Par Mohamed LAROUSSI / Ecrivain et Co-fondateur de la plateforme AnalyZ

J’ai failli titré cette chronique “ Je t’aime, moi non plus”, mais j’y ai renoncé un peu par pudeur et un peu aussi par respect pour le couple mythique Serge Gainsbourg et Jan Birkin qui m’aimeraient sûrement pas que leur si belle chanson et leurs si beaux ébats sont mêlés à cette si piètre débandade.

Débandade. Je trouve que ce mot correspond beaucoup mieux à cette situation ubuesque que dégringolade, déconfiture, déroute, et encore moins défaite. 
On parle de défaite quand on perd normalement, logiquement, dignement, contre un adversaire qu’on pouvait très bien, normalement, logiquement, dignement, gagner.

Bref, perdre, subir une défaite, fait partie du jeu. 
Or, là, on n’est plus dans un jeu, avec un résultat plus ou moins attendu, prévisible, acceptable, mais dans … n’importe quoi. 
Ce que nous venons de vivre cette semaine au Maroc relève de la fiction la plus inattendue et la plus intrigante. Bien malin et bien maligne celui ou celle qui pourrait affirmer aujourd’hui qu’il savait que le PJD, cette vraie force politique qui avait émergé un jour on ne sait comment, enfin, si, on le sait, mais bon, qui a pris le pouvoir d’une manière si outrageuse et avec une assurance et une arrogance à nulles autres pareilles, qu’on pouvait croire qu’il avait été envoyé au Maroc par le Messie en personne. 

Bon. Je vais essayer d’être un peu plus sérieux.

Je vais passer très vite sur le parcours de ce parti, ses mentors, ses premiers leaders, ses premiers haut-parleurs, ses premiers discours populistes et démagogique, ses premières performances électorales, ses premières expériences dans l’opposition, et j’arrive à sa victoire historique et sans appel de 2011, au lendemain du fameux “printemps arabe.

Je me souviens des longues discussions avec certain(e)s ami(e)s et certains proches sur l’inopportunité, à mon sens, de choisir un parti qui prône la moralité, la probité, l’exemplarité, en mélangeant tout cela avec la fatalité, avec la religion avec ses corollaires directs, la récompense ou la punition, le paradis et l’enfer.

J’ai oublié de vous préciser que ces ami(e)s et ces proches avec lesquels je discutais et que j’essayais de convaincre de ne pas voter pour un parti aussi flou, aussi fou et aussi obscurantiste, n’était pas des vieux barbus au dollar bien en vue sur le front, des ignorants qui n’avaient jamais mis les pieds à l’école, ou bien des hurluberlus qui s’amusaient à se faire peur, mais c’étaient des gens tout ce qu’il y avait de plus instruits, éclairés, modernes, modernistes, progressistes et tout et tout. Leur unique argument était celui-ci : comme nous sommes déçus par “les autres”, “les anciens”, qui ne font plus rien de bien, nous avons décidé de tester “ces nouveaux” qu’on ne connait pas encore.

C’est comme si, déçu(e)s par son conjoint flemmard ou son conjointe bavarde, on décidait de les répudier et d’épouser le voisin soulard ou la voisine ringarde. Ou vice-versa. Changer pour le principe de changer. Au fond, me disaient-ils, qu’est-ce qu’on risque de perdre ?

Dix après, nous avons tous perdus. Eux et elles, mes ami(e)s et mes proches, leurs pauvres illusions, et nous qui étions convaincus qu’il faut toujours se méfier des vrais bigots et des faux dévots, nous avons perdu et du temps et de l’énergie. J’écrivais plus haut que personne n’était capable de prévoir une chute aussi grande et aussi spectaculaire, mais en vérité, quand on y réfléchit bien, ce sont bien eux et elles qui avaient choisi béatement et naïvement ce parti vierge et miraculeux qui ont fini par le lâcher.

Quant à nous, qui n’avions pas voté pour lui, et pour dire vrai, qui n’avions pas voté du tout, nous espérions que tout ce château de cartes postales illustrées de promesses et de chimères finisse un jour par tomber. Et, comme vous venez de le voir, il a fini par s’écrouler.

Oui, je ne le cache pas, je suis content, très content. Mais, sans plus. Parce que, voyez-vous, les résultats ne sont guère réjouissants, politiquement parlant. 

Oui, je suis content, très content que le populisme fortement teinté de prosélytisme ait subi cette humiliante débandade. Je pense que le PJD mettra beaucoup de temps à s’en remettre, et qu’il ne compte pas sur moi pour l’aider à le faire.

Par contre, quand je vois qui a gagné et qui pourrait prendre la relève, je ne suis pas plus rassuré.
Je vous explique. 
La semaine dernière, j’avais exprimé, ici même, mon refus des “tous pourris”, une idée que je trouve autant fausse que contreproductive. Aujourd’hui, je me demande si le “tous pourris” ne serait pas, par hasard, le frère jumeau de “tous pareils”.

Ls résultats sont définitifs, et tout semble clair comme l’eau de roche. Par ailleurs, nous sommes à quelques jours ou à quelques heures de la désignation du futur Chef du gouvernement. Or, mis à part le PJD dit le grand perdant, qui a annoncé son retrait provisoire et sa retraite anticipée, aucun autre parti, qu’il soit de droite, du centre, de la gauche ou de ce qu’il en reste, n’a exprimé jusqu’à présent ses intentions quant à sa participation ou non à la prochaine équipe gouvernementale.

C’est la preuve que tout est possible, y compris l’incompréhensible, l’inacceeptable. 
Voilà, c’est dit. 
Dans l’attente d’y voir un peu plus clair, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.