Et puis, il est des amours que je ne te raconte pas. Je sais que tu connais mes anciennes histoires mieux que moi, et pourtant, chaque fois qu’on se parle d’amour, je te fais le serment qu’avant toi, il n’y’avait pas d’avant, et que tu étais ma première femme. Et que tu étais ma première fois.  

Tu me fais de la peine parfois en m’accusant de ne pas avoir le courage de les reconnaître. Mais reconnaître quoi au juste ? Avoir fait rêver d’autres femmes, brisé d’autres cœurs, leur porté des fleurs au petit matin ? Le nombre de fois où j’ai vogué dans d’autres bras ? Les nuits blanches ? Les taquineries sous la douche ? Les confidences dans les salles d’embarquement ? Les séparations romantiques ? Les larmes ? La nostalgie ?  

Si je ne raconte pas le passé, c’est pour ne pas avoir le revivre en étant avec toi. En évitant de remuer les plaies et les beaux souvenirs, c’est bien de toi que je prends soin. Cela ne sert à rien de s’en prendre à quelqu’un qui n’est plus là.  J’ai appris à mes grands dépens que l’amour a besoin de maturité comme les morts ont besoin de silence et de chansons. 

Et puis, par décence et par responsabilité, il faut savoir garder les secrets qu’on nous a confié et les faiblesses dont on a été témoin. Ce qu’on a vécu avec une personne n’est pas à divulguer à une autre personne. Je sais que c’est beaucoup demander. Comme je sais que parfois, on ne se contente pas de balancer les secrets. Pire, on les invente ! 

J’ai toujours essayé de comprendre le fonctionnement psychologique de ces imbéciles, briseurs de couples, qui s’amusent à salir la réputation des uns et des autres en racontant des salades et surtout en inventant des histoires à dormir debout. Je n’ai jamais pu saisir la démarche d’une femme que je n’ai jamais connue et qui, pourtant, prétend avoir été dans ma vie, et raconte une intimité à laquelle elle n’a jamais réussi d’accéder. Il est vrai que j’ai eu la chance de vivre pas mal d’histoires, mais je suis loin d’être un Don Juan des temps présents, et je n’apprécie pas qu’on m’attribue une image qui ne me reflète pas.  

Infaillible, je ne l’ai jamais été. L’erreur fait partie de mon identité que je revendique et assume sans réserve. Et l’amour est une erreur que j’aime commettre. J’aime me tromper d’amour et de femmes. J’aime donner ma confiance à une femme qui, de toutes les manières, finira par la trahir, et par trouver mille et une excuses pour partir. Y’a pire dans la vie que d’être trahi ou largué par une personne qu’on aime. Les gens meurent parfois de constipation et de rancœur !  

A toutes tes inquisitions, c’est toujours avec « jamais » que je répondais…

A force d’y penser et de l’évoquer, le passé refait surface et devient une souffrance. Et moi, je voulais me noyer dans le présent car mon cœur ne battait que pour toi. Je n’aimais que toi. Je ne jurais que par toi. Je m’accrochais à l’idée d’être entièrement à toi…

Les rencontres qui se terminent au bout d’une cigarette, n’ont que la magie de l’instant. Jamais le privilège de la durée ! Je reviens vers toi comme pour me rendre à l’évidence que rien n’est pareil. Aucune main n’est aussi chaleureuse que la tienne. Aucun regard n’est aussi attendrissant que le tien. Et aucun silence n’est aussi bouleversant que le tien. 

L’amour me faisait mentir, mais entre deux rencontres fortuites, et entre deux mensonges, dans ma conscience, tu te dressais aussi droite que la vérité. Et je me précipitais vers toi non pas pour laver ma conscience, mais surtout pour t’aimer davantage. C’est toujours dans tes bras et sous ton regard bienveillant que je retrouvais ce truc qui m’a toujours faussé compagnie : la sérénité ! 

Peu fier de mes conneries, je n’en étais pas dans le déni. Un homme qui reconnaît ses infidélités, est toujours un homme qui n’a plus rien à perdre. Or je ne voulais pas prendre le risque de te perdre. Et chaque fois qu’on se parle d’amour, je perds la mémoire, et je continue de te mentir d’amour. Parce que dans mes moments de vérité, tu apparais comme ce pénible et merveilleux chemin vers moi-même. Tu es mon soleil d’hiver et mon seul destin !

Rien, absolument rien, ne m’aurait obligé à te mentir si je ne t’aimais pas. On ne ment jamais à quelqu’un dont on s’en fout un peu, ou éperdument.   

Je t’aime, jusqu’à mentir d’amour !