Par Abdelkader BOURHIM, Consultant et Expert international en management sportif

Avec la place qu’il occupe désormais comme secteur stratégique dans le développement et sa contribution grandissante au PIB des nations, le sport mérite plus d’attention dans notre débat politique national.

Nous devons arrêter de cantonner le sport au simple rôle de secteur ludique, inclusif et de bien-être en l’emprisonnant depuis toujours dans un insurmontable carcan associatif « gourmand ». Véritable gouffre financier dans lequel l’État marocain n’a cessé d’engloutir des milliards de subventions sans exigence de résultat et avec la simple participation aux grands événements internationaux comme contrat d’objectif pour les fédérations sportives nationales.

Le discours réchauffé et répétitif depuis des décennies qui nous parle sans cesse

– Des terrains de proximité

– De l’Inclusion

– Du Soutiens aux associations

– Des Subventions

– etc………………..est devenu un tic de mauvais goût, copié-collé à chaque échéance électorale dans les programmes des partis politiques. Il renvoie le sport à une condition marginale de simple secteur de distractions et de passe-temps « LA3B DRARI » et fait rater à nous partis politiques à chaque échéance électorale l’occasion de le prendre au sérieux, de l’intégrer comme thème majeur dans leurs programmes électoraux. En l’intégrant, ils pourront ainsi donner au Maroc la chance de se développer par le sport, de briller par le sport, de grandir par le sport, de se moderniser par le sport, d’être heureux par le sport et d’exister en force dans le concert des nations par le sport.

Le sport peut légitimement prétendre à cette ambition de secteur majeur et stratégique dans le projet politique, économique et social d’une nation. J’ose espérer que nous dirigeants politiques portent cette conviction. Je le souhaite vraiment et leur demande de prendre le sport au sérieux, de croire en ses vertus comme secteur majeur, capable de participer au progrès de notre pays.

A l’heure où le sport est devenu un enjeux stratégique capable de produire de la richesse, des emplois, d’être un moteur du développement et du soft power essentiel au rayonnement des États, faisant le pari à l’occasion de la campagne électorale pour les législatives et pour les élections communales et régionales du 8 septembre prochain au Maroc pour faire émerger une nouvelle voie de développement pour notre pays, une véritable 3ème voie. Ayant la conviction que le sport peut incarner cette voie.

Dans mon rapport sur le sport au Maroc intitulé « Le sport que nous voulons », avec lequel j’ai contribué aux travaux de la CSMD, j’ai émis dix recommandations susceptibles de donner au sport marocain des moyens politiques, structurels et matériels pour en faire un secteur stratégique du développement de notre pays. D’être un secteur créateur de richesses, d’emplois, d’en faire une véritable industrie qui contribuera à la fierté du Maroc.

J’incite les partis politiques à prendre en considération les recommandations de mon rapport et de les intégrer à leurs programmes et à leur discours.

Il s’agit en effet de

– 1. Bâtir et implémenter une véritable politique nationale et régionale du sport reposant sur trois piliers fondamentaux :

La formation,

La bonne gouvernance,

La performance sportive et économique.

– 2. Adapter les modes de gouvernance des organisations, aux spécificités des nouveaux enjeux sportifs et économiques marocain.

– 3. Créer une agence nationale pour le sport afin d’assurer la régulation du secteur et veiller à la mise en œuvre efficace de la politique sportive.

– 4. Consolider les outils juridiques offerts par la nouvelle loi de la jeunesse et du sport pour permettre d’assurer une plus grande protection et davantage de garanties pour les intervenants dans le secteur du sport.

– 5. Déployer massivement des infrastructures pour améliorer la pratique d’activités physiques et l’inclusion par le sport dans les territoires.

– 6. Renforcer la formation de haut niveau pour favoriser l’émergence d’une expertise managériale du sport au Maroc.

– 7. Créer un institut national d’excellence sportive de pointe pour réunir nos meilleurs athlètes – tous sports confondus – et les préparer à la performance dans les grandes compétitions internationales.

– 8. Faire du secteur sportif, une véritable industrie productive et rentable, créatrice d’emplois et de richesses.

– 9. Favoriser le déploiement de partenariats publics-privés (PPP) dans le secteur du sport pour encourager à la réalisation de projets sportifs d’envergure

– 10. Généraliser le digital comme outil d’optimisation et de modernisation de la gestion des clubs et des organisations sportives

La priorité aujourd’hui, à mon sens, est l’élaboration d’une loi-cadre pour le sport marocain.

Il est primordial aussi d’encourager le renouvellement des élites dans la gouvernance du sport et de permettre au secteur privé de se saisir de l’entreprenariat sportif et le libérer du simple bon vouloir des élus.