Entre le Maroc d’avant le Mouvement 20 février et le Maroc d’après, je préférerais le premier. La veille des contestations, nous étions relativement dans le doute par rapport à un processus démocratique tombé en panne, mais pas en crise de confiance ou de valeurs.

Certains pensaient qu’on était au bout d’un cycle politique, celui de la nouvelle ère, et qu’il s’agissait plutôt d’un relâchement qui s’inscrivait dans la logique naturelle du temps. On venait de boucler une décennie, la 1ère du règne du Roi Mohammed VI, chargée de discours, d’espoir, de ruptures et naturellement, de quelques déceptions. On sentait que le pouvoir avait besoin de prendre un nouveau souffle !

D’autres pensaient que toute la classe politique s’est faite rouler dans la farine par les nouveaux détenteurs du pouvoir. En aucun moment, il était réellement question de s’engager dans une transition démocratique. L’intention de ceux qui, désormais, font et défont les choses, consistait à assurer un passage paisible d’un pouvoir à un autre. Tout simplement !

En tout cas, nous étions tous, à degrés différents, sous l’effet d’une drogue qui nous a été intelligemment administrée par la nouvelle ère. Et parfois la classe politique se retrouvait dans l’absurdité de défendre la chose et de justifier son contraire…

Mais une chose est sûre; il y’avait un débat public, sans crainte ni contrainte!

L’échec du 20 février s’explique, à mon avis, par deux raisons principales. D’abord parce que le contexte marocain était complètement différent des pays où le soi-disant printemps arabe a provoqué la déconfiture de plusieurs régimes. Chez nous, le choc a été amorti par la nouvelle ère dont il est parlée ci-haut.

Mais aussi, parce que le hirak a été structuré par la gauche radicale. S’il était resté spontané, sans leadership sans porte-paroles, il aurait été difficile de le contenir.

Après le 20 février, le pouvoir a très vite repris son souffle et une nouvelle configuration politique a vu le jour. Les islamistes au gouvernement. Les populistes aux bureaux politiques des partis historiques. Et les intellectuels vont être priés de rentrer chez eux ! Le pouvoir était obligé de refaire ses calculs, ce qui est tout à fait normal. Et, par la même occasion, il semble avoir décidé de refaire l’éducation de cette nouvelle jeunesse qui a « osé » quelque chose qui relève « l’impardonnable ».

Le Maroc d’après le 20 février ne me plaît pas. Dans celui d’avant, nous étions relativement à l’aise avec nous-mêmes. Et, voilà !