Par Hassan Chraibi

Le monde découvre-t-il l’espionnage avec le Maroc ? Avec Internet ? L’Allemagne nazie a-t-elle été vaincue que par la guerre franche et propre ? Les écoutes ne font-elles pas partie des relations internationales ? Et les pays qui ne respectent pas ces règles sont-ils tous des États policiers, voire voyous, qui se rapprochent de la Corée du Nord pour reprendre une formule pour le moins excessive de militants « inconditionnels » mais néanmoins « boursiers » des droits de l’homme dans notre pays ?

Regardons maintenant quelques exemples révélés de pays démocratiques donneurs de leçons qui sont les exemples de la virginité droits de l’hommiste chez nos saintEs militantEs.

Danemark : Fin mai 2021, France 24 rapporte que :  » Les révélations, dimanche, de l’aide apportée par les espions danois à la NSA américaine pour surveiller des dirigeants européens soulignent le rôle de premier plan que ce pays scandinave joue pour les services américains de renseignement. Une collaboration qui n’a fait que s’accentuer au fil des ans ». 

États-Unis : La NSA avait mis sur écoute plusieurs chefs d’État de pays amis des États-Unis dont la chancelière allemande. Affaire révélée en 2013 et pourtant les écoutes n’avaient pas cessé jusqu’en 2015.

Allemagne : En 2015, on apprend  » Selon « Bild », (que) les services de renseignement allemands (BND) auraient espionné plusieurs entreprises européennes, dont Airbus et Eurocopter, mais aussi des administrations françaises, pour le compte de la NSA ». (Les échos du 29 avril 2015).
Pendant la même période, on apprend par des médias américains et allemands que  » les services secrets de Berlin auraient intercepté des conversations d’Hillary Clinton et de John Kerry. Ils cibleraient par ailleurs la Turquie depuis plusieurs années ». (source TV5 Monde).

Pensez-vous un seul instant que la France n’a pas mis sous écoute (au moins) plusieurs chefs d’État Africains ? 

Vous vous dites qu’il ne s’agit que d’espionnage entre pays et non d’écoutes de citoyens … Détrompez vous : 

En Belgique, le journal le soir du 17 mai 2021 rapporte : « Une zone de police de Flandre orientale avait systématisé l’écoute et le visionnage des « concertations confidentielles » entre les avocats et leurs clients : l’information publiée à la fin de semaine passée a secoué le monde des avocats, et ces derniers sont bien décidés à rappeler l’importance du secret professionnel ».

Le 21 novembre 2019, le monde rapporte :  » La deuxième banque d’Espagne, BBVA, joue sa réputation, et peut-être davantage encore, dans un vaste scandale d’espionnage actuellement en phase d’instruction à l’Audience nationale de Madrid « . La banque espagnole proche du pouvoir aurait mis sur écoute plusieurs personnalités politiques espagnoles et étrangères.

Pensez-vous encore que les lois qui se succèdent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ne sont pas porteuses de mauvaises pratiques d’espionnage de citoyens ?

Aujourd’hui, la révélation de Pegasus met en accusation le Maroc et la Hongrie essentiellement. Pourtant, à la lecture de certains articles moins sélectifs, on apprend que dans la base de données  » un grand nombre de ces numéros était regroupé dans 10 pays : Azerbaïdjan, Bahreïn, Hongrie, Inde, Kazakhstan, Mexique, Maroc, Rwanda, Arabie saoudite et Émirats arabes unis, selon les rapports  » (BBC 19 juillet 2019). 

Par exemple, en Inde, souvent nommée la plus grande démocratie du monde, « plus de 40 journalistes, trois leaders de l’opposition et deux ministres du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi figureraient sur la liste » (BBC idem). 

Pourtant seul le Maroc est visé par la presse occidentale qui insiste (trop) sur le lien établi avec l’affaire du Sahara et l’écoute de personnalités françaises et marocaines.

A chaque fois, la même question : à qui profite la (fausse) révélation sélective du crime  … puisque tout le monde s’écoute mutuellement ?

En disant cela, je ne cautionne pas les écoutes, surtout celles de journalistes et militantEs marocainEs. Il faut cependant rappeler que nous ne disposons encore d’aucune PREUVE et qu’il me soit permis de chuchoter aux oreilles de certainEs camarades qu’ils/elles ne doivent pas prendre les dires de leurs maîtres de pensée ou leurs financeurs pour des vérités absolues. Ils/elles les transformeraient en prophètes. Ce qui s’inscrit peu dans une perspective de gauche. 

Quelle que soit la situation, ma conception du patriotisme s’oppose à l’usage de cette affaire contre les intérêts géostratégiques de mon pays sur la scène internationale, autant qu’elle s’oppose à toutes les violations des droits de l’homme (dont la présomption d’innocence fait partie). Tant pis si cette position relève d’une subtilité qui échappe aux personnes binaires.