Par Mohamed LAROUSSI  

Je vous jure que j’avais l’intention de vous parler d’absolument autre chose que des turpitudes de notre cinéma et de ses responsables actuels.

Oui oui, oui, j’en veux terriblement à ces responsables pour mille et une raisons, et aujourd’hui je leur en veux encore plus pour une autre raison très personnelle : ils sont venus jusque-là où je me trouve actuellement, à des millions de kilomètres du bled, pour gâcher mes quelques jours de vacances que j’estime tout à fait méritées. 

J’avais vraiment envie de vous raconter le coup de foudre que j’ai eu pour ce pays que je découvre pour la première fois et toute l’admiration que j’ai eue pour lui et toutes les belles émotions qu’il a suscitées en moi, ce pays où il n’y a pas que des cliniques de chirurgie esthétique qui pratiquent des implants de cheveux et de dents, des derviches tourneurs qui ne font que tourner en rond, des vendeurs de kebab, de pâtisseries au miel ou d’épis de maïs grillés, des chauffeurs de taxi qui refusent de faire marcher leurs compteurs, ou des marchands avec lesquels il faudrait beaucoup marchander. La Turquie, c’est beaucoup plus et beaucoup mieux que cela, et il me faudrait des pages et des pages pour le faire. Ce sera peut-être pour une prochaine fois.

Je vous disais donc qu’on a gâché mes vacances, et comme vous me connaissez, même si je ne suis pas un rancunier, je vais quand même me venger! 

Avant de vous parler de l’information que j’ai apprise hier soir et qui m’a profondément agacé, je vais revenir un peu sur la dernière édition du festival national du cinéma de Tanger qui a été la plus mauvaise édition depuis la création de cet évènement institutionnel, et ce de l’avis unanime de tous les participants, y compris les muets, les obligés, les lâches et les lâcheurs qui critiquent la bouche fermée.

Je vais me contenter de faire un bref résumé de ce qui s’y est passé.

Vous n’êtes pas sans savoir que je n’avais pas été invité à cette édition pour des raisons bassement personnelles, mais grâce à des amis qui étaient présents et en qui j’ai confiance, je sais presque tout. D’abord, il y a eu un premier scandale, à savoir cette décision incongrue de la non-sélection des films, autrement dit la compétition entre tous les films qui ont été produits depuis la dernière édition, ce qui devait obliger les jurys de voir pas moins de 4 films par jour ! A ce propos, on a remarqué que plusieurs membres de jurys étaient absents dans plusieurs séances ! 

Pour votre information, cette décision anachronique qui avait été proposée par la direction du CCM ou par plus haut, je n’en sais rien, avait été refusée dans un premier temps par les chambres professionnelles pour être finalement validée par tous leurs présidents. En contrepartie, m’a-t-on raconté de sources présentes à la réunion, la direction du CCM a accepté que ces présidents proposent des noms de membres dans les futurs jurys.

Vous avez dit bizarre ? 

Ça, c’est le 2ème scandale. 

Le 3ème, inédit et encore moins incompréhensible, c’est celui d’organiser un hommage à la cérémonie d’ouverture pour un réalisateur ayant un film en compétition. C’est inouï ! Et comme cet hommage avait probablement paru insuffisant aux organisateurs, ils ont décidé de projeter, toujours en ouverture de l’édition, deux films de ce même réalisateur. Si ce n’est pas de l’amour fou, ça lui ressemble beaucoup. 

Mais comme dans presque toutes les histoires d’amour, ça a fini très mal, avec, rappelez-vous, le départ, avant la cérémonie de clôture et avec grand fracas de deux membres éminents du jury, et, dès le lendemain, la sortie très bruyante d’un autre membre tout aussi éminent. Sans parler des nombreuses autres critiques et réserves qu’on a lues et entendues ça et là, durant plusieurs jours, envers les palmarès et envers certains membres de jurys. Si ce n’est pas du désordre, ça lui ressemble comme deux gouttes d’eau. 

Et j’en arrive enfin à cette info encore plus scandaleuse qui m’a gâché en pari mes vacances. 

De quoi s’agit-il ?

En fait, dans les premiers jours qui avaient suivi la fin du festival de Tanger, on a appris que Zanka Contact, l’excellent film de long-métrage réalisé par le jeune et talentueux Ismael El Iraki, un film muti-primé internationalement et qui avait obtenu le Grand prix de cette dernière édition, comporterait une musique et une chanson de Feue Mariem Hassan, une artiste activiste sahraouie connue pour ses sympathies pour le Polisario, voire son engagement envers « la cause sahraouie ».

Personnellement, je n’ai accordé que peu d’importance à cette information, n’ayant moi-même rien remarqué de suspect, et ayant plutôt été séduit par cette voix qui avait donné un charme supplémentaire au film. Et voilà donc, 3 ou 4 semaines après, que le CCM a publié un communiqué pour le moins étonnant, (même si rien ne m’étonne plus de ces gens-là), un communiqué qui ressemble à un réquisitoire accompagné d’une sentence des plus démoniaques à l’égard de ce film en question. 

Le communiqué relate presque toute la genèse du film, avec de nombreux détails qui n’ont absolument rien à faire ici sauf sinon pour renforcer « la gravité du délit » et justifier la sentence. C’est un communiqué qui n’a aucune logique, ni sur la forme ni sur le fond. On énumère les nombreux prix que le film a obtenus et en même temps on « révèle » le montant total de ses entrées, alors qu’il n’a pas encore fini sa carrière. A aucun moment, n’est mise en cause la responsabilité du CCM, ni celle de la commission d’avance sur recette qui a visionné le film et lui avait accordé la 4èm tranche, ni, enfin, la responsabilité de la commission de contrôle qui avait accordé le visa de sortie. 

Quant à la sentence prononcée par les responsables CCM, ou encore plus haut, je n’en sais rien, elle est digne d’une Cour Suprême d’un tribunal de république bananière. Un délire que je n’ose même pas rapporter. Il ne manque plus que l’échafaud.

Pour moi, c’est un procès politique expéditif, exécuté à la va-vite par des commis frileux, avant qu’un couperet venant d’un pouvoir supérieur ne leur tombe sur la tête. C’est odieux ! C’est à vous dégouter de retourner au Maroc.

Que faut-il faire maintenant ? Je n’en sais rien. Par contre, ce que je sais, hélas, c’est qu’il ne faut pas trop compter sur les professionnels pour dénoncer tous ces scandales, ni pour défendre leur collègue, trop peureux qu’ils sont, ils ne veulent pas perdre des privilèges obtenus ou des rentes espérées, comme je ne compte pas beaucoup non plus sur les hauts responsables, à commencer par notre Chef de gouvernement qui semble voir et entendre sans agir, alors qu’il devrait, dans les plus brefs délais, commencer par mettre fin à l’anarchie qui règne depuis quelque temps, entre autres, dans le secteur du cinéma. 

Quant à moi, je suis plein d’amertume, de tristesse et de désespoir, mais je vais essayer de finir, du mieux que je peux, les quelques jours de vacances qui me restent et profiter de ce beau pays qui, lui, a produit de très nombreux très beaux films dont l’illustre « Yol » qui avait obtenu la Palme d’Or à Cannes en 1982. Excusez du peu!

Dans l’attente de vous retrouver bientôt au bled, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.