Par Mohamed LAROUSSI

Je crois avoir déjà utilisé cette maxime marocaine comme titre, une ou deux fois, au cours de ma si longue et si périlleuse carrière de billettiste, mais elle est tellement superbe et surtout tellement parlante, qu’il n’y a aucun mal à la reprendre. D’autant plus qu’elle me paraît tout à fait appropriée avec ce qu’on vient de vivre ces derniers jours, et plus précisément ce dernier jour.

Comme vous avez dû le remarquer vendredi dernier, je n’ai pas trop parlé du nouveau gouvernement qui venait à peine d’être constitué, laborieusement me semble-t-il, car j’avais préféré taquiner et enquiquiner tous ces « experts-analyseurs-commentateurs-applaudisseurs » qui répètent à souhait des discours qu’on ne leur a même pas demandé de réciter, ou, si vous préférez, qu’on n’a même plus besoin de leur dicter, tellement ils ont bien retenu leurs leçons.

D’ailleurs, ce qui vient d’arriver, justement, ce tout dernier jour, les a complètement déboussolés. C’était tellement inattendu, tellement imprévu, tellement déroutant, et il faut bien le dire, tellement violent, qu’ils n’ont pas su s’ils doivent applaudir ou… applaudir. En attendant, ils ont essayé, avec beaucoup de mal d’ailleurs, de justifier du mieux qu’ils pouvaient, c’est-à-dire en prenant toutes les précautions primaires : « Oui, vous savez, Mme Rmili s’est rendu compte que cumuler la mairie de Casablanca, une très grande ville qui fait face à beaucoup de défis, patati patata… avec un ministère aussi important que celui de la santé, surtout que la pandémie n’est pas encore, partie patata, patati, est une mission très difficile, voire impossible … ».

Ah bon !?! Elle s’en est rendu compte, comme ça, brusquement, soudainement ? Et pourquoi ne pas dire que dès sa nomination dans ce gouvernement, il y a eu un tollé général, aussi bien à travers la presse qu’à travers les réseaux sociaux ?

Au fond, ce n’est pas à Nabila Rmili qu’on en voulait, mais à celui ou à ceux qui l’ont proposée à ce département tout en sachant qu’elle avait, à Casablanca, d’autres chats, non pas à fouetter – je ne pense pas qu’elle soit si cruelle – ni à nourrir non plus – on ne va quand même pas aller jusque-là – mais plutôt dont elle devrait s’occuper, effectivement, car cette ville vit, actuellement, les pires moments de son existence. J’en profite d’ailleurs pour rappeler que le maire sortant, je devrais dire « le maire qu’on a sorti », Dieu merci, n’a rien fait de bon, et si jamais il a fait quelque chose, on ne l’a pas encore vu. 

Mais, oublions-le, et revenons à notre nouvelle maire. Je n’aime pas dire « mairesse », parce que ça sonne comme « tigresse », alors que Nabila, pardon Dr Nabila Rmili, paraît si gentille, si charmante et si avenante. On dit même qu’elle serait une vraie battante, ce qui n’est pas plus mal. 

Maintenant, je voudrais être très clair avec vous : autant, moi-même, comme tant d’autres, j’étais contre le fait qu’elle cumule les deux missions – maire et ministre – autant je suis complètement contre la manière dont on l’a démissionnée de son poste de ministre, et priée de descendre de sa chaise pour s’occuper des Casablancais et des Casablancaises. ÇA NE RIME À RIEN ! 

Oui, bien sûr, c’est elle qui s’est rendu compte patati, patata, et qui a demandé à être déchargée patata, patati … Mon œil ! 

D’accord. Je vais faire semblant de le croire. Si c’est le cas, pourquoi avoir attendu qu’elle s’en rende compte ? Tout le monde, et depuis le début, avait crié au scandale, mais personne ne voulait rien entendre. Et il a fallu que la principale et néanmoins pauvre concernée finisse par le reconnaître, pour qu’on décide de faire un rétropédalage qui n’est ni esthétiquement élégant ni politiquement acceptable. 

Et puis, appeler le ministre sortant pour la remplacer… Quelles que soient ses grandes compétences, l’étendue de sa science et l’immensité de son expérience, notamment dans la gestion de la pandémie, patati, patata, je ne trouve pas non plus cela très courtois, surtout qu’on en a profité pour vanter, dans le communiqué officiel, tous ces mérites que je viens de citer.

On n’a pas besoin de sortir de sciences-po pour décoder que l’ancien ministre est quand même plus outillé pour s’occuper de notre santé qu’une débutante, même si, concernant la santé, elle en connaît bien un ou deux rayons. 

Et puis encore, puisque notre ancien-nouveau ministre de la santé était si compétent, si expérimenté et si tout ce que vous voulez, pourquoi on ne l’a pas gardé ? Après tout, il n’aurait pas été le seul à être rappelé, et je suis sûr que personne, ou, soyons un plus honnêtes, peu de gens auraient protesté. 
Bref, tout cela n’est pas joli, joli, et je dois avouer, que pour un début, ça semble plutôt mal parti.

Maintenant, avant de finir, je vais dire une dernière chose, car si je ne la dis pas, vous allez me huer, et vous auriez bien raison. 

Nous sommes tous d’accord qu’on a bien fait de ne laisser à Mme Nabila Rmili qu’une seule mission, celle de s’occuper de la ville qui l’a élue, une ville qui exige une présence permanente et une concentration exclusive.
Oui, mais si Casablanca est vraiment une ville très difficile à gérer, est-ce que les autres villes dont les maires sont toujours ministres, du moins à l’heure où je commets ces lignes râleuses, sont, elles, faciles, et dont on peut, allègrement, s’en occuper, tranquillement, de son beau bureau-ministériel de Rabat ? 

Voilà. C’est dit.

En attendant d’avoir une réponse que je n’aurais peut-être jamais, je vous souhaite un très bon weekend et une très bonne fête du Mouloud, et je vous dis, à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.