Par Mohamed LAROUSSI

Les gens de ma génération, et en particulier ceux qui vivaient ou qui ont vécu en France dans les années 70, se souviennent sûrement de ce slogan qui se voulait mobilisateur des foules – et qui l’a été – aux lendemains de la guerre dite du Kippour qui avait eu pour conséquence le premier choc pétrolier de l’histoire : « Nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées ». Autrement dit, en passant, que ceux qui avaient du pétrole, n’avaient pas beaucoup d’idées, ce qui n’était pas tout à fait faux.

Si je me suis remémoré cette période et ce mot d’ordre lancé par les autorités françaises de l’époque pour pousser les citoyens et les citoyennes à faire preuve de civisme et d’économiser l’énergie devenue aussi rare que chère, c’est parce qu’il me semble que nous nous apprêtons à vivre, au Maroc, dans les prochains jours et dans les prochains mois, une crise de l’énergie des plus graves et dont on ignore encore les véritables impacts sur notre économie, sur notre société,  et sur notre vie dans son ensemble.

Contrairement à la France ou à l’Europe, notre pays ne connait pas des hivers trop rudes, du moins sur les plaines et sur les plateaux, et le problème de chauffage ne se pose pas avec la même acuité que nos voisins et amis du nord. 

Chez nous, à l’exception de quelques privilégiés et quelques nantis, nous n’avons besoin ni d’une cheminée ni d’un chauffage à gaz, et en général, une bonne couverture en coton ou en laine, et/ou un bon braséro suffisent largement.

Le plus dur vient plutôt du côté du carburant et du gaz butane. Heureusement que le prix de la bouteille de ce gaz si précieux est maintenu, depuis des décennies, à son plus bas niveau possible, grâce à un soutien sans faille et sans discontinuité du trésor public, et donc de l’Etat, conscient qu’il est que toute augmentation de cette bonne bonbonne serait inacceptable et pourrait être explosive. 

Donc, si le butane reste tranquille car bien soutenu, et c’est tant mieux, merci, l’essence et le gasoil, eux, jouent au yoyo depuis toujours, et parfois s’amusent à lancer la boule haut, très haut, tellement haut qu’elle n’a plus envie de redescendre. Et c’est ce qui est en train d’arriver ces derniers jours, et plus exactement depuis que le va-t-en-guerre Poutine, fier de ses biceps de septuagénaire et de sa ceinture noire de judoka, a décidé de jouer au combattant nostalgique des années froides de la révolution bolchévique. S’il semble s’amuser comme un fou furieux à ce jeu macabre, personne, aussi bien chez nous qu’ailleurs, ne trouve cela drôle.

C’est normal, parce que ces drôleries qui ne font rire que lui, touchent chez nous tous et nous toutes, ce que nous avons de plus précieux, et pour la plupart d’entre nous, ce que nous avons de plus vides, à savoir nos poches.
Si ce n’est pas la première fois que les prix à la pompe montent d’une manière sensible, je crois que cette fois-ci, il bat tous les records. Près de 12 dhs le litre de diesel, et près de 15 dhs celui de l’essence, ce n’est plus un à des prix de carburants que nous avons affaire, mais à ceux de spiritueux, ou pour rester halal, à ceux de parfums.

Et le problème, c’est que, comme d’habitude, dès que le prix du carburant, surtout du diesel, monte, même de quelques centimes, c’est aussitôt la cascade des augmentations de… tout. Tous les profiteurs profitent de cette aubaine pour en mettre plein les fouilles, et plus personne ne contrôle plus rien. Et que fait l’Etat, et son corollaire et serviteur, le gouvernement ? Il calme les uns, promet aux autres, et explique à tout le monde que c’est la faute de la guerre, de Poutine, de l’Otan, de l’Onu, de l’Opep, bref, de tous, sauf de lui.

En attendant, la tomate s’affiche sans rougir à plus de 10 dhs le kilo, les œufs à près d’1,5 dhs l‘unité, le poulet à je ne sais plus combien. Quant au poisson et à la viande, je ne peux pas en parler pas car j’ai peur de me faire traiter de sale bourgeois.

Et les idées dans tout ça ? Justement, je n’en vois pas parce que tout simplement il n’y en a pas. Je ne veux pas faire de procès d’intention au gouvernement, mais j’ai bien peur qu’il mise sur le ramadan qui est plus que proche, pour fermer les yeux et les oreilles sur toutes ces hausses, sachant pertinemment que les Marocains  et les Marocaines. quel que soit le niveau de leur mécontentement durant le reste de l’année, dès que vient le mois de ramadan, ils gobent tout.

On a l’impression qu’ils ne ressentent plus rien, et qu’ils ne comptent plus leurs sous. Ils sont si contents de leurs tables gargantuesques du soir, et des programmes télévisés abêtissants de la soirée, qu’ils oublient tout et ne veulent plus savoir ce qu’ils ont ou n’ont pas sur leur compte, si compte ils ont encore.

Quant à moi, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, malgré tout, un très bon week-end, et à vous dire à la semaine prochaine pour un autre vendredi tout est dit