Alors, allez-vous voter cette année ? Je sais que je ne vais pas vous surprendre si je vous dis que les gens que j’ai rencontrés ces derniers jours (chauffeur de taxi, agriculteur, sans-emploi, fonctionnaire, jardinier, acteur, employé, musicien, étudiant, professeur, entrepreneur, femme au foyer ou encore retraité) affirment d’un ton qui n’admet pas la réplique : « Voter pour qui ? clairement NON ». Ce qui me surprend en revanche est le fait qu’on attend un résultat différent alors que tout continue de marcher de la même manière !

La question qui devrait être mise en avant, par les médias notamment, n’est pas le taux d’abstention mais plutôt les circonstances de cette crise de confiance et de cette crise de légitimité. Je ne sais si vous l’avez constaté mais le fait de ne pas voter devient de plus en plus normal (âadi). Est-il raisonnable de faire passer inaperçu une problématique de cette ampleur ?

Question pour un champion : pourquoi ne pas voter ?

Avant toutes choses, il n’y a pas que voter ou s’abstenir. L’acte de voter désigne explicitement le fait de marquer notre choix du candidat ou du parti que nous préférons sur le bulletin de vote, comme il désigne le fait de déposer dans l’urne une enveloppe vide ou un bulletin dépourvu de tout nom de candidat. Pas de vote « explicite » pour un candidat signifie un acte fort, très fort même ! Un acte qui veut dire que je participe clairement au débat démocratique mais aucun candidat ne me convient ; un acte qui arrime perte de confiance et présence d’une étincelle d’espérance. Ne s’agit-il pas finalement de faire un choix dans toute cette histoire de démocratie électorale ?

Et pour le dire sans détour, nous ne votons pas pour quelqu’un parce qu’il est nul et les autres sont pires ; nous donnons notre vote à un parti qui a une vision, une vision d’un Maroc meilleur. Un parti qui ose dire clairement : ça je suis capable de le faire et ça me dépasse. Un parti qui sait nuancer et modérer ses propos. Un parti politique qui examine si ce qu’il promet est juste et possible, car, comme le disait si bien Confucius, « la promesse est une dette ».

Je le dis et je le réitère, le vote blanc devrait être reconnu pour mieux prendre en compte les aspirations des Marocains et leur montrer qu’on parle le même langage, qu’on comprenne leur message et qu’on les respecte d’abord et avant tout.


*Titre inspiré de la citation d’Albert Camus : « Notre monde n’a pas besoin d’âmes tièdes. Il a besoin de cœurs brûlants qui sachent faire à la modération sa juste place ».

Habiba El MazouniConsultante, doctorante en sociologie politique et co-fondatrice de la plateforme AnalyZ