Par Tariq AKDIM

L’idée…en quelques mots  

Un de ces jours, ma montre a décidé de s’arrêter, ces aiguilles sont fatiguées alors que je suis attaché à voir l’heure depuis ma montre plutôt que sur mon Smartphone. Je n’ai pas cherché à la réparer et je continue à la porter et soudain, j’ai vraiment pensé à cette histoire du temps. On dit souvent qu’on n’a pas le temps de, j’ai perdu le temps, il me faut du temps, je dois terminer ce travail à temps, etc.  Notre rapport au temps est-il toujours pensé ?

J’ai donc essayé de chercher une réponse à cette grande et complexe problématique, après l’avoir débattu au sein du club de pensée LOGOS lors d’une rencontre entre les membres, et puis plus tard, j’ai fait la rencontre d’un auteur à travers son livre.

Dans son dernier ouvrage, Hélène L’Heuillet, philosophe à la Sorbonne University revient sur une dimension rarement réfléchie et mis à l’épreuve des contemporains : Le temps.

Pour en faire un objet d’étude et d’inquiétude en inscrivant cette dimension dans celle du retard, elle nous propose de penser au sommeil, dormir comme un mal du siècle, la tristesse et la joie du retard sans oublier la transversalité de l’action portée par le temps de l’être.

Cet essai auquel Hélène L’Heuillet nous invite est passionnant puisqu’il nous donne désir de concentrer notre attention sur ce qui fait faillite à l’école du réel, sur la folie du temps perdu, sur notre rapport ambigu et des fois (in)juste à la valeur du temps.

Le temps : L’Indivisible et l’invisible

Mais devant toute cette problématique, nous avons une conviction que l’incertitude que nous déplorons nous pousse à diviser le temps entre celui du travail, celui des loisirs et enfin celui du sommeil. Cette division s’impose pour évoluer, avancer et chercher à comprendre ce qui nous échappe par l’école du réel, c’est ce que défend élégamment le philosophe Clément ROSSET décédé dernièrement, qui nous rappelle que même le réel finit toujours par nous échapper, ce qui nous rappelle que le temps est relativement invisible..

Cet invisible nous dévoilent un autre aspect du temps lié aux protagonistes du toujours plus ne cessent de fuir de ce qui est pour vénérer de ce qui n’est pas.

La condition humaine est donc inévitablement liée à l’espoir de rencontrer le temps perdu, Proust revisité.  

Post tenebras lux…

Devant ces temps incertains, le retour à une nouvelle vision philosophique devient une urgence pour appréhender le réel et son double comme l’explique Rosset et espérer trouver un temps de vie, puisque à l’ère de ces nouvelles ruptures, entre le paraitre et l’être, entre ce qui nous rassemble et ce qui nous ressemble, entre la passion et la raison,  entre la vie et la mort, nous avons encore des jours à vivre entre les deux, de mener une vie de l’entre deux comme aimait l’appelait la philosophe BRUGERE, il faut user d’un  post tenebras lux.. Autrement dit, nous avons besoin d’un temps de l’espoir.

Espoir de voir le monde autrement, de le penser entre celles et ceux qui le vivent pour eux, et celles et ceux qui le vivent pour les autres. Où réside cet espoir ? Comment le définir ? Comment le cultiver ? A qui incombe la responsabilité de lui donner corps ? Un corps politico-culturel ?

Les raisons d’un espoir…

Si nous considérons l’espoir comme lutte pour continuer à vivre, il sera alors une affaire de droit, et donc des politiques à mettre en œuvre, ce qui par ricochet nous invite à vivre par le droit, mais si étymologiquement, sperare est « considérer quelque chose comme devant se réaliser », il va donc prendre la forme d’un désir d’être dans le temps conjugué par ce réel qui nous suit partout. Il peut donc nous produire une situation de refuge contre la tristesse, contre le mal aussi..

Cette première considération nous témoigne d’un besoin croissant d’aller au-delà des simples évidences qui n’existent finalement pas dans notre réel, il nous incombe d’aller chercher le réel et de le faire advenir.

Or, comme l’a si bien montré J-P-SARTRE, « La conscience humaine se projette naturellement vers demain », voilà une autre dimension du temps : « Etre », c’est être un « projet », sans cesse jeté au devant de soi.

Mais ne plus espérer peut consentir à notre présent même imparfait que nous sommes capables de ce grand « oui » à la vie dont nous parle Nietzsche. Et c’est cela la deuxième considération.

La troisième considération et non des moindres, inscrit l’espoir dans une tentative d’un imaginaire collectif, que finalement l’espoir dans le collectif peut nuire à l’être, il le dirige vers cette consolation dangereuse à un refuge et une peur du réel, ce qui paradoxalement constituera le sens contraire à donner à l’espoir.

Pour ne pas finir,  il y a un temps de vie, un autre de passion et un temps de folie. Bien qu’ils ne se divisent pas, ils ont un trait commun : L’espoir d’un temps meilleur. Un temps où tout le monde a le droit de penser à sa vie, à son destin, de se forger un temps pour soi et un autre pour les autres..