Par Mohamed LAROUSSI

Je suis sûr que beaucoup de mes lecteurs et lectrices pourraient être choqué(e)s par ce titre qui, j’en conviens, n’est pas des plus inspiré. Mais, loin de moi de blasphémer et encore moins un jour sacré comme le vendredi.

C’est un peu malgré moi puisque c’est une nouvelle qui est plutôt malvenue qui me pousse à pousser ce coup de gueule que je n’avais pas du tout l’intention de pousser.

En effet, je suis venu à Marrakech pour participer et assister à la 3ème édition de la Fête du Cinéma, un évènement qui, lui, est bienvenu après tant de mois de léthargie et d’hibernation imposées par la pandémie sur le monde entier et en particulier sur le monde de la culture et des arts.

Et alors que je m’apprêtais à vivre de nouveau de bons moments de convivialité et de partage avec mes ami(e)s cinéphiles, j’ai donc appris cette nouvelle imprévisible et incroyable, celle du déplacement provisoire, ou du transfert définitif, on ne sait pas encore, du salon du Livre de Casablanca vers Rabat.

Mais qu’est-ce qui prend nos ministres, et en particulier nos ministres de la Culture de vouloir absolument démarrer leur mandat par des décisions hasardeuses ou mal préparées ou tout simplement mal communiquées, comme ce fut le cas pour le sympathique et très discret Othmane EL Ferdaous !

Je dois dire, et vous avez dû le constater vous-mêmes, qu’il est très rare que j’aie des préjugés envers un ministre avant qu’il ne commence ses activités. C’est une question d’éthique, même si ce mot est presque un gros mot chez nous.

Et c’est ainsi que même si j’ai entendu pas mal de racontars plus ou moins farfelus sur Mehdi Bensaïd, l’actuel ministre de la culture et d’un tas d’autre trucs, j’attendais de le voir à l’œuvre pour commencer – ou pas – à l’encenser, ou, ce que je préfère, lui taper gentiment – ou pas – dessus. Mais, hélas pour lui et surtout hélas pour nous, dès sa première sortie publique et officielle, il nous a asséné un coup qui risque, à Dieu ne plaise, de lui revenir tel un boomerang.

Jusque-là, il n’était pas aussi discret que son prédécesseur, certes, mais, personnellement, je trouvais plutôt sympa le fait qu’il nous raconte, quotidiennement, presque tous ses faits et gestes sur son compte Facebook. Mais, là, j’ai l’impression qu’il voulait frapper un grand coup, et je puis l’assurer qu’il a bien réussi. Résultat : un lever de boucliers de la plupart des professionnels – éditeurs, libraires, imprimeurs, auteurs – mais également des lecteurs, sans parler des simples visiteurs qui se comptaient, jusqu’à la dernière édition en centaines de milliers, et que je crains qu’il y en ait désormais beaucoup moins, du moins si on ne fait rien.

Franchement, je ne comprends pas le pourquoi de cette décision qui a probablement été prise sans aucune concertation avec les concerné(e)s.

Oui, je sais que Monsieur le Ministre a donné deux explications qui seraient les raisons essentielles et indiscutables de ce changement inédit et insolite.
Je vais commencer par la 2ème raison, parce que c’est sûrement la plus importante aux yeux de ceux qui ont pris cette décision : Rabat sera en 2022 la Capitale Africaine de la Culture, et donc, ça serait tout à fait logique qu’elle abrite, aussi, la Salon du Livre.

Cette raison n’est pas, à mon avis, défendable pour la simple raison que si c’était Marrakech, Fès ou Meknès qui avaient été choisies, on n’allait pas délocaliser pour autant le Salon du livre vers ces villes-là. En effet, quel que soit l’effort qui pourrait être fait pour ramener du public vers ce Salon, jamais au grand jamais le succès populaire du salon de Casablanca ne serait atteint. Et l’explication est toute évidente : Casablanca est la vile la plus grande et la plus peuplée du Maroc. Je n’ai pas dit la plus instruite ou la plus érudite, mais juste la plus grande et la plus peuplée.

Quant à la première raison qui a été avancée par Mehdi Bensaïd, c’est celle de l’occupation de l’espace dédié depuis des années au Siel à la Foire de Casablanca par L’hôpital de Campagne monté, au tout début de la pandémie, en un temps record et avec budget qui l’était autant. A priori, cette raison est irréfutable : la santé des citoyens d’abord et avant tout.
Sauf qu’à ma connaissance, et sauf erreur et omission de ma part, cet hôpital tout beau et tout neuf dont on nous a montré, au lendemain de sa mise en place, très fièrement, chaque coin et chaque recoin, n’a jamais été exploité, parce que, je suppose, on n’en a jamais eu besoin.

Tant mieux. Merci Mon Dieu.

On pourrait me rétorquer que la pandémie étant toujours là, il vaut mieux rester vigilants, on ne sait jamais.
Ok, d’accord.

Alors, si c’est juste un problème d’espace, pourquoi ne pas l’envisager dans un autre lieu autre que la Foire et le garder à Casablanca. Il y a, par exemple, le très bel espace du Centre International de Conférences et d’Expositions de l’Office des Changes – CICEC pour les intimes. C’est un lieu qui offre toutes les conditions exigées pour de tels évènements (Confort pour les exposants, bonne circulation, accessibilité etc.). D’autres espaces peuvent être choisis également moyennant un peu d’imagination et quelques aménagements adéquats pour assurer la bonne tenue de ce salon et la bonne participation du public.

Maintenant, s’il y a des raisons hautement stratégiques que nous ignorerions et qu’on n’oserait ou qu’on ne pourrait nous révéler, là, je comprendrais. Mais, espérons que la raison finisse par triompher dans l’intérêt de la culture et de la lecture qui sont déjà très mal en point dans notre pays.

Dans l’attente de meilleurs égards à notre égard, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.