Que mes collègues et experts de la plateforme AnalyZ soient rassurés, je ne vais pas m’immiscer dans des sujets que je ne maitrise pas. L’économie, macro ou micro, le PIB, la dette publique, la balance commerciale, la bourse des valeurs, le marché de capitaux, tout ce jargon, pour moi, c’est du chinois. Donc, je ne vais pas piétiner dans leurs domaines, et d’ailleurs, je n’ai fait que poser une question qui me turlupine chaque année, à pareille période. Et je vais en poser d’autres, à eux et à elles, mais également à vous, chers lecteurs et chères lectrices.

Je reviens à ma question principale. Si je me suis montré si suggestif, c’est parce qu’il n’y a pas un seul ramadan, où je ne vois, presque chaque jour, tellement de dysfonctionnements, à tous les niveaux, social, culturel, cultuel, administratif, et tellement de comportements inciviques, que je ne peux qu’en déduire que toute cette anarchie ne peut pas ne pas avoir des conséquences fâcheuses sur nos équilibres socio-économiques.

Commençons par le commencement : les réveils tardifs quotidiens en raison de sommeils tardifs quotidiens. Croyez-vous, vraiment, que quelqu’un qui dort pas plus que 4 ou 5 heures par nuit, après avoir ingurgité des kilos de calories, de sucreries, d’huile, de graisse, de pâte, et des litres de jus de fruits frais ou emballés, de thé, de café, de soda, et j’en passe et des marmites pleines, et tout ça, chaque jour, durant 29 ou 30 jours, croyez-vous, vraiment, que ce quelqu’un va être, le lendemain, productif et rentable dans son boulot ? 

Justement, parlons-en du boulot. C’est peut-être un lieu commun, mais c’est une réalité quand même, que déjà, en temps normal, c’est-à-dire hors ramadan, nos administrations ne sont pas réputées pour être des espaces de ponctualité, d ’assiduité et de dynamisme. Et bien, imaginez ce que c’est durant le mois de ramadan. Allez-y, à toute heure de la matinée – parce qu’il n’y a presque plus d’après midi – et vous allez voir. En fait, vous n’allez peut-être rien voir, parce que, parfois, il n’y a rien à voir, parce que, parfois, il n’y a presque personne. Et si jamais, par chance, vous trouvez une personne, alors là, vos avez intérêt à lui parler doucement, sans lever la voix ni les mains, sinon, vous allez être obligés de revenir demain. 

Quant au privé, ce n’est guère mieux. Prenez n’importe quelle entreprise de services. Tenez ! Tant qu’à faire, prenons la banque. Personnellement, je n’ai rien contre les banques, bien au contraire, mais franchement, est-ce que vous les trouvez vraiment transcendants, durant le ramadan ? Comme disait un ami plaisantin : à la banque, il n’y a que l’argent qui travaille.

Maintenant, sortons dans la rue. Là, c’est : circulez, il n’y a rien à voir. Justement, on en peut même pas circuler. Déjà, tout au long de l’année, nous souffrons des embouteillages à toutes les avenues et tous les croisements, mais durant ce si bon mois, sorties prématurées des bureaux, privations de tout genre et canicule printanière obligent, l’espace urbain devient un enfer symphonique diabolique.

Et je vais finir par le plus beau : la piété et la spiritualité. Je vais peut-être me faire chahuter, ou, à Dieu ne plaise, me faire fouetter, mais je ne peux plus me taire. Mais, je dois préciser : ma critique est purement d’ordre économique. 

D’abord, c’est quoi ce droit donné, accordé, pris, arraché, que sais-je, dont jouit pratiquement la majorité des fonctionnaires, cadres et employés du pays, de quitter leur boulot, pour aller faire leur prière du vendredi, et de revenir quand bon leur semble… ou pas ? 
C’est normal, me dit-on, “c’est le ramadan, et nous sommes des musulmans”. Ah bon ? Donc, un chirurgien qui n’interrompe pas une opération à coeur ouvert, ou un pilote qui n’arrête pas son avion en plein vol pour faire la prière du vendredi, ne seraient pas de “vrais musulmans” ?

Autre question : qui peut m’expliquer pourquoi, malgré nos 60 000 mosquées ou plus disséminées à travers tout le territoire national, on se permet quand même de bloquer les boulevards et les places publiques pour prier sur un morceau de carton ou à même le goudron ? De plus, au-delà du côté peu spirituel de ce comportement, la question que nous avons le devoir de poser est celle-ci : de quel droit ces gens-là bloquent-ils la circulation et le passage à des milliers de non prieurs, qui ont des missions ou des obligations qu’ils ont parfaitement le droit, eux aussi, d’accomplir ? 
Pendant ce temps-là, les gens du reste du monde continuent d’aller à l’heure au bureau ou à l’usine, de faire le travail pour lequel ils sont payés, de produire le maximum, d’assurer le meilleur rendement, d’avoir une consommation équilibrée en adéquation avec les normes universellement reconnues, avec l’espoir de contribuer aux équilibres macro-économiques et au bien-être social de leur pays et de leurs peuples. 

Quant à nous, qu’on travaille bien ou pas, on le sait bien, on ira tous au paradis…

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma