sa large visibilité communicationnelle, bancaire, religieuse, migratoire et en matière de coopération win-win au sein du paysage africain, et enfin débarrassée de ses anciennes « pudeurs aérodynamiques » au registre multilatéral, est-elle aujourd’hui résolue à faire expulser la « République holographique » sahraouie de l’organisation panafricaine. Une RASD qui finit dans un ridicule assourdissant au moment où d’autres questions vitales attendent d’être traitées et résolues par l’UA.

En effet, la nouvelle monnaie (Eco) que 14 pays africains s’apprêtent à substituer au Franc CFA, avec tous les tracs institutionnels, économiques et techniques que cela va occasionner,  le litige phénoménal entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie autour des eaux du Nil, ou encore le terrorisme qui s’amplifie dans le Sahel impliquant la sécurité de pas moins de six pays, sont des questions qui paraissent autrement plus prioritaires que le bluff polisarien hérité de la défunte Guerre froide !  

Or pour procéder à l’expulsion de la RASD, la majorité absolue ne suffit point au regard de la configuration statutaire de l’UA. En effet, « avec un Acte Constitutif simpliste dans sa forme comme dans son fond, souffrant d’insuffisances et de lacunes substantielles dans son système normatif et n’évoquant certaines questions déterminantes qu’en des termes très vagues et très généraux, l’Union Africaine vit avec un handicap majeur. Tout désir de prise d’initiative y est condamné à une recherche préalable de « consensus ». 

C’est ce consensus que cherche à réaliser le Maroc au prochain sommet de l’UA, afin d’arriver à obtenir enfin l’expulsion définitive de la RASD ! 
C’est pourquoi le soutien des grandes puissances et leurs lobbies opérant en Afrique s’est avéré nécessaire à cette démarche ô combien stratégique. 

Aussi, dès le lendemain de la reconnaissance de la marocanité des provinces sahariennes par les USA, la diplomatie marocaine s’est-elle empressée d’acculer la France et, accessoirement, l’Espagne à faire de même. Si l’Espagne, aujourd’hui pilotée par un « bouquet politique hétérogène », a tiqué au moyen de déclarations inamicales provenant de la gauche radicale (Podemos), la France s’est murée dans un silence assourdissant. Mais l’Elysée et le Quai d’Orsay ont choisi d’éviter un clash semblable à celui qui opposa Mohammed VI à Hollande lors de l’épisode Hammouchi, tout en s’investissant dans un activisme discret au profit du Maroc en direction de nombre de gouvernements africains. 

Très au fait des « biens mal acquis » amassés par la nomenclatura d’Alger, notamment au sein même de la capitale de l’Hexagone, la France a longtemps rêvé de la neutralisation de la diplomatie algérienne dans ses anciennes colonies. Le débat actuel sur l’héritage mémoriel de la guerre d’Algérie autour du rapport de Benjamin Stora constitue une opportunité inédite pour les élites politiques françaises de transférer cet héritage colonial pesant de la sphère politicienne à la cosmogonie de la recherche historique. Pour cela, un pouvoir algérien faible qui, à mauvais escient, s’abrite toujours derrière les « Chouhadas de la Libération » et dont la faiblesse structurale n’est plus à démontrer, constitue plus que jamais un atout majeur en faveur du dépassionnement tant souhaité des rapports franco-algériens. Voilà pourquoi la France préfère-t-elle plutôt agir en catimini en faveur du Maroc qu’affronter la sempiternelle susceptibilité du quarteron militaire d’Alger.

Par ailleurs, la Tunisie, la Mauritanie et la nouvelle Libye qui se dessine, sans compter l’Egypte, en dépit d’une retenue due davantage à leur crainte de complications stratégiques régionales qu’à leurs profondes convictions, ne verront pas d’un mauvais œil le débarras définitif de la virtuelle et toxique RASD. 

En vérité, plus que jamais, à l’ère covidienne où les gouvernements du monde entier rivalisent en subterfuges pour éviter la récession – et purement et simplement la faillite dans nombre de pays africains -, la majorité écrasante des élites politiques africaines est aujourd’hui convaincue de la fatuité des thèses algériennes face aux défis majeurs qui affrontent les peuples d’un continent appelé à devenir la locomotive de l’économie mondiale dès la moitié du siècle.

« Lors du prochain sommet de l’UA, les dirigeants éliront un président, un vice-président et six commissaires, en appliquant de nouveaux critères de sélection plus stricts. La Commission de l’UA pourra-t-elle ainsi relever de manière plus efficace les nombreux défis qui se présentent à elle ? Comment l’UA pourra-t-elle avoir un plus grand impact sur la paix, la sécurité et le développement en Afrique ? »

Des questions autrement plus pressantes et plus vitales que les infantiles parasitages de la Camarilla d’Alger et ses marionnettes de Tindouf !