C’est ce mercredi que nous allons célébrer la fête du travail. Ce n’est pas la première fois et ce n’est sûrement pas la dernière. En effet, chaque premier mai de chaque année, plus des 2/3 des pays du monde fêtent cette journée, et le Maroc, en pays moderne et travailleur qu’il espère être, en fait tout naturellement partie.

Il n’est plus utile de parler des origines de cette journée, ni de savoir depuis quand elle s’est transformée en fête, ou à partir de quand elle est devenue chômée et payée, mais il serait intéressant de réfléchir ensemble sur le sens que nous lui donnons, nous les Marocains et les Marocaines, et comment nous vivons cette journée, ici, au Maroc.

D’abord, nous allons poser une première question : est-ce que, chez nous, c’est la fête des travailleurs ou bien la fête du travail ? Si elle n’est que la fête des travailleurs, pourquoi alors tous les autres, c’est-à-dire, entre autres, tous les chômeurs, sont obligés de la fêter, même s’ils ne travaillent pas ou même s’ils n’ont jamais travaillé ?

Il s’agit donc plus de la fête du travail, que nous ayons un travail ou que nous n’en ayons pas, que nous en cherchons ou que nous n’en cherchons pas.

Deuxième question : combien, au Maroc, sommes-nous concerné(e)s directement ou indirectement par la fête du travail ? Autrement dit, combien sommes nous de travailleurs et de travailleuses, et de chômeurs et de chômeuses ? 

Sans être cynique, nous allons prendre pour argent comptant le taux officiel du chômage dans notre pays, et qui oscille depuis des années autour de plus ou moins 10%.

En adoptant dans notre analyse ce chiffre si symbolique et si sympathique, nous pouvons, sans hésitation aucune, déclarer que la célébration de cette fête par notre pays a toute sa légitimité et toute sa raison d’être. 

En effet, si au Maroc il y a, vraiment, 90 % de la population en âge et en aptitude de travailler, qui dispose d’un emploi, c’est une raison plus que suffisante pour que nous fassions la fête. 
Sauf que, quand nous regardons juste près de nous, par exemple dans notre quartier, chez nos voisins, dans nos familles, auprès de nos proches, de nos ami(e)s etc., nous constatons que chez la majorité, le coeur n’est pas tout à fait à la fête.

La raison est simple : beaucoup, malgré leurs compétences, leurs expériences, leurs petits ou leurs grands diplômes, sont au chômage après avoir travaillé ou après avoir cherché en vain un travail. 

Nous n’avons aucune idée de leur nombre, mais il doit vraisemblablement dépasser de loin, les fameux 10 %, plus ou moins. 
Oui, nous savons bien que les calculs sont un peu plus compliqués que cela, et que ces plus ou moins 10 % ne concernent en fait que les déclarations faites, au moment d’un sondage réalisé à un moment T d’un jour J d’un mois M et d’une année A, auprès d’un échantillon dit représentatif de la population.

En d’autres termes, ce sont seulement plus ou moins 10 % de cette population échantillonnée, et uniquement la partie dite “en âge de travailler”, qui ne travaillerait pas.

Enfin, il y a une dernière question à poser, et qui est fondamentale : qu’appelons-nous “travail” ?

Si par travail nous entendons toute activité, qu’elle soit petite ou grande, provisoire ou permanente, légale ou illégale, qui se pratique le jour ou la nuit, dans un bureau fermé ou dans une maison close, dans une rue ou autour d’un rond-point, qui rapporte un peu, beaucoup ou rien du tout, qui exige un costume-cravate noir, une robe de soirée rouge ou un gilet jaune, dans ces cas-là, nous devons être, en tout cas au Maroc, proches de 0% de taux de chômage. 

C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que ce mercredi, nous devons tous et toutes être de la fête, et manifester pour que le travail ne soit plus un droit à revendiquer, ni un devoir à exécuter, mais juste un joli chiffre à afficher. 

Très bonne fête.

Mohamed Laroussi