Par Jaouad Benaissi

Prendrais-je la peine de te chercher à travers l’écriture, si ce n’était pas toi ? En tout cas, si je devais écrire un livre chaque fois qu’une femme me quitte, j’aurais de quoi remplir un bon rayon de bibliothèque. Oui, je ne peux heureusement pas me réjouir de l’idée que c’est toujours moi qui prends la décision de partir. J’aurais l’air d’un monstre, ou d’un connard. Ni l’un ni l’autre, je suis tout simplement un homme qui choisit le début d’une histoire et qui en subit la fin. Souvent, je n’ai pas le privilège de mettre le point final. 

En revanche, je suis du genre à passer rapidement à autre chose, sans transition aucune entre une histoire et une autre. Non pas parce qu’une femme en fait oublier une autre, mais parce que j’ai horreur du vide. Ce trou de temps où l’on se fait persécuter par ses propres incertitudes et par lequel les vieux démons ressortent. Et puis, une séparation qui ne déclenche aucune souffrance, ce n’est que la fin de quelque chose qui ne mérite pas d’être raconté. L’amour, le vrai, ne prend fin que pour prendre une autre forme. Il devient une œuvre d’art. Aussi, seule une douleur profonde peut se diluer dans la prose et la poésie. Sinon, cela n’en vaut pas la peine !

Avec toi, c’est différent… 

J’essaie de reconstituer les faits comme sur une scène de crime, cherchant à comprendre de quelle manière cette histoire si belle, si forte, a fini par foirer. Parce qu’en partant, tu as oublié d’éteindre la lumière et de fermer la porte. Laissée entrouverte, je reste assis là, comme un pantin immobile, à attendre que tu reviennes. D’ailleurs, je n’ai pas le souvenir d’avoir, un jour, fermé la porte derrière toi ou t’accompagné jusqu’à l’ascenseur. Je n’aimais pas te perdre de vue ou marquer des ruptures aussi brèves qu’elles soient. Du coup, je t’attends… Je t’attends avec dignité, car c’est tout ce qui me reste…

Rien n’est plus désagréable que d’avoir le cœur suspendu entre deux temps. Aussi, rien n’est plus frustrant que d’être coincé dans la parenthèse entre une séparation qui n’en est pas une, et des retrouvailles peu probables ou, si elles ont bien lieu, trop déchirantes… Traverser les jours et les mois sans avoir la moindre idée sur la durée que cette situation prendra ! Si ce n’étais pas toi, accepterais-je d’être cet inculpé à qui l’on oublie de livrer le dernier jugement ?  J’ai envie de dormir un peu. Je tombe de sommeil, mais n’arrive pas à fermer l’œil. La porte étant entrouverte, je crains de me réveiller sur un autre parfum dans le nez ! 

Bizarrement, je prends refuge dans le silence. Je ne cherche pas à avoir de tes nouvelles. Je ne regarde pas tes photos. Je ne tape pas ton numéro. J’évite de prononcer ton prénom. Je ne laisse personne me parler de toi. Et je ne sais si tu fais partie du passé ou du présent. Peut-être que tu n’as jamais réellement existé. Peut-être que si tu étais encore présente, je ferais en sorte de te perdre encore plus vite. Tout m’échappe d’un coup, tu sais ! 

Aurais-tu le courage de revenir ? Aurions-nous le courage de refaire les pas ?

Tes explications, je les conçois mais elles ne me conviennent pas. Pas besoin de revenir dessus ; par un minimum de décence. Toi aussi, tu perçois très mal mes idées, enfin tout ce qui émane de moi ! On s’aime encore. On s’aime encore plus fort. Hélas, on ne s’entend pas. J’ai toujours eu la désagréable impression qu’il existait un immense décalage entre ce qu’on ressent et ce qu’on fait. Un décalage entre l’image et le son. Entre le cœur et les actes. Et ce n’est pas facile de dire l’amour quand on a la mauvaise manie de parler à côté de sa bouche. Peut-être qu’on pas le talent de s’écouter, de communiquer, mais l’on s’aime, et c’est le plus important.   

On s’en fout de cette communication dont on n’arrive pas à assurer une bonne qualité. J’avoue qu’il m’est difficile de faire sans toi. Je fais semblant de vivre alors que je n’ai pas l’habitude de faire semblant de quoi que ce soit. Je préfère, mille fois, qu’on se déchire, qu’on s’engueule, qu’on se boude, qu’on soit décevant et déçus chaque jour que le bon dieu fait, mais tout en étant ensemble à vivre les choses de l’amour l’un dans les bras de l’autre, au creux de l’hiver, au bout de la nuit et au bout de nos cœurs déchirés. La vie passe vite et heureux ceux qui, comme toi et moi, ont la chance de pouvoir s’aimer !

Je ne te promets rien. Mes promesses, tu sais ce que ça vaut ! Ceci dit, quand on aime, on prend le meilleur et le pire. Et pour le temps qui me reste à vivre, je ne cesserai de te surprendre, de te faire rêver, de t’émerveiller… Et de te faire chier bien évidemment. Tant pis si l’on se déchire, l’amour recoudra nos âmes avec un fil de lumière et de tendresse. 

Alors, fermons cette malheureuse parenthèse qui s’éternise. Et reviens.

Il faut que tu reviennes.

Parce que chaque fois que je te retrouve, c’est la vie que je redécouvre…

Je m’ennuie de toi…