S’il n’y avait qu’un seul reproche à faire à notre actuel gouvernement – -et il y en des douzaines – ça serait qu’en matière de communication, il est très faible. Et encore je suis gentil. Vous allez me dire que ce n’est pas que l’actuel, et que tous les autres qui l’ont précédé, et notamment le tout dernier – dans tous les sens du terme – n’ont pas été mieux. C’est vrai, sauf que celui-ci nous a vendu tellement de belles promesses et remué tellement de vent qu’on avait fini par le croire vraiment.
Communiquer, disent-ils. C’est comme ça que je crois avoir titré un jour une de mes chroniques. J’y disais tout ce que je pensais des bruits de couloirs de quelques ministères qu’on entendait de temps à autre ou qui nous parvenaient à travers certains intermédiaires mandatés ou pas. J’y parlais aussi du silence assourdissant qui nous donnait des migraines tellement on a envie non pas de les entendre, mais juste qu’ils nous éclairent. C’est quand même notre droit de savoir ce que notre exécutif nous prépare comme plats ou juste à quelle sauce il a l’intention de nous bouffer !

Il est vrai que certains de nos ministres daignent de temps en temps prendre la parole, mais souvent c’est juste pour faire des discours fleuves ou des interviews de complaisance dans lesquels ils nous inondent de bonnes intentions et d’engagements qui ne les engagent en rien sachant qu’un jour ou l’autre ils vont dégager et que plus personne ne leur demandera de compte.
A force d’avoir des gouvernements comme ça avec des ministres comme ça, les Marocaines et les Marocains que nous sommes, hélas, avons fini par devenir fatalistes. Que dis-je ? Déterministes. Nous savons toujours comment ça va commencer et comment ça va, fatalement, se terminer.
Je puis vous assurer que le citoyen pas sujet, le démocrate invétéré et l’optimiste incorrigible que je suis et que je compte bien rester, je me sens souvent mal, très mal, de constater, encore et toujours, qu’on continue, encore et toujours, de nous considérer comme un sous-peuple, comme des individus tout juste obligés d’écouter, de voir, d’obéir, de subir et de se taire. Quoi qu’il nous raconte comme bêtises, comme bobards, voire comme slogans et comme mots d’ordre, on gobe tout. Pis : on répète tout comme si c’était des vérités absolues, sacrées, tombées du ciel.
Oui. A force de tout croire, nous avons fini par croire même l’incroyable Nous achetons tout ce qu’on nous vend. En fait, on ne nous vend rien. On fait semblant de nous vendre quelque chose, mais au fond, ils n’ont rien à nous vendre que du vent. Parce que le vent, ça n’a pas de couleur, ça n’a pas d’odeur, mais ça se sent.
Tenez ! Prenez cette info qu’on a entendu et lu partout : le prochain remaniement du gouvernement. Ça fait des semaines que « de sources bien informées », on nous annonce que plusieurs ministres, dont on nous a même donné les noms, allaient sauter pour être remplacés par d’autres dont les identités ne nous ont pas été révélées. On n’allait quand même tout nous dire. Communiquer, ce n’est pas tout raconter à n’importe qui, mais juste faire croire ces n’importe qui qu’ils sont régulièrement informés. Communiquer tout en ne disant rien, c’est tout un art, un art dont les ministres de nos gouvernements successifs en sont devenus des maitres. Quant à nous, leurs élèves, les cancres, les soumis qui les ont mis, directement et indirectement, là où ils sont, nous sommes devenus leurs fans, leurs supporteurs, leurs applaudisseurs. Honte à nous !

Tenez ! Un autre exemple : le diktat du visa français. Ça fait des mois que la France, à travers ses différents représentants diplomatiques et autres, nous ridiculise, nous méprise, nous néo-colonise, sans que notre gouvernement ne dise ou n’écrive un seul mot.

Oui, bien sûr, il travaille en douce, me dit-on, il nous défend comme il peut, parce que, me rapporte-t-on, il ne peut pas faire plus, parce que, rappelle-t-on il y a la question nationale « sacrée ».
Ah bon ? Parce que notre dignité n’est pas une question nationale ?
Parc que notre citoyenneté n’est pas sacrée ? Hein ?
Indignez-vous ! Criait Stéphane Hessel en 2010 à tous les peuples du monde !

Pauvre Stéphane ! Il ne savait pas qu’on Maroc, l’indignation fait partie désormais des tabous et des interdits.
Pauvres de nous !

En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.