Par Abdessamad MOUHIEDDINE, Anthropologue et Ecrivain-journaliste

Je suis hors moi, scandalisé ! Comment ne pas l’être face à ce degré inimaginable d’inconscience généralisée des Marocains face à la menace covidienne ?

A peine sorti de l’aéroport à mon arrivée de Paris à Marrakech, j’eus à affronter cette attitude effrontée de mes insouciants et incorrigibles compatriotes.

« Rien ne peut t’atteindre si tu bénéficies de la protection divine. Tu ne subiras que ce qu’Allah voudrait que tu subisses ! », répond le chauffeur de taxi à mon affolement de le voir débarrassé de son masque posé nonchalamment sur le tableau de bord du véhicule. Lorsqu’il le remit après mes multiples remarques, il ne put s’empêcher de crier un tonitruant « Aucune capacité ni pouvoir autrement que par Allah ! » (لاحول ولا قوة إلا بالله).

Arrivé à la réception de ma résidence, le gardien, également non masqué, sa jeta sur moi en vue d’une fraternelle et double embrassade. Je pus le stopper in extrémis, ce qu’il ne sembla guère apprécier.

Là où je me suis transporté, au sein des magasins, dans les cafés et les restaurants et même dans des bureaux officiels ou privés, la désinvolture face à la Pandémie universelle était là, tenace et souveraine.

En désespoir de cause, j’ai fini par m’abstenir de toute remarque au sujet du maudit masque.

Le pire me sera asséné par les amis qui refusent mordicus de se délier de leurs pulsions tactiles et leurs sempiternelles embrassades. En dépit de mon salut à la manière bouddhiste, les mains bien jointes. Malgré mon alerte à distance : « Ne me touchez pas ! »

En réalité, seul le confinement a pu plus ou moins venir à bout de cette « agoraphilie » où l’on ne se sent à l’aise que dans la promiscuité. Cérébral méditerranéen et viscéral africain, le Marocain demeure un être pluriel, communautaire, incapable de se distancier d’autrui. Certes, au registre du ciment social, et de la solidarité, cette dépendance peut se révéler vertueuse, mais elle est castratrice de toute émancipation de l’individu. Le socius marocain ne peut, en effet, se passer de la promiscuité que favorisent la mosquée, le hammam, le souk ou encore les fêtes familiales diverses et variées (circoncision, mariage, décès…etc.)

En vérité, loin de moi l’idée de prétendre précipiter mes chers compatriotes marocains dans un quant-à-soi généralisé ou, encore moins, dans quelque misanthropie où l’individu se ferait violence en prenant ses distances avec la masse.

Je ne vise qu’à alerter sur cette irresponsabilité généralisée qui risque de détruire tout ce qui a été construit depuis l’apparition de la pandémie covidienne il y a près d’un an et demi. « Qu’Allah guide sur le bon chemin ceux qu’Il a créés ! », ai-je fini par dire au chauffeur de taxi casablancais qui était, lui, dûment masqué.