Par Mohamed LAROUSSI

Les Marocains, et donc aussi les Marocaines, seraient en grande partie un peu dérangé(e)s de la tête. L’info n’est pas tout à fait nouvelle, mais cette fois-ci c’est le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), une institution constitutionnelle « indépendante », donc un organisme on ne peut plus sérieux qui, après avoir mené une enquête tout aussi sérieuse, nous informe, tout de go, que « 48,9% des marocains âgés de plus de 15 ans ont souffert, ou souffrent toujours, de troubles mentaux ».

Je ne sais pas si vous imaginez l’étendue de cette tragédie humaine et les conséquences forcément désastreuses qui peuvent en découler sur la bonne marche – ou la mauvaise – des affaires du pays, mais, moi, après avoir appris ça, je ne vois plus mes concitoyens et mes concitoyennes avec le même regard ni de la même manière qu’avant.

Donc, comme ça, près de 50 % des habitants du pays seraient des tarés ! 

Mais, c’est dingue ! 

On ne va plus être le Plus Beau Pays du Monde, mais le plus barjot, le plus cinglé, le plus fêlé, bref, le plus fou des pays.

Il y a quand même une nuance : toujours selon cette enquête du CESE, ce chiffre de 48,9 % ne concernerait que la population de 15 ans et plus. Ouf ! Quel soulagement ! Ce qui signifierait en fait que les autres, c’est à dire les plus jeunes, les moins de 15 ans, si jamais vous constatez qu’ils sont parfois un peu excités, il faudrait mettre cela sur le petit grain de folie ma foi très naturel de l’enfance et de la préadolescence. C’est une déduction comme une autre. Parce que je pouvais aussi en déduire que ces enfants qui ne sont pas encore dérangés, vont le devenir aussitôt passé l’âge de 15 ans. 

En tout cas, tout cela n’est pas très rassurant.

En vérité, ce chiffre, tout aussi impressionnant qu’il puisse paraître, n’en est pas pour autant affolant. En effet, il n’y a qu’à voir, par exemple, tous ces chauffards et toutes ces chauffardes qui conduisent comme des fous et comme des folles, et tous ces voyous et toutes ces voyelles qui se conduisent comme des psychopathes, et qui doivent l’être sûrement, les uns, les unes et les autres, au moins à 50 %. 

Ce qui est encore plus inquiétant dans les résultats de cette enquête, c’est que le nombre de lits réservés aux maladies psychiatriques dans les infrastructures sanitaires est uniquement de 2431, y compris, je suppose, les matelas en éponge très fine qu’on pose à même le sol, et le nombre de psychiatres que nous avons au Maroc ne dépasse pas les 454, y compris le Docteur Saad El Othmani qui, depuis qu’il a quitté son poste de Chef du Gouvernement, ne doit plus savoir où donner de la tête. 

Je dois vous avouer que depuis que j’ai pris connaissance de ces chiffres pour le moins alarmants, je vois des fous et des folles partout. Si je n’avais pas peur de me faire écrabouiller, je vous aurais dit que même ma femme, quand je constate parfois qu’elle exagère un peu dans ses achats conpulsifs de fringues et autres, je commence à me demander si par hasard elle ne ferait pas partie de ces 48,9 % de gens un peu déséquilibrés. Je n’ai pas dit que c’est une folle, mais juste que je m’interroge (Ne lui dites rien, je vous en supplie !).

Je vais vous donner un autre exemple. Toto, ce fameux rappeur qui dit des mots aussi gros que des râteaux. Je ne voudrais pas insinuer que ce soit un taré. Bien au contraire, ce que j’ai envie de dire, c’est que je ne crois pas une seule seconde que si ce mec se croit tout permis, c’est parce qu’il se considère un « artiste », et donc un fou à ne jamais lier. Ce n’est pas lui ou ses compères qui l’ont décidé un jour sur un coup de tête, mais c’est parce que – aujourd’hui, on le sait officiellement – ça s’est décrété là-haut. Enfin, quand je dis là-haut,ce n’est pas là-haut, très haut, mais, beaucoup plus bas, au niveau du gouvernement. Pour rester honnête, ce sont juste pour l’instant deux ministres qui le proclament haut et fort. 

En effet, après la profession de foi de Monsieur Mohamed Mehdi Bensaïd, notre jeune ministre de la jeunesse libérée, de la culture olé-olé et de la communication débridée, c’est le tour de Monsieur Abdellatif Ouahbi, notre ministre de la justice qui se balance, le maître du mot, du verbe et de l’esquive qui est venu à la rescousse à son collègue, ami et patron de son parti. Lors d’une émission à la radio, et alors qu’il était interrogé sur les dérives de Toto le dé-rappeur, il a lancé, en direct, sans broncher et sans rougir que, je cite, « on n’a pas le droit de dire à un artiste ce qu’il doit dire ou ne pas dire  ». C’est fou, hein ? On se croirait en Suède ou sur la planète Mars. Sauf que, au même moment, des youtubeurs et des youtubeuses, sans oublier certains journalistes, sont poursuivi(e)s et parfois inculpé(e)s par ses propres tribunaux, pour images mal placées et/ou paroles ou écrits déplacés. 

Alors, Monsieur le ministre de la justice, y aurait-il deux balances, l’une qui donne libre cours aux artistes de dire tout ce qui leur passe parla tête, et une autre, qui somme les autres de la fermer ? 

En tout cas, depuis que vous avez traité vos ex confrères avocats de « menteurs » qui « courent derrière leurs propres intérêts, on ne sait plus qui est rappeur, qui est hâbleur et qui est juste bluffeur.
En attendant de le savoir un jour, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.