Par Mohamed Jaouad Malzi, Docteur en économie, Professeur et Consultant 


Le concept de transition énergétique s’inscrit plus que jamais au cœur des politiques publiques. Au Maroc, la stratégie énergétique lancée en 2009 tablait sur le renforcement de la part des énergies renouvelables (EnR) dans le mix énergétique de manière à ce que les renouvelables, notamment le solaire et l’éolien, représentent à peu près la moitié du mix énergétique national. Cependant, cette stratégie menée pour mettre une telle évolution en place se heurte à des difficultés qui auraient davantage tendance à consacrer un certain immobilisme ou, du moins, un scepticisme.

Affirmons d’ores et déjà qu’il ne suffit pas, moyennant quelques aménagements, de substituer le vent, le soleil ou d’autres énergies renouvelables au pétrole, au charbon, au gaz ou même au nucléaire. L’enjeu des EnR n’est aucunement de fournir une énergie de substitution mais un mode d’être-au-monde. La transition énergétique est bel et bien, à mon sens, une évolution de notre rapport au monde.

Il faut dire, par ailleurs, que les modèles énergétiques partout dans le monde ne peuvent pas prendre le risque de constituer un mix énergétique basé principalement sur les énergies renouvelables compte tenu des défis économiques actuels. En examinant les modèles énergétiques des pays développés et émergents, la part des énergies fossiles reste dominante tandis que la part des EnR est marginale dans leurs mix énergétiques, à l’instar des États-Unis (78,5%), de la Chine (74%), du Japon (82%), du Royaume-Uni  (91%), de la Turquie (83%) et de l’Inde (92%).

Les énergies renouvelables comme dynamique de changement : quels en sont les enjeux ?

L’intermittence étant le premier obstacle et le frein fondamental des EnR dans la mesure où nous ne pouvons pas avoir le soleil ou le vent 24h/24, 7j/7. Une disponibilité qui varie fortement selon le climat s’ajoute à la difficulté de stockage de ces énergies, ce qui renforce leur rigidité et mène à questionner en profondeur la capacité de subvenir à la totalité des besoins énergétiques.

Aussi, les coûts relativement énormes d’investissement que nécessitent les installations solaires/éoliennes est une autre entrave à la transition énergétique. Ces coûts d’investissement jumelés aux coûts considérables d’entretien caractérisent une faible rentabilité d’un modèle basé essentiellement sur les renouvelables.

Vers un nouveau modèle énergétique

L’énergie, cet enjeu du XXIe siècle, ne devrait surtout pas faire l’objet de l’instantanéité d’une contemporanéité agitée. Loin de la rhétorique partisane et de prises de positions tranchées, bien que la lutte contre le changement climatique soit un devoir, la stabilité économique et financière du pays est d’une nécessité pressante. Ceci dit, pour préparer au mieux la transition et assurer une souveraineté énergétique, le Maroc a besoin d’un modèle énergétique viable basé à la fois sur les énergies fossiles et une partie des énergies renouvelables.

Dans ce sens, le gaz naturel reste l’une des meilleures solutions. En effet, le gaz naturel est un marché à fort potentiel. Il s’agit d’une énergie non intermittente, propre et moins émettrice en termes de gaz à effet de serre ; quatre fois moins que le charbon et deux fois moins que le pétrole. Une énergie qui se caractérise par un prix bas et des coûts d’investissement abordables. Les pays tels que les États-Unis conviennent que le gaz naturel leur sera nécessaire en complément du développement des énergies renouvelables (malgré le potentiel important en termes de solaire et d’éolien, le gaz naturel représente déjà le tiers du mix énergétique tandis que les EnR représentent à peine 12%).

Vous l’aurez compris, le gaz naturel gagnerait à être au centre de toute stratégie énergétique afin d’assurer la souveraineté énergétique du pays. Les différents acteurs et parties prenantes devraient travailler ensemble pour élaborer une stratégie réaliste, pragmatique et cohérente. Cela permettra une meilleure rentabilité des politiques publiques ciblant l’efficacité de l’approvisionnement dans le cadre d’une transition énergétique souvent mise en avant par les décideurs.

Pour finir, le charbon c’est le passé, la gaz naturel c’est le présent, les energies renouvelables, l’avenir.