Je veux te dire ma peine, même si je doute fort que tu puisses m’entendre de là où tu es. De ton vivant, il m’arrivait rarement de te dire je t’aime. Non parce que ça fait partie des paroles des pauvres gens, mais c’est que la phrase était trop petite pour contenir une histoire dont nous écrivions chaque jour un chapitre.

Et puis franchement, les sentiments n’ont pas besoin de déclarations. Faut faire la différence, entre l’amour et les impôts !  

La situation était beaucoup plus complexe que tu ne puisses l’imaginer. Je sortais d’un gros bordel en traînant de grosses casseroles derrière moi. Des menaces de mort à gérer, une carrière à sauver, une confiance à retrouver et une vie à reconstruire pièce par pièce. Ma vie ressemblait à un véritable champ de guerre dont on ne peut sortir indemne.

Sans parler des amis dont la plupart m’avaient tourné le dos. Pourtant, je ne leur ai absolument rien demandé. Je n’étais pas dans le besoin d’argent, mais plutôt de l’amitié !

Je me cherchais au milieu de tout cela. Je me cherchais au plus profond de moi-même. Je m’efforçais de tourner les pages, une par une. Sans forcément les relire. Sans les déchirer. Et c’est peut-être là mon erreur fatale : je ne déchire jamais les pages, je n’efface pas les messages, je ne bloque pas les numéros. Parce que j’accepte la situation quelque pénible soit-elle, et j’essaie de renégocier mon existence avec la vie. Je regarde paisiblement le passé, sur lequel je ne tire pas la chasse. Le passé, c’est pas forcément de la merde. C’est une expérience de vie avec ses bons et ses douloureux apprentissages. 

Oui, je me sens naïf sur ce point. Il est effectivement des pages qui méritent d’être brûlées !

Et puis, tout s’est arrangé par je ne sais quel miracle. Je ne sais ni comment ni d’où j’ai puisé la force de tout remettre à l’ordre, de respirer à nouveau et de me remettre debout. Et le fait de te rencontrer, était la plus belle des récompenses, la plus belle chose qui me fut arrivée.

On se comprenait sans trop se parler et chacun de nous était l’extension de l’autre. Tu savais à quel point ma vie était rugueuse et tu avais ta propre manière de la rendre agréable et d’adoucir mon humeur. Tu avais la force et la pédagogie pour me remettre en espoir et en confiance. Je t’ai aimé, tu sais. Tu étais dans ma chair. Tu étais dans mon sang…

Te connaître de près, de très près, et même de loin, était un bonheur inégalable. Et tout comme l’amour, le bonheur n’a pas besoin de littérature. On écrit sa peine pour s’en débarrasser. Moi, j’écris la mienne pour essayer de survivre à ton grand départ que j’ai toujours du mal à réaliser.

Plus pareil en moi. Le fond se vide. Je te voyais partir comme des grains de sable qui filaient entre mes doigts. Je regrette de n’avoir jamais pris suffisamment de temps pour te dire à quel point tu étais Moi. 

J’ai continué de me chercher et dans ma quête de liberté et de vérité, parce que les deux mots veulent dire la même chose pour moi. je voulais m’assurer que les vieux démons avaient été enterrés pour de bon et qu’ils ne reviendront plus me chier dessus. Je voulais tuer le bohémien en moi avant d’être entièrement à toi. Je voulais trouver un arrangement avec Mme Solitude pour ne plus être à trois quand on est deux sous le même toit.

Mais malheureusement, tu manquais aussi bien de patience que d’empathie. Ma quête se faisait de plus en plus profonde. Et tu étais fatiguée d’attendre…

Seulement voilà… A force de m’être cherché, c’est toi que j’ai perdu… J’ai tout fait pour te garder. Et j’ai tout fait pour te perdre. Mais maintenant libre de toi, c’est là que tu me manques.