Par Mohamed LAROUSSI

Le hasard a voulu que ma chronique d’aujourd’hui tombe un 24 décembre, c’est-à-dire pile-poil le jour de la veille de Noël, cette ancienne célébration païenne devenue chrétienne et qui, au fil du temps, s’est carrément universalisée jusqu’à devenir synonyme de retrouvailles, de cadeaux, de partage, de joie, bref de fête, au grand dam de tous les apôtres de la préservation de la spécificité, de l’authenticité et de l’identité. Ce qui énerve encore plus ces ennemis de l’universalité de la gaieté et défenseurs de la tristesse institutionnalisée, c’est que Noël est fêtée à moins d’une semaine du réveillon du nouvel an du calendrier grégorien, créé à partir du point de départ réel ou supposé de l’ère chrétienne. Comme si tout avait été fait ou inventé pour les embêter…

Donc, demain c’est Noël, et dans quelques jours ça sera la fin de l’année qui n’a pas été très gaie, je le concède, et le début d’une nouvelle que je vous souhaite au moins meilleure que l’année que nous allons quitter. Pour être honnête, il faudrait que je parle de deux années, parce que celle d’avant n’a pas été terrible non plus, mais je préfère ne pas remuer le couteau dans la plaie, ou si vous préférez, la seringue dans le bras.

Loin de moi l’idée de faire un quelconque bilan. J’ai horreur des bilans en général, et des bilans comptables encore plus. Je n’aime pas trop regarder en arrière, même si je suis persuadé qu’on ne peut construire l’avenir sans analyser le passé.

Je ne vais pas faire de bilan, mais permettez-moi de vous donner un peu mon avis sur ce qu’on a vécu cette année dans notre pays chéri, une année qui a été caractérisée, entre autres, par le passage de relais entre un ancien gouvernement dit d’obédience islamiste ou islamisante et un nouveau dit d’inspiration libérale, voire néo-libérale. Ce changement qu’on attendait et qu’on appelait de tous nos vœux depuis si longtemps semble pour le moins très mal amorcé.

Je vois d’ici les gardiens de l’ordre (r)établi qui vont me reprocher ma mauvaise foi ou ma partialité manifeste. Ils auraient peut-être raison ne serait-ce que parce que, me rappelleraient-ils, les nouveaux viennent juste de commencer.

Ils viennent tout juste de commencer, c’est vrai, mais ce n’est pas très brillant ce qu’ils nous ont offert jusqu’à présent. Non, non, on ne demande pas de cadeau, en tout cas, personnellement, je n’en veux pas, ou du moins pas tout de suite, mais on veut juste deux choses : de l’attention, et pas des attentions, du respect et pas du mépris. Or, depuis que ces nouveaux gouvernants ont mis les pieds sur les moquettes moelleuses et les tapis laineux de leurs grands bureaux rutilants, ils n’ont pas arrêté de nous promettre le soleil pour tous et la lune en plein jour, tout nous assommant de décisions assommantes et d’arrêtés improvisés, et tout cela, souvent avec un sourire béat dont on ne sait pas s’il est d’empathie ou d’ironie.

Pour ma part, je pense, comme disait Jules Renard, que « le sourire est le début de la grimace ».

Je vous assure que je ne suis pas un nihiliste négativiste. Mais, si on dit que chat échaudé craint l’eau froide, ou que celui qui a été mordu par un serpent a peur d’une corde, moi je pourrais dire que le citoyen déçu ne fait plus confiance aux promesses jamais tenues, ou bien à force de se faire prendre pour des idiots, on commence par crier très haut.

Oh oui, hélas, je sais que dans ce pays, non seulement on ne crie pas assez ou pas souvent, mais en plus on semble s’habituer à se faire crier dessus ou à se faire gronder. C’est comme l’enfant que parents frappent du matin au soir pet qui finit par croire qu’ils ont raison de le faire car c’est lui le méchant.

Que de fois ai-je entendu des gens, parmi des proches parfois, reconnaître, honteux et la tête baissée, que ce sont eux les responsables de ce désastre et qu’ils méritent sans réserve toutes les réprimandes et toutes les punitions. C’est vous dire la gravité de notre drame collectif.

Comment ? Qui est responsable ? Qu’est-ce que j’en sais !?! Je ne suis pas un devin, moi ! Et pas le Père Noël non plus. D’ailleurs, je ne sais même pas si le Père Noël existe pour de vrai. En tout cas, s’il existe vraiment, je suis sûr que ce n’est pas lui qui nous fait subir toutes ces saloperies, ne serait-ce que parce que dans les contrées si lointaines d’où il vient ou d’où il est censé venir, là-haut, on respecte les citoyens, on ne les méprise pas, et on ne leur raconte pas n’importe quoi, comme par exemple, que lorsque ça va bien c’est grâce au gouvernement, et lorsque ça va mal, c’est à cause des citoyens.

Non, la bêtise n’est pas génétique et l’arbitraire n’est pas une fatalité, par contre, quand on se laisse faire et qu’on préfère se taire, on mérite d’être traités d’auxiliaires par des autoritaires.

Voilà. C’est dit.

Je ne voudrais pas finir cette chronique sur une note défaitiste et pessimiste, et c’est pour cela que je vous souhaite de très bonnes fêtes, un très joyeux Noël (et pan ! ), un très bon weekend, et je vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.