Par Jaouad Benaissi

Notre histoire ressemble un peu à ça ! Un petit château construit de pierres, au sommet d’une montagne, avec une vue dominant une petite ville. Plein de cerisiers dans le jardin. Un labrador et deux dalmatiens qui se baladent nonchalamment dans les couloirs et entre les étages. Une femme qui passe son temps à parler de voyages et à se plaindre de tout et de rien. Et puis, un homme, un rêveur, qui adore sa maîtresse parce qu’elle lui rappelle sa femme. Deux personnes qui s’aiment jusqu’à n’en plus trouver les mots, se réfugiant dans le silence et la solitude. Mais ils ont conservé l’agréable routine de faire l’amour et de se dire je t’aime !

Et puis un jour, il n’y a plus rien. Les êtres et les choses semblent s’être évaporés dans l’air et sur la grande porte du château une petite pancarte a été accrochée : A vendre ou à louer !

On se fait souvent trop d’illusions en pensant que les murs ont une âme. Et qu’ils ont une mémoire. Or, les murs sont amnésiques et émotionnellement insensibles, comme une minable chambre dans un hôtel de passe. Ils sont aveugles, aussi. Ils ne savent pas à quoi nos corps ressemblent. Ils ne voient pas nos larmes. Ils n’entendent pas nos cris aussi bien d’extase que de détresse. Et pourtant, on se conforte dans l’illusion que les murs soient chargés de souvenirs et qu’ils puissent nous rappeler les voix, les visages et les paires de fesses. Les murs ne sont que des murs. Et j’ai du mal à comprendre le fait de vouloir quitter la maison après avoir quitté les gens. Le comble de la bêtise !  

Je n’ai pas besoin de brûler les draps pour ne plus sentir ton odeur dans mon lit. Je ne vais quand-même pas déchirer ma peau pour effacer les traces de tes doigts, ni arracher mes lèvres pour oublier nos baisers du milieu de la nuit et du petit matin. Devrais-je arrêter de manger pour ne pas perdre le goût des plats qu’aucune autre femme ne sait faire mieux que toi ? Devrais-je, pour que je puisse avancer dans ma vie, te faire passer pour la salope du service ? Une fille de rien ? Une gueule de poisse ? Une fouille-merde ? Aurais-je besoin de te diaboliser pour guérir de toi ? Non, qu’on soit en amour ou en malheur, il faut faire la part des choses. Il faut savoir raison garder ! 

Peu importe que je t’oublie ou que je me souvienne encore de toi, tu n’es plus là. Notre amour est mort à jamais, et c’est bien comme ça !

Tu as droit à la vie, et même à plusieurs vies, si tu veux. Il ne faut pas regarder derrière. Il ne faut surtout pas revenir. Rien n’en vaut la peine, tu sais ! Tu as beau me dire que j’étais l’amour de ta vie, l’homme de ton cœur, l’homme de tes rêves, c’est juste des paroles qui traduisent la sincérité du moment, et qui deviennent caduques dans le moment d’après où rien n’est plus pareil.

Tu te surprendras un jour à  prêter le même serment en étant dans les bras de quelqu’un d’autre. Et c’est à ce moment-là que tu te rendras bien compte que les plus beaux souvenirs d’amour ne sont plus que des petites blessures qui cicatriseront doucement avec le temps. Alors donne-toi la chance de vivre autre chose, tu verras bien qu’en dehors de la petite coquille qu’était notre histoire, le monde est immense et la vie surprenante. 

Je souffrirais trop si tu revenais… Je souffrirais moins si tu traçais ton chemin !

Une autre femme vient de prendre en bail notre beau château. Elle l’a meublé de sourire et de fraîcheur. Elle s’y balade avec la grâce d’une reine. Elle a le soleil au front, le cœur moins froissé… et les fesses moins ridées. Elle a la divinité dans la bouche. Très belle à regarder le matin. Très agréable à entendre parler, quand elle parle de tout et de rien. Elle m’attend au bout de mon silence, de mes rêveries et de mes angoisses. Elle n’est pas jalouse de l’autre… de ma solitude !

Voilà, on avance un peu. Pas le temps de pleurer les morts ni de regretter les absents. Quand au milieu d’une rivière, on décide de faire marche arrière, l’on ne revient jamais au même point de départ. Il vaut mieux passer de l’autre côté que de prendre le risque de revenir là où l’on aura du mal à se reconnaître et à retrouver ce qu’on a perdu, à tort ou à raison.

On s’était promis un jour de s’aimer pour toujours. Mais un jour, comme un autre jour, on s’est quitté. Alors même si tu revenais, rien n’y ferait. C’est fini !