Par Mohamed Jaouad Malzi, Docteur en économie, Professeur et Consultant

Le concept de l’économie de l’information est aujourd’hui au cœur de la nouvelle intelligence économique. Il fait référence au rôle de l’information dans toutes les activités économiques comme facteur de production, de croissance et de développement économique. Or, l’économie actuelle basée sur des fondements classiques n’accorde pas d’importance à l’information au même titre que les facteurs traditionnels de production, notamment le capital et le travail.

Aussi, la collecte et l’analyse des données constituent, depuis longtemps, des piliers du système économique. Les entreprises ont toujours collecté, traité et analysé de l’information dans la conduite de leurs affaires courantes afin de booster leur productivité. Toutefois, la rapidité du progrès technologique a ramené ce phénomène à un autre niveau caractérisé par une surproduction de l’information jumelée à l’augmentation exponentielle de la capacité à collecter, transmettre, traiter et analyser des données moyennant des algorithmes sophistiqués et ce, à un coût considérablement réduit. Ceci dit, les activités liées aux données et à l’information ne sont plus de simples activités secondaires dans la production de biens et de services ; elles sont devenues l’épine dorsale du processus de production et un aspect clé de l’activité économique.

Affirmons d’ores et déjà qu’il ne s’agit plus de traiter et de transmettre l’information. L’enjeu majeur de l’économie de l’information aujourd’hui est de réduire l’incertitude dans un contexte international complexe et interdépendant et ce, pour mieux expliquer la volatilité économique. L’économie de l’information est bel et bien, à mon sens, une nouvelle forme de l’économie mondiale et une base des nouvelles pratiques de l’intelligence économique.

Il faut dire, par ailleurs, que l’acquisition immédiate de la bonne information dans une ère d’évolution technologique et la capacité de traitement rapide garantissent la proactivité et augmentent l’efficacité et l’efficience économique. Par exemple, l’information sur la valeur d’un partenaire économique, d’un allié/ennemie politique, sur la scène internationale, ses ressources, ses mouvements, ses stratégies, etc… permet d’identifier tous les scénarios de ses mouvements probables, de les prédire, de mieux les interpréter et d’agir plus rapidement et de la manière la plus efficace qu’elle soit.

Technologie de l’information : bouleversement des facteurs de production

Les technologies de l’information ont apporté des changements profonds à l’économie des organisations. Elles sont, désormais, considérées comme facteur de production se substituant au capital et au travail. Le travail a toujours été cher ; ainsi, lorsque le coût de la technologie diminue et peut substituer à la main-d’œuvre, cela se traduit par une réduction globale des coûts. En d’autres termes, avec de bons systèmes d’information en place, il y aura moins de cadres intermédiaires et de personnel de bureau.

Tout comme le travail, le capital a également coûté cher ; à mesure que le coût de la technologie de l’information diminue, elle se substitue également aux bâtiments et aux machines (travail à distance). En raison de la baisse du coût de la technologie par rapport aux investissements en capital et aux coûts de main-d’œuvre, les gestionnaires ont tendance à investir davantage dans les systèmes d’information.

Par ailleurs, les investissements massifs dans les systèmes d’information ont conduit à réduire davantage la taille des entreprises. Car les entreprises réduisent non seulement leurs coûts de production, mais également leurs coûts de transaction qui entraînent des dépenses colossales. Actuellement qu’une bonne infrastructure technologique de l’information est en place, il est de plus en plus facile et moins coûteux pour les entreprises de se lier à des fournisseurs externes leur permettant de réduire les coûts de transaction sans avoir à augmenter leur taille.

Avec de bons systèmes d’information en place, les entreprises ont également tendance à réduire les coûts de gestion interne en termes de suivi et de supervision du personnel. Les informations concernant la productivité des employés peuvent être facilement acquises et analysées à l’aide des technologies de l’information et avec des coûts réduits. Ainsi, des systèmes d’information solides aident les organisations à réduire les coûts de gestion et à augmenter leurs revenus, ce qui accélère la croissance économique.

Pour finir, les technologies numériques sous-tendant toujours plus de transactions, l’économie de l’information devient de plus en plus indissociable du fonctionnement du système économique dans son ensemble.