Par Marwa SEMLALI

« L’humour est un art d’exister » écrivait Robert Escarpit. Pour le définir, l’humour, au sens large du terme, est une nuance d’esprit taquine et malicieuse dont le dessein est de mettre en lumière le caractère drôle, ridicule, absurde ou bien insolite de certains aspects de la réalité, tout comme il peut se rapporter à des situations fictionnelles.

Outre le fait d’être un état d’esprit, l’humour est également perçu comme un modulateur tant il permet une certaine transformation dans l’utilisation du langage, et se révèle être un moyen d’expression prêt à être employé dans différents buts, pédagogique, politique, militant ou simplement décrispant et récréatif.

Au-delà de sa signification, la forme que revêt l’humour est diversement appréciée d’un milieu à un autre, d’une culture à une autre, d’un point de vue à un autre, dans la mesure où ce qui est considéré par certains comme de l’humour peut-être perçu par d’autres comme une pitrerie de bas étage, une odieuse insulte voire un blasphème… Toutefois, à l’instar de la spiritualité qui réussit à rassembler des fidèles de différents horizons à prier vers une même direction, l’humour, lui, nous relie à quelque chose de plus large, comme ce besoin de rire pour décompresser de cette « fatigue d’être soi », auquel nous conduit l’ironie de notre condition humaine. Et ce n’est pas cette ambiance de pandémie qui me contredira.

Par ces temps de coronavirus, l’humour se clame être la meilleure thérapie, l’exutoire par lequel s’épanchent nos frayeurs et nos angoisses, pour mieux les surmonter. Entre sketches, vidéos et chansons, l’inventivité n’a pas manqué au rendez-vous pour envisager tous les sujets de dérision possibles: confinement, déconfinement, port du masque, distanciation, télétravail, école à la maison sans omettre le leitmotiv le plus cocasse de la pénurie de papier toilette.

On l’aura compris, si ce maudit virus a condamné la planète en la soumettant à un cortège de peurs, de drames et de souffrances, il n’a néanmoins pas réussi à nous ravir une arme essentielle, l’humour. Dès les premières annonces, des humoristes professionnels tout comme des anonymes enthousiastes se sont emparés du thème pour en extraire matière à réjouir le monde, comme un peu de soleil dans l’eau froide.

Dans un quotidien pour le moins chamboulé, plusieurs ont assisté, impuissants, à la quiétude de leur rythme de vie qui se retourne sans préavis…jusqu’à ce que le génie de l’humour intervienne pour leur permettre de redresser leur existence, parfois même d’une manière étonnamment prodigieuse.  C’est le cas de Khaby Lame. Licencié en 2020 d’une usine, il entreprend de créer du contenu sous forme de courtes vidéos comiques sur TikTok où il s’emploie à pointer sarcastiquement des personnes qui compliquent des tâches simples ; jusqu’à posséder en juillet 2021, le second compte TikTok le plus suivi au monde en dépassant les 100 millions d’abonnés. Et comme si cela ne suffisait pas, cette notoriété lui vaut de devenir en 2022 la nouvelle égérie de la marque Hugo Boss. Epatant, non ?

« Cultive ton sens de l’humour », disait Gandhi. En d’autres termes, si ce légendaire apôtre de la paix incitait à prendre l’humour au sérieux, c’est que la force que confère ce dernier n’est certainement pas des moindres. Cela dit, certains redoutent que l’humour ne leur fasse perdre de leur crédibilité, mais à cela il faut simplement répondre qu’il suffit d’entrevoir la différence entre rigueur et rigidité. En évitant cet amalgame, il devient tout à fait possible d’adopter une certaine discipline dans son quotidien, sans pour autant exclure une légèreté lénifiante oh combien nécessaire. A juste titre, avoir de l’humour nous permet de tisser des liens en encourageant la sympathie, de déjouer des tensions certaines, et ainsi nous hisse vers une certaine grandeur.

In fine, l’humour facilite les choses, alors rions, puisque c’est le seul moyen de rendre la vie supportable.