Patchwork. La collection colorée et unisexe de Mina Binebine. Installée entre Los Angeles et Marrakech, la designer Mina Binebine lance sa nouvelle collection unisexe « Patchwork » explorant les nuances de la haute couture marocaine, inspirée de l’art et de la tradition arabe.

Des matières aux couleurs vives et chaudes avec des coupes audacieuses qui revisitent la tradition pour en créer une élégance de tous les jours. Ne manquez pas le Fashion show le 14 octobre au Es Saâdi Palace à Marrakech.

Artiste aux multiples talent, Mina Binebine apporte aujourd’hui sa touche singulière à la création et à l’élégance marocaine. Une nouvelle marque aux inspirations multiples qui transforme l’habit traditionnel marocain en tableau artistique.

Âgée de 27 ans, cette créatrice hors norme réussit au fil de ses expériences à s’affranchir des codes et à construire son propre univers, élégant et atypique.

Diplômée du Fashion Institute of Design & Merchandising (FIDM) à Los Angeles, la jeune designer partage avec nous son penchant pour les créations unisexes. « J’ai ça pour me découvrir, sourit-elle. Je suis issue d’une famille d’artistes. La diversité de traditions au Maroc m’intrigue et m’inspire. »

Pourquoi avoir choisi d’appeler votre collection « Patchwork » ?

J’ai choisi d’appeler ma collection « Patchwork » parce que j’ai exploré plusieurs styles à la fois : ça va du Bohème au chic en passant par le style classe. C’est aussi très coloré, j’ai utilisé plusieurs tissus et matières différentes qui, une fois assemblées, matchent parfaitement et le rendu final est très sympa.

Quelle a été votre source d’inspiration ?

Franchement, je ne sais pas comment les designers font pour avoir un seul style. Moi, je n’y arrive tout simplement pas. En fait, je m’inspire de mes racines et du Maroc en général, bien que je sois issue du sud du pays. Notre habit traditionnel : djellabas, caftan… me fascine. Je suis née à New York, j’ai vécu à Paris et à Marrakech, … j’ai donc baigné dans trois différentes cultures et du coup, je mélange dans mon travail mes trois cultures. Et c’est ce qui donne un Patchwok à la fin.

Vous êtes-vous inspiré des motifs berbères ?

On a un peu de tout : des fleurs, du tissu marocain comme Mlifa, ou la hssira (les tapis traditionnels) que j’utilise pour faire des corsets, des manteaux… Je fonctionne principalement au feeling, des fois, je marche dans la rue, je vois un style qui me plait, je l’adopte…ce n’est pas forcément réfléchi.

Vos modèles s’adressent aussi bien aux femmes qu’aux hommes ?

Oui, c’est une collection unisexe. Pour moi, mes robes peuvent tout à fait être portées par des hommes. Et c’est valable dans les deux sens, les costumes et les pantalons sont unisexes aussi.

Pourquoi avoir choisi d’être designer ?

Je n’ai pas choisi cette voie, c’est le design qui m’a choisi depuis toute gamine. Je me rappelle étant petite, dès que ma mère achetait des rideaux, je les découpais et j’en faisais des jupes, toutes les robes qu’elle m’achetait, je m’amusais à les découper et à les remodeler. J’ai toujours adoré manipuler des ciseaux, j’habillais mes poupées barbies, c’est moi qui faisais ma robe d’école…En fait, ça n’a jamais été une question pour moi, c’était une évidence pour moi, j’ai toujours su que c’était cela que je voulais faire.

Être designer signifie quoi pour vous ?

C’est peut-être une façon pour moi de m’exprimer, de changer un peu les esprits. Par exemple, le fait que des hommes portent des corsets, ça ne devrait pas être tabou, …il y a encore beaucoup de sujets qui sont tabous dans notre société ! J’essaie de changer les choses doucement, avec un design différent. Je n’ai pas envie de choquer mais j’ai envie de booster les gens. A chaque fois que des amis hommes viennent chez moi, ils adorent mes manteaux, mes chemises… mais ils n’osent pas les porter parce que c’est « Hchouma ». J’aimerais bien que les mentalités changent au Maroc, si on aime porter un vêtement, on devrait pouvoir le porter, sans avoir peur de la réaction des gens, sans se soucier de ce que les autres vont penser de nous.

Je sais que quand on voit certaines de mes robes, on va se dire, ce sont des vêtements de femmes, mais dans ma tête, c’est unisexe.

J’ai rencontré un gars qui s’appelle Etienne Rousseau que j’admire énormément. Il porte tout le temps des jupes, même pour ses rendez-vous business, et je ne trouve pas que ça fasse féminin sur lui. Je trouve cela génial que l’on puisse porter une jupe et que ça ne choque pas autant !

Des designers que vous admirez ?

J’adore le travail du britannique Alexander Mc Queen, j’aime son audace et ses créations excentriques. Mon préféré c’est Yves Saint Laurent, parce que je connais sa vie par cœur, il a adoré Marrakech, c’est une ville qui l’a énormément inspiré, je comprends complètement sa démarche, ce qu’il a fait et la raison pour laquelle il l’a fait.

J’aime bien aussi les couleurs et le style du styliste belge Dries Van Noten, mêlant bohème et chic, ses contrastes et son caractère ornemental. 

J’adore également la créatrice de mode chinoise Guo Pei. Je trouve que son travail est grandiose, différent, beau ; ses broderies sont magnifiques, ses soies somptueuses, ses créations vestimentaires sont juste un délice opulent pour les yeux.

Sans oublier bien sûr que ce sont tous des créateurs qui veulent passer des messages forts et poignants.

Marrakech est une ville qui vous inspire profondément ?

Oui, complètement. D’ailleurs, quand j’ai fait mon show à Los Angeles « Première édition » en 2019, on sentait vraiment que ma collection respirait le Maroc, et surtout Marrakech. D’abord, il y a l’histoire riche de ma famille, c’est la ville de mes origines, de mon père, de toute ma jeunesse. Je suis arrivée à Marrakech à l’âge de 8 ans, j’ai pratiquement passé 20 ans dans cette ville, j’ai passé mon temps à regarder mon père travailler, à contempler ses tableaux, à le regarder dessiner, à dessiner avec lui, à toucher des pigments. Je ne voyais que des seaux avec des couleurs, du bleu, du rouge, du jaune, du vert, … il y avait toujours des couleurs tellement intenses que ça m’a marqué à vie. Et aujourd’hui, j’ai du mal à travailler une pièce avec juste du noir et du blanc.

Quelle influence votre père Mahi Binebine (peintre, sculpteur et écrivain) a eu sur votre travail ? sur votre façon de voir les choses ?

J’ai eu la chance d’avoir des parents très ouverts d’esprit, très compréhensifs, et sont artistes dans l’âme. Ils nous ont inculqué à moi et mes petites sœurs, des valeurs qu’on ne retrouve pas chez tout le monde, des valeurs de tolérance, d’entraide, de solidarité et de compréhension des autres. Ils ne nous ont transmis que de bonnes ondes.

J’ai baigné dans un milieu artistique depuis toute jeune. Ma mère a fait des études de décoration d’intérieur, mon père était un excellent conteur, il nous inventait des histoires tous les soirs et on l’écoutait mes sœurs et moi pendant des heures, on était émerveillé par ses histoires … On était entouré de tableaux, il y avait tout le temps des artistes à la maison : des chanteurs, des acteurs, des peintres, des danseur (ses)…on était noyé dans l’Art.

D’ailleurs, ma sœur a joué dans le film de Nabil Ayouch « Razia ». Elle a performé dans le film, pourtant, elle n’a jamais fait d’acting. Elle a ça dans le sang !

Votre père a-t-il influencé votre manière de créer ?

Je ne demande jamais l’avis de quelqu’un avant de finir la pièce, ce n’est qu’un fois que le travail est achevé que je m’ouvre aux critiques. Je fais d’abord faire ce que je veux…je suis très têtue, donc, j’accepte les critiques mais je refuse qu’on me dicte ce que je dois faire. Je demande à mon père des conseils, des critiques constructives, mais il n’intervient jamais dans ma créativité ou mon imagination.

Propos recueillis par M.N pour AnalyZ