Je n’aime pas du tout jouer au docte et au pédant, et si je vous parle aujourd’hui de Germinal, c’est parce que ce roman culte du Grand Emile Zola est venu brusquement à mon esprit alors que j’assistais la semaine dernière à une rencontre-débat autour d’un thème ô combien d’actualité : l’Etat social.

Cette rencontre qui était organisée par le « Centre d’études et de recherches Mohamed Bensaid Ait Idder » a été animée par d’éminents intervenants qui ont réussi en quelques petites heures à dépoussiérer, en l’interpelant avec insistance et en le triturant sans ménagement, ce concept dont tout le monde parle souvent, mais que personne ne semble être capable de définir d’une manière précise et sans équivoque.
C’était une belle rencontre qui a permis notamment de belle retrouvailles avec beaucoup d’anciens militants qui apparemment ne s’étaient pas vus depuis longtemps. La plupart ont pris de l’âge, certes, mais à les voir et à les entendre parler, on remarque avec plaisir et tendresse que leur esprit combatif, lui, n’a pas pris une ride.
Comme la majorité des personnes présentes, j’étais venu ce jour-là surtout pour écouter et pour essayer de comprendre pourquoi, chez nous, tout le monde s’est mis à vouloir devenir « social », à commencer par nos chers gouvernants. Je ne parle pas que de ceux qui nous (mal) gouvernent maintenant, mais aussi de ceux qui les ont précédés, dont les fameux « gardiens du temple » qui voulaient paraître plus sociaux que les socialistes.
En quittant ce grand Palace Casablancais où s’était déroulée cette conférence, j’avoue que j’étais resté un peu sur ma faim. Pourtant je dois reconnaître qu’aussi bien les intervenants présents au panel que les personnes qui ont participé au débat, ont tout fait pour tenter de nous expliquer ce que pourrait signifier « social », ce mot fétiche qu’on entend depuis toujours chez tous les progressistes du monde, mais aussi chez tous les démagogues et tous les populistes de la planète.
En fait, ce n’est pas le mot social qui posait problème, mais plutôt sa juxtaposition avec le mot État.

État social ? Qu’est-ce que ce truc étrange veut bien dire ?
Un état peut-il être social tout en étant libéral ou néo-libéral ? Se sont interrogés un peu ironiquement certains intervenants ?
Comment peut-on être à la fois capitaliste et « social » ?
Je crois même avoir entendu quelqu’un s’interroger si les socialistes et même les communistes font eux-mêmes du social, ou bien ne chercheraient-ils pas plutôt seulement un ordre « social », une égalité « sociale » ?
D’autres intervenants nous ont rappelé cette conception éculée mais qui revient de temps en temps, notamment chez certains idéalistes ou tire-au-flanc, celle de « l’État-Providence », vous savez, ce système dont on attend tout, à qui on exige de nous donner tout, mais, surtout, qu’il nous ne demande rien du tout.

Et nous, c’est-à-dire le Maroc, les Marocains, les Marocaines, les disciples  et les adorateurs de Maître Walid Regragui et de sa belle doctrine de Nya, siiir siiiir et compagnie, nous en sommes où, nous, dans tout ça ?

Social, pas social ? Ou pas concernés du tout ?

Moi, franchement, je ne sais pas. Ce jour-là, nous avons beaucoup parlé, nous avons beaucoup échangé, nous avons beaucoup critiqué, nous avons beaucoup jugé, nous nous sommes beaucoup interrogés, et puis… et puis nous sommes sortis. Avec quelles conclusions ?Je ne saurais vous dire. Me souvenant d’un rendez-vous important que je n’avais pas pu annuler, j’avais été contraint de quitter la rencontre quelques minutes avant sa clôture.

En tout cas, je ne pense que c’était ce jour-là, dans ce hôtel-là, même avec ces merveilleuses personnes qui étaient là parce qu’ils y croyaient encore, que nous allions trouver les bonnes réponses à cette grande question humaniste et généreuse : la « problématique du  social ».

Parfois, quand j’y réfléchis, je me demande si ce « socail » n’est pas uniquement un gadget qu’on nous sort à chaque fois qu’on nous entend nous plaindre des inégalités, des injustices, ou juste des dysfonctionnements de tous ces systèmes de gouvernance qui aspirent à diriger le monde en avantageant les gouvernants, les puissants et les riches, et en exploitant les peuples pour mieux les dominer, pour mieux les soumettre, pour mieux les asservir.

Oh ! Pardon. Je crois que je commence à divaguer. C’est sûrement de vieux relents qui remontent de mon ex-passé de marxiste-léniniste.

Et Germinal dans tout ça ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être que j’y ai pensé en me rappelant cette célèbre phrase de cette très belle œuvre :

« Jamais vous ne serez dignes du bonheur, tant que vous aurez quelque chose à vous, et que votre haine des bourgeois viendra uniquement de votre besoin enragé d’être des bourgeois à leur place ».
Tout en vous laissant méditer cette belle parole de Zola, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.