Par Hassan CHRAIBI

Mon premier souvenir de débats présidentiels français remonte à 1981. Adolescent, je ne comprenais pas pourquoi une chaîne de télé marocaine changeait ses programmes pour nous saouler avec un débat qui, normalement, ne nous concernait en rien. La question n’était pas le fruit d’une perspicacité précoce, mais le résultat de l’unicité de la dite chaîne dans mon pays.

En même temps, j’étais surpris de voir ma mère qui ne comprenait pas un mot de français s’intéresser au spectacle. Ce qui l’impressionnait, c’était de voir ce mec chauve (dont elle ne connaissait pas du tout le nom : Mitterrand) éprouver le Président tout aussi chauve et manifestement mal à l’aise et dont elle ne connaissait qu’une partie du nom : Giscard. Alors que ce dernier est bel et bien le Président. « Ah ! La démocratie, mon fils … ». Du coup, ça m’a intéressé un peu … mais juste un peu, faut rien exagérer. Je comprenais à peine une phrase sur cent.

Sept ans plus tard, un nouvel exercice. Là, j’étais scotché devant l’écran avec des camarades de fac pour regarder Mitterrand mettre à terre Chirac. Pour nous, c’était d’abord un match et marginalement, une leçon de démocratie. Je dis marginalement parce qu’on savait qu’on avait peu de chances de l’utiliser. Depuis, seule une dimension a subsisté : le spectacle.

Hier , ce spectacle était fade. Une seule chose m’a intéressée : l’après débat. En effet, on a reproché à Macron d’avoir eu un ton professoral et méprisant face à Le Pen. Je me suis dit, qu’aurait-on dit de Mitterrand ? De VGE ? de Raymond Barre ? De Rocard ? … et de bien d’autres de cette ancienne génération qui avaient du style, du verbe, de la force de conviction et surtout … de la compétence ?

Quand on a en face une inculte sur la plupart des sujets, peut-on faire autrement qu’être condescendant ? Peut-être non, si l’inculture n’est pas accompagnée d’imposture : on a alors une exigence même de bienveillance. Mais quand la prétention de gouverner la sixième puissance mondiale est portée par une personne creuse, c’est un devoir de montrer son agacement, pas seulement face à elle , mais aussi face à un monde populiste qui veut protéger le quelconque, lui donner des droits de suprématie et empêcher de l’appeler tel qu’il est … C’est ainsi que m’a semblé s’exprimer M. Macron hier. 

De nos jours, la compétence vit sous de mauvaises postures. Ce n’est pas un mal exclusivement français, mais mondial qui a déjà porté M. Trump au pouvoir, comme il nous impose une bonne partie de notre propre classe politique. Tous les avis se valent. Dans un monde qui like, publie, insulte, … Face aux problèmes relationnelles qui existent dans nos organisations entre les personnes compétentes et celles qui ne le sont pas, souvent on ne forme pas ces dernières, mais on coach les premières !

Qui sait, le mal est tellement profond qu’aux prochaines élections françaises, les deux candidat(e)s seront du même niveau que Marine. Et là, toute la presse déjà devenue aussi inculte (comme Léa Salamé qui n’a pas bougé quand Le Pen avait intronisé à titre posthume Bourguiba Président de l’Algérie) applaudira et aura enfin un débat à sa mesure. Personne ne parlera de condescendance. Vous savez pourquoi ? On n’aime plus l’exigence. 

Cela m’a rappelé ce passage du roman de J. D. Salinger , dans la bouche très sagement observatrice d’un adolescent :  » Il avait horreur qu’on l’appelle un crétin. Tous les crétins ont horreur qu’on leur dise qu’ils sont des crétins ».

Ceci dit, en cinq ans, M. Macron a tout fait pour obtenir cette configuration : un nouveau second tour face à Le Pen pour s’assurer un second mandat. Il a atteint son objectif, alors qu’il ne s’en plaigne point.