Par Mohamed LAROUSSI, Ecrivain, Critique de cinéma et Expert en communication

Je crois que pour une fois, je ne vais pas être tout-à-fait à contre-courant de l’opinion dominante qui est souvent beaucoup plus défendue par les dominés que par les dominants. Cette fois-ci, disais-je, la situation est plutôt pas bonne, pas bonne du tout, de l’avis même de ceux qui préconisent de toujours voir le verre à moitié plein même lorsqu’il est totalement vide.

Non, je ne vais pas parler du retour en force du virus Corona avec ses variants qui varient plus que les saisons, non pas parce que je penserais qu’on en fait trop ou pas assez, mais parce que je n’ai pas envie de répéter les mêmes lieux communs que tout le monde, y compris moi-même, rabâchant à longueur de journée : que ce serait la faute de la fête de l’Aid qu’on a maintenue contre toute logique, mais que nous étions presque tous bien heureux de la fêter comme il se doit, en nous goinfrant du matin au soir comme des oies; que ce serait à cause de l’arrivée massive de nos MRE dont chacun de nous a pourtant plusieurs arrivants dans sa propre famille et que nous n’hésitons pas à embrasser de la tête aux pieds, surtout quand ils nous ramènent plein de dollars et plein d’euros; que ce serait parce que les cars et les bus sont surbookés, les cafés et les snacks bourrés de monde, les plages et les piscines bondées d’estivants; que les gestes barrières, on ne sait toujours pas ce que c’est, que les bavettes sont faites plus être mises sous le menton ou autour du bras que sur la tête etc. etc. etc.

Tout cela, je n’en peux plus de l’entendre, et j’ai décidé désormais de n’en faire, justement, qu’à ma tête. Je me protège du mieux que je peux, mais en même temps, je fais un peu comme tout le monde, c’est dire prier pour que cette saloperie de virus parte une fois pour toute.

En tout cas, comme je vous l’ai dit, ce n’est pas du tout de cela que je voulais vous parler, mais d’un autre virus, encore plus redoutable que le Covid, un virus qu’on peut trouver dans pas mal de coins du globe, mais qui doit être sûrement un marocain pur et dur. Ce virus, on pourrait l’appeler Mémovid parce qu’il provoque un oubli plus ou moins chronique, une perte de mémoire temporaire, voire parfois, dans certains cas graves, une amnésie définitive. Ce virus contre lequel on ne trouvera jamais ni médicaments ni vaccin a néanmoins un antidote naturel très efficace qui le fait disparaître subitement, mais temporairement : c’est la bonne nouvelle.

En effet, dès que surgit une information sympa du genre qu’on est enfin bien vu par quelque pays qui ne nous voyait pas d’un bon œil, ou qu’on est redevenu ami avec un ancien ami qui était devenu presque ennemi, qu’on a réalisé un ouvrage grandiose, du type le plus grand pont d’Afrique du Nord, le plus long souterrain arabe, l’engin le plus rapide de la région, ou quelque chose du genre, ou bien, encore mieux, qu’on gagne un truc, une complétion, par exemple une victoire d’une de nos équipes nationales de quelque chose ou une performance d’un de nos athlètes dont on n’avait jamais entendu parler auparavant et qui aurait réalisé cette performance à la seule sueur de ses propres muscles qu’il a développés avec ses propres forces, eh bien, l’une ou l’autre de ces bonnes nouvelles est capable, toute seule, de faire disparaître pour une période plus ou moins longue, ce virus Mémovid qui, comme son nom l’indique, possède la mémoire courte.

Bref, si les effets de Mémovid ont des durées très variables, ceux de son antidote, la bonne nouvelle, sont invariablement courts. En vérité, cela dure le temps d’en parler à la télé, d’en reparler à la maison, de s’en gargariser au café ou au boulot, ou même de la fêter en répétant à satiété que nous sommes les plus beaux, les plus forts, les mieux que les voisins, ls meilleurs, quoi. Et puis, presqu’aussitôt après, c’est le retour à la réalité amère : les victoires, les performances, les belles réalisations, il n’y en a pas tous les jours, et qu’il va falloir qu’on s’y fasse parce qu’on n’a pas d’autre choix.

Et vous savez pourquoi ? Parce que notre pays n’a pas et n’a jamais eu une vision à long terme. Chez nous, on bosse par périodes, par à-coups. Et une telle politique, non seulement ça ne marche pas à tous les coups, mais en plus, à force, elle vous pousse à bout. On nous annonce une bonne nouvelle, on commence par espérer, puis, parfois dès le lendemain, on en entend une moins bonne, voire une mauvaise, et on se remet à désespérer. 


Je pense que vous n’avez pas besoin que je vous fasse un dessin avec, par exemple, 5 petits et jolis cercles parfaits, parce que vous allez très vite penser à pleins de petits zéros qui ressemblent à des médaille vides, vides comme le néant, vides comme les nuls, les nuls qui nous gouvernent et qui n voient souvent pas plus que le bout de leur nez même s’il est si long à cause de leurs mensonges permanents. 
Et nouveau modèle de développement ? Ah oui, je l’avais oublié, celui-là. Eh bien, puisque ça vous amuse, allez-y ! Après tout, c’est vous qui voyez, pardon, c’est vous qui espérez.


En attendant de nouvelles bonnes nouvelles un peu plus durables, je vous souhaite un très bon et long weekend plein d’espoir, et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.