Par Hassan CHRAIBI / Universitaire et Consultant


Le Maroc vient de vivre un cataclysme électoral sans précédent qui a chassé le parti islamiste du pouvoir, autrement que par un coup d’État (comme en Egypte) ou une suspension du processus démocratique (comme en Algérie).

Toute l’attention des commentateurs est allée vers cette facette de l’événement. Cela se justifie dans un pays qui a vécu, à sa manière, le cataclysme du printemps arabe et en a traîné quelques traumatismes. 
Maintenant que l’effet d’étonnement par rapport à l’ampleur de la défaite du PJD s’estompe, les réalités politiques, socio-économiques et géostratégiques du pays se rappelleront à nous. 

Depuis fin 2020, le Maroc est entré dans une bataille d’affrontement diplomatique dans le sens de la reconnaissance internationale de son intégrité territoriale et dans le sens de  son émancipation de la tutelle impérialiste européenne. Les défis sont grands et s’imposent à notre pays. Mais nous devons tous être conscients que les risques sont aussi dangereux que les ambitions sont friandes. Question : en avons-nous les moyens ?

Des atouts pour ces batailles/guerres, nous en avons certainement. Elles sont historiques, juridiques, diplomatiques, culturelles, … Mais avons-nous suffisamment d’atouts économiques ? Nous sommes en conflit avec l’Allemagne, dont le PIB par habitant dépasse les 46000 $. Nous disons stop haut et fort aux espagnols dont le PIB par habitant dépasse 29000 $. Nous faisons face à un voisin belliqueux qui malgré sa crise a multiples facettes et sans fin, a un PIB par habitant qui frôle sans atteindre les 4000 $. Et nous, malgré nos performances, nos réalisations, nos succès, nous dépassons à peine les 3200 $.

Tous ces chiffres datent de 2019 pour ne pas tenir compte des effets de la pandémie Covid19. Nous sommes, par ce critère, 13ème en Afrique, un continent où nous voulons affirmer notre leadership. Bien sûr, beaucoup objecteront qu’il n’y a pas que le PIB pour mesurer le développement d’une nation. J’acquiesce ! Mais la capacité d’une nation à créer de la richesse reste un indicateur essentiel de son dynamisme. 

Loin de moi l’idée de freiner l’enthousiasme et l’élan de l’émancipation du Maroc. Aucun citoyen et aucune citoyenne patriotes ne souhaitent subir les extorsions des pays de l’UE qui cherchent à faire durer le statut quo dans le dossier de notre intégrité territoriale. Ceci dit, nous devons réaliser notre élan économique … le Maroc a besoin de doper sa croissance. Faire feu de tout bois c’est mettre toutes les énergies au travail. Cela doit être le mot d’ordre du futur gouvernement dont le socio-économique doit être le principal défi. 

Les marocains et marocaines, par leur vote, aspirent à un gouvernement compétent, performant et créateur de richesse et d’emploi. Le nouveau modèle de développement qui est appelé à être déployé par instruction royale quelque soit la configuration du gouvernement , a besoin de financement, de ressources, de richesses …

Le prochain gouvernement est appelé à mettre tous les marocains au travail. Aucune contribution n’est de trop. Ce qui exige un nouveau pacte social de confiance vis-à-vis de toutes les forces vives du pays, où l’éducation et la santé doivent occuper une place axiale. Gagner des élections, c’est bien mais c’est un acquis si fragile … les pjdistes le savent maintenant.