Par Mohamed LAROUSSI

Je me suis réveillé ce matin avec cette question qui me trotte dans la tête depuis déjà un certain temps. Ce n’est pas une question existentielle pour moi, mais je me la pose souvent avec l’espoir que quelqu’un puisse me donner un jour une réponse. Hélas, non seulement personne ne semble accorder la moindre importance à cette question, mais en plus tout le monde me paraît être étonné de m’en voir autant préoccupé.

En vérité, je m’intéresse aux partis, mais aussi aux syndicats, depuis le jour où l’on m’a appris que ce sont eux qui ont pour mission, de « conscientiser » le peuple, c’est-à-dire de lui faire prendre conscience de ses droits et de ses devoirs, de l’encadrer dans le but de participer, d’une manière directe ou indirecte, à la gestion de son pays, bref, en un mot comme en mille, de contribuer à la gestion de la vie des autres.

On appelle cela la démocratie. Je vous vois d’ici sourire et je vous entends d’ici vous dire que ce type, c’est-à-dire moi, est en train de délirer et de dire n’importe quoi.

Eh bien non !

Je suis un démocrate, et en tant que démocrate, je crois à la démocratie. Vous allez me dire qu’au Maroc, nous ne sommes pas tout à fait en démocratie, et par conséquent, toutes ces questions et sur l’existence ou pas de partis ou des syndicats, il faudrait les laisser pour les autres dans les autres pays, autrement dit dans « les vraies démocraties ».

Eh bien non ! C’est parce que je suis un démocrate que je suis obligé de croire à la démocratie, qu’elle soit opérationnelle dans mon pays ou qu’elle ne le soit pas ou qu’elle ne le soit plus.

Je ne suis pas un naïf. Je sais parfaitement ce qui s’est passé dans mon pays et ce qui est en train de s’y passer. Je sais qu’on nous parle toujours de démocratie en construction alors qu’on fait tout pour la démolir. Je sais qu’elle était l’importance qui était donné par bon nombre de démocrates, de militants et de rêveurs, ici au Maroc, à la démocratie et à la nécessité de la mettre en place comme système unique de gouvernance car, qu’on l’admette ou pas, c’est le meilleur des systèmes politiques, ou du moins le moins imparfait. Et ce n’est pas parce qu’il n’est pas tout à fait au point chez nous, ou bien qu’il ne fonctionne pas très bien, qu’il faudrait baisser les bras et laisser faire.

J’ai horreur des fatalistes et encore plus des lâcheurs pour lesquels, la démocratie, elle va, elle vient, et quand elle vient, ça va. Et quand ça s’en va ? Eh bien, pour eux, ce n’est pas la fin du monde, on fait avec, ou plutôt, on fait sans. En d’autres termes, ils ne s’intéressent à la démocratie que lorsqu’elle est là, apportée et offerte par ceux qui se sont battus pour. Ils en profitent du mieux qu’il peuvent, critiquent ses imperfections locales, la comparent avec celle, plus forte, plus « parfaite » qui est pratiquée ailleurs, sans jamais se demander pourquoi et comment elle est comme cela.

Je reviens maintenant à ma question de départ : où sont nos partis ? Qu’est-ce qu’il leur est arrivé ? Pourquoi ont-ils disparu ?

Au Maroc, on ne s’intéresse aux partis politiques que durant les périodes électorales, et en contrepartie, les partis politiques ne s’intéressent à nous que lorsqu’ils besoin de nous et de nos voix. Je sais que ce que je dis là, c’est si connu que c’est devenu des lieux communs. Mais faut-il pour autant qu’on s’arrête à ce constat ? Non ! Ce n’est pas parce que nos partis ont prêté le flanc, qu’ils ont commencé à penser plus aux privilèges du pouvoir qu’au pouvoir lui-même, qu’ils ne s’intéressent plus à la pitance qu’à la gouvernance, qu’ils subissent de plus en plus l’érosion du temps et l’usure de l’âge, qu’on doit les ignorer et les oublier. Ce n’est pas parce qu’ils sont marginalisés, qu’ils sont diabolisés, qu’ils sont devenus faibles ou qu’on les a affaiblis, qu’on doit les considérer comme finis.

Nous avons besoin des partis plus que les partis ont besoin de nous. Les partis sont créés et gérés par des hommes et par des femmes qui sont des êtres humains comme vous et moi, et qui sont donc aussi faillibles que vous et moi. Alors, au lieu de continuer de les voir s’enfoncer, de s’effondrer, voire de disparaître, en gardant les bras croisés, il faudrait au contraire essayer de les sauver du naufrage, car il y va de notre avenir et celui des nôtres. Essayons de nous intéresser à ces partis, donc à la démocratie ne serait-ce que pour notre propre intérêt égoïste. 

En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.